Triste mois de janvier pour le monde musical, avec les disparitions d’Hugh Masekela, immense trompettiste sud-africain et Edwin Hawkins, créateur de l’arrangement phare de Oh Happy Day !.

On ne saurait trouver meilleure cure que la playlist de janvier, pour réconforter vos cœurs endoloris, que nous teintons de jazz en l’honneur du trompettiste sud africain.

Albums :

ABHIND – From Kolkata

ABHIND est un trio qui se définit lui-même comme « de jazz avant-garde ». Concrètement, cette formation composée de deux Indiens et d’un Français saupoudre le free jazz de Coltrane et consorts de sonorités hindoues. Ce premier album a été entièrement composé par Pierre-Antoine Lasnier, bassiste divinement accompagné par Aniruddh Saha, batteur, et Shonai, multi instrumentiste que l’on retrouve le plus souvent au clavier. Encore méconnus, les trois musiciens ont décidé de sortir deux fois leur album : une première fois en Inde début décembre, et une deuxième fois début janvier, directement sur YouTube, grâce au concours d’un fin connaisseur de jazz, le youtubeur Marcel The Drunkard. La chaîne YouTube de ce dernier n’a qu’un seul défaut, la trop grande quantité de publications d’une qualité difficilement égalable. ABHIND annonce la couleur dès le premier morceau, atone, rapide, faisant fi des harmonies, imprévisible. Imprévisible, l’album l’est tout entier. Chaque morceau se présente à l’auditeur délicatement, accélère sans crier gare pour finalement tempérer ses ardeurs avant de laisser place au prochain guide. Techniquement imparable, électrique par moment, la proposition du groupe franco-indien est saisissante. Une belle promesse, si futur il y a. Et s’il n’y a pas, on pourra toujours compter sur la chaîne formidable de Marcel.

The Chick Corea & Steve Gadd Band – Chinese Butterfly

Chick Corea sortait en ce mois de janvier ce qui doit être au moins son 120ème album. À vrai dire, il est devenu difficile de compter, et cela n’a rien d’étonnant pour un artiste capable de sortir neuf albums fantastiques sur la seule année 1978. Chick Corea fait partie de ces géants du jazz, ceux qui jouaient avec Miles Davis et ont façonné le genre, et qui jouent encore aujourd’hui. Le pianiste est accompagné pour ce nouvel opus par une autre légende, le batteur Steve Gadd. Steve Gadd a joué avec Eric Clapton, Paul McCartney, Michel Petrucciani, Al Jarreau et tant d’autres sommités de la musique. On pouvait donc s’attendre à une petite claque auditive, et bien sûr, on l’a eue. Enfin, petite, pas exactement. En huit morceaux – cinq compositions et trois reprises – et avec l’aide de musiciens venant du Bénin, du Venezuela et de Cuba, le prodige Chick Corea arrive encore et toujours à surprendre, à 76 ans. Les cinq premiers titres sont relativement courts, pas plus de douze minutes chacun, et proposent des genres et des humeurs différents. Du funk avec Chick’s Chums, des sonorités latines avec A Spanish Song ou encore de la fusion sur Like I Was Sayin’, les deux compères se baladent et explorent toutes les aspérités de leur genre. Mais c’est avec Return to Forever, reprise de l’ancien groupe éponyme de Chick Corea, que l’album atteint son apogée avec un morceau de plus de 17 minutes ré-interprété magistralement. Ces messieurs ont encore de belles années devant eux. Cela tombe bien, nous aussi.

Compilation

Brownswood Recordings – We Out Here

Le label Brownswood Recordings, créé par Gilles Peterson, promeut depuis de longues années nombre d’artistes de talent repérés par le DJ. Et le temps de la nouvelle compilation est venu. Prévue pour le début du mois de février, Brownswood Recordings a déjà offert un bel aperçu de We Out Here, avec cette playlist publiée mi-janvier. On y retrouve presque tout le gratin de la nouvelle scène UK jazz londonienne, avec notamment un certain Shabaka Hutchings divin à la clarinette basse, et qui avait déjà fait des ravages avec son groupe aux saveurs sud-africaines, Shabaka and The Ancestors. Cet habitué du mélange des genres – c’est de toute façon toujours ce dont il s’agit quand on parle d’UK jazz – partage l’affiche avec Nubya Garcia, saxophoniste ténor qui offre un morceau qui ne cesse de se tendre, pour finir par exploser. Les membres d’Ezra Collective jouent comme à leur habitude avec cet Afrobeat qui les caractérise, teintant le morceau de cette touche stretch qu’a créée Christian Scott. Autre représentant de l’Afrobeat, le groupe mené par la trompettiste Sheila Maurice-Grey, KOKOROKO, propose quant à lui une douce ballade, et l’on retrouve également dans cette playlist deux morceaux lives dont Uman, le genre de morceau qui oblige à taper sur la cuisse du voisin dans les transports en commun. Encore quelques jours et l’on pourra découvrir la compilation complète, sur laquelle figurent également deux grands noms de la scène londonienne, Moses Boyd et Trifroce.  

Clips

Roméo Elvis – Ma tête

« Ma tête », issu de l’album « Morale 2 » de Roméo Elvis, possède enfin son clip. Une animation, réalisée par Julien Kremer (Krümp), qui expose les problèmes de santé du rappeur belge. Un clip animé, des dessins colorés sur fond blancs, et des illustrations fidèles aux émotions du rappeur signées LFF Visions.

Mes problèmes d’oreilles sont plus forts depuis mes 20 ans, J’espère arriver à percer avant mon tympan.

Les paroles illustrent la souffrance de Roméo Elvis face à ses troubles de mémoire et ses acouphènes. Un comble pour un chanteur. On reconnaît sa plume et son flow souvent décrit comme « nappeux ». Le clip, aux influences plus rock, voyage au cœur de sa tête, et met en lumière un homme désemparé, à la limite de la dépression. On en apprend un peu plus sur le jeune rappeur.

Ma tête est pleine à craquer dans mon milieu c’est impossible, mon état mental inquiète mes frères je n’ai pas lu les consignes.

Roméo Elvis profite de ce clip pour faire patienter ses fans quant à « Morale2luxe », une version deluxe de son dernier album qui sortira le 16 février.

VALD – Désaccordé

Il est sorti le 2 février, et on est au courant : l’album de VALD, XEU, a tenu en haleine ses fans par sa communication originale. Il a publié sur son compte Instagram un lien en capture d’écran, qui nous renvoyait vers une sorte d’album composé de sons non mixés, album qui n’aurait apparemment aucun lien avec « XEU ».

En janvier, il a sorti un titre, Désaccordé, déjà numéro 1 des tendances Spotify. Avec celui-ci, un clip à la VALD, réalisé par Kub & Cristo, où il nous présente les multiples personnages qui partagent un coin de sa tête. D’une tenue de panthère rose, de joueur de foot ou de danseuse de flamenco à son sweat à capuche, il accumule les tenues, sur un fond blanc, synonyme de neutralité. On pourrait alors y retrouver une référence à son clip Eurotrap, où il alternait cette fois les décors avec un fond vert.

VALD sait surprendre : à première vue, le scénario du clip paraît faible, basé uniquement sur un rappeur exposant ses pensées. Puis il se transforme en une scène de science-fiction, dans laquelle on comprend que le personnage est en réalité piégé et manipulé par un « reptilien », un membre de cette grande conspiration politique dont il évoque souvent l’existence. Il avait auparavant écrit un morceau, Lézarman, qui abordait ce sujet.

VALD nous présente de nouveau un clip en accord avec son travail. L’album “XEU » séduit déjà les adeptes du rappeur.

 

Playlist

image de couverture : © ulysse guttmann pour l’alter ego/apj