Salut à toi cher lecteur ! La rédac International de L’Alter Ego t’emmène encore ce mois-ci aux quatre coins du globe, pour tout savoir sur les cinq thèmes qu’il ne fallait surtout pas manquer en janvier. Notre voyage commence dans les coulisses de la Maison Blanche, où Donald Trump se prend allègrement les pieds dans le tapis. Nous mettrons ensuite le cap sur l’Iran, secoué par des manifestations qui ont fait couler beaucoup d’encre. Sans transition, la péninsule coréenne, où le sport semble faire des miracles. Finalement, retour vers le Vieux continent avec l’accord de coalition allemand et atterrissage à Paris où nous analyserons l’hyperactivité de la diplomatie jupitérienne.

Michael Wolff met le feu à la Maison Blanche

Le 5 janvier, une véritable bombe a explosé sur le président Trump. Et elle ne venait pas de la Corée du Nord. Pire. C’était un livre.

Après des mois d’errance sans entraves dans l’aile ouest de la Maison Blanche et des centaines d’entretiens, Michael Wolff , essayiste et journaliste adepte des controverses, lance au nez de la présidence plus de 300 pages de détails croustillant sur la campagne et la  première année Trump. En exposant la  vie quotidienne de Washington, le livre a fait l’effet d’un coup de pied dans une fourmillière. Florilège :

Trump ne voulait pas devenir président. Il ne connait pas la constitution au delà du quatrième amendement. Il trouve la Maison Blanche hostile car il est trop surveillé et on touche à ses vêtement et à sa brosse à dents. Il mange des burgers seul dans sa chambre de peur de se faire empoisonner, sa coiffure est réfléchie et sa couleur soignée.  Ses conseillers le qualifient de “semi-analphabète” qui ne s’informe que par la télévision. Steve Bannon est en guerre contre son fils responsable de réunions avec des représentants russes et Ivanka profite de son père pour se mettre en bonne position en vue de se lancer à son tour à l’assaut de la présidence…

© Richard Baker / In Pictures via Getty Images

Ces anecdotes sont néanmoins à prendre avec des pincettes car le travail de Michael Wolff est très critiquable et critiqué. Irrespect des discussions off entre politiques et journalistes,  incohérences avec la réalité, détails inventés ou dires jamais vérifiés, imprécisions…. Néanmoins,  au vu de la situation actuelle de la presse aux Etats-Unis, son travail a été grandement salué tant au niveau national qu’international. Le culot paye.

Une nouvelle fois touché dans son estime, le président n’a pas tardé à se défendre. Sur Twitter bien sûr. Alors, a-t-il lu le livre pour savoir ce qu’il avait à fustiger ? Le doute est permis. En tout cas, déçu de ne pas avoir pu empêcher sa publication, qui a eu lieu cinq jours plus tôt que prévu,  il tient à rappeler à tous l’étendue de son intelligence, et pour prouver sa bonne santé mentale,  a même demandé à passer un test cognitif. Et il l’a réussi haut la main. De quoi rassurer, ou pas, la planète sur la cohérence de ses décisions.

Enfin, à tous les lecteurs francophones, vous pourrez bientôt, vous aussi vous régaler. La traduction française devrait apparaître dans les librairies le 22 février prochain. De plus, ses droits télévisuels ont été achetés par Endeavor Content : amis binge watchers, restez aux aguets!

Laure D’Almeida

#IranProtests : une révolution, vraiment ?

Tous les journaux généralistes de France et de Navarre ou presque ont fait leur une sur la supposée « révolution » en cours en Iran, pendant que des manifestations secouaient le pays depuis le 28 décembre. Initié à Machhad, dans l’est du pays, le mouvement est pourtant loin de vouloir un bouleversement de fond en comble du régime politique. Mais déjà certains commentateurs occidentaux, prompts à l’ « analyse » s’emballent : quoi de mieux que de voir ce pauvre peuple opprimé se libérer de ses chaînes et de l’extrémisme religieux qui l’étouffe. Loin d’eux toute tentation ethnocentriste, naturellement. Loin d’eux également toute connaissance approfondie de ce pays, dont les liens entre politique et religion sont en réalité bien plus complexes qu’il n’y paraît.

Très souvent comparés au mouvement Vert qui contestait la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, les #IranProtests ne partagent en réalité avec cet épisode que le fait d’être des manifestations. En effet, si les contestations de 2009 étaient éminemment politiques, dénonçaient la corruption du pouvoir et sa faible légitimité démocratique, celles du début du mois de janvier sont avant tout économiques. Ainsi pour Ali Vaezi, de l’International Crisis Group :

Ce n’est ni une révolution, ni un mouvement politique, mais plutôt l’explosion des frustrations sur la stagnation politique et économique que la population iranienne avait refoulées

Ali Vaezi, de l’International Crisis Group

De plus, les revendications ne portent majoritairement pas sur une refonte totale du régime, mais visent plus à attirer l’attention du pouvoir de Téhéran sur la situation des plus précaires. En effet, ce mouvement est porté majoritairement par les couches défavorisées, et ne concerne pas la classe moyenne iranienne. Or, la plupart des révolutions sont ralliées par la bourgeoisie : elles se font avec l’appui des milieux intellectuels avec un capital économique moyen voir élevé.

Les Iraniens attendent. Ils attendent les retombées, un peu trop souvent présentées comme miraculeuses et immédiates, de la levée des sanctions permise par l’accord sur le nucléaire signé en 2015. Hassan Rohani, l’actuel président, avait fait toute sa campagne en misant sur l’embellie économique qui devait suivre la signature de l’accord. Or, l’élection de Trump a compliqué les choses. Dans un climat de tension permanente depuis l’arrivée du magnat de l’immobilier à la tête de la Maison Blanche, l’accord risque d’être rompu à tout moment. En effet, si Washington a reconduit la levée des sanctions le 12 janvier, ce n’est pas sans un ultimatum adressé à ses homologues européens : s’ils ne durcissent pas les termes de l’accord dans 120 jours, les États-Unis claqueront la porte.

En attendant, quelques manifestations – dont on apprendra plus tard qu’elles ont été déclenchées par l’opposition conservatrice, des centaines d’arrestations et dizaines de victimes plus tard, l’Iran n’a toujours pas fait de révolution. Faut-il s’en réjouir ou s’en plaindre, c’est une autre histoire…

Clara Guillard

Jeux Olympiques : les deux Corée défileront ensemble

Généralement, c’est la politique qui s’immisce dans le sport. En janvier, c’est l’inverse qui s’est produit. Les Corée du Nord et du Sud ont officiellement repris contact après deux ans sans discussions. Et la raison de cette reprise des discussions est sportive. La Corée du Nord souhaitait en effet discuter de la participation de ses athlètes aux prochains Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang (9-25 février) chez son voisin sud-coréen. La République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) était restée évasive sur sa participation à ces JO jusqu’à ce mois de janvier 2018. Chronique d’un rapprochement.

Lors de son discours de vœux prononcé le 1er janvier, le leader nord-coréen Kim Jung-Un laisse l’ouverture à un rapprochement :

J’espère sincèrement que les Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang seront menés avec succès. Nous sommes disposés à prendre les mesures nécessaires, y compris à envoyer notre délégation. À cette fin, les autorités du Nord et du Sud pourraient se retrouver dans un avenir proche.

Kim Jung-Un, leader nord-coréen

Le lendemain, la Corée du Sud répond à l’invitation et organise une rencontre entre les deux États. La première de ces réunions se tient le 9 janvier dans la ville frontalière de Panmunjon, en zone démilitarisée. Outre la participation des athlètes nord-coréens qualifiés aux compétitions, plusieurs décisions hautement symboliques sont prises. Parmi elles, une équipe de hockey sur glace féminine mais surtout une délégation commune lors du défilé de la cérémonie d’ouverture. Cette image forte rappelle celles de Sydney 2000, Athènes 2004 ou Turin 2006 où les deux délégations avaient déjà défilées ensemble.

Si l’intérêt sportif de ces décisions paraît faible, l’intérêt diplomatique est tout autre. Ces décisions démontrent une volonté d’apaisement de la part de la Corée du Nord. Après avoir enchaîné les démonstrations de force à l’automne dernier, celle-ci démontre cette fois-ci qu’elle souhaite la réussite de ces XXIIIème Jeux Olympiques d’hiver. La ministre des Sports Laura Flessel devrait donc être rassurée, elle qui déclarait le 21 septembre dernier à propos de cette compétition que « si on n’arrive pas à avoir une sécurité affirmée, notre équipe de France resterait ici. »

Arthur Massot

L’hyperactivité diplomatique jupitérienne

Turquie, Chine, Italie, Autriche, Grande-Bretagne, et enfin Argentine. Fidèle à sa réputation, Emmanuel Macron était omniprésent sur la scène internationale en ce début d’année 2018. Des réceptions à l’Élysée, des conférences de presse en passant par des sommets communs ou une visite d’État, toutes les différentes formes de protocole ont été utilisées. Pour quels résultats ?

Le moment le plus marquant de cette grande tournée diplomatique est sans conteste la visite d’État dans la Chine de Xi Jinping. Le Président de la République a tout d’abord fait escale à Xi’an, la terre d’origine du président chinois. Une manière symbolique de construire sa diplomatie et d’imposer son style, mais aussi de gagner la sympathie de son hôte. Le premier chef d’État européen à se rendre en Chine après le XIXème congrès du PCC (Parti Communiste Chinois) a ensuite rencontré le Président et le Premier ministre à Pékin. Au bout de 3 jours d’intenses négociations, Emmanuel Macron a ramené avec lui des dizaines de contrats et de mémorandum signés, en particulier dans le nucléaire et l’agro-alimentaire. Pas sûr que cela suffise cependant à rétablir la balance commerciale entre les deux pays, déficitaire de près de 30 milliards d’euros pour Paris.

Quelques jours auparavant, le président français avait reçu son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, dans une visite marquée par la saille de ce dernier envers un journaliste un peu trop impertinent, qui avait osé lui poser une question sur la livraison par les services secrets turcs (MIT) d’armes au groupe État Islamique. Au menu des discussions, la Syrie bien évidemment mais également l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne à laquelle Emmanuel Macron a définitivement fermé la porte. Ce dernier a également évoqué les droits de l’homme dans un pays marqué par la répression depuis la tentative de coup d’État manquée du 15 Juillet 2016 et de plus en plus isolé sur la scène internationale.

Après ces moments marquants sur la scène internationale, Jupiter a repris son costume de leader de l’Europe avec le 35ème sommet franco-britannique à Sandhurst (Royaume-Uni). Le but était d’afficher « l’entente cordiale » entre les deux pays, alors que le Brexit entre dans sa seconde phase de négociations et que les sujets d’accroches sont nombreux. Un nouveau traité, en complément de celui du Touquet, a été signé en ce qui concerne les migrants, dont l’objectif est d’accélérer les procédures pour les mineurs isolés pouvant prétendre à l’asile au Royaume-Uni.

Nous aurions pu vous parler de la réception du nouveau chancelier autrichien, Sébastian Kurz, du soutien appuyé au Président du Conseil italien, Paolo Gentiloni, ou du dîner avec Mauricio Macri, le président argentin, mais nous sommes déjà en Février et Jupiter vient de décoller pour la Tunisie.

Arthur Bijotat

En Allemagne : GroKo, c’est reparti pour un tour

Depuis les élections législatives du 24 septembre 2017, l’Allemagne est sans gouvernement. Les résultats de cette élection ont bouleversé la « grande coalition » – surnommée GroKo par les Allemands – entre le parti centre droit CDU-CSU et celui de centre gauche SPD : entrée de l’extrême droite au Parlement qui n’y avait pas siégé depuis la Seconde Guerre mondiale, modeste victoire du CDU-CSU, échec retentissant du SPD qui réalise le pire score de son histoire et  retour du FDP qui passe la barre des 5% nécessaires pour siéger au Parlement.

Cela a conduit Martin Schulz – président du SPD – à annoncer son refus de reconduire la « grande coalition », cédant aux multiples voix s’élevant au sein du SPD contre l’alliance avec les conservateurs. Angela Merkel a donc tenté de former une « coalition Jamaïque », nom donné à la coalition entre le CDU-CSU, le FDP et les Verts dont les couleurs associées aux partis sont respectivement noir, jaune et vert. Cependant cette coalition a échoué en raison des divergences entre les partis qui n’ont pas réussi à élaborer un accord, le principal sujet de désaccord étant l’immigration. Il reste donc deux options pour la chancelière : soit former un gouvernement minoritaire pour gouverner, ce qui aurait été un aveu d’échec pour Merkel, soit convaincre le SPD de former la « grande coalition ».

Angela MERKEL et Martin SCHULZ – © Thierry Tronnel/Corbis via Getty Images

Le 12 janvier, une amorce de compromis entre le SPD et le CDU-CSU est lancée, déclenchant des débats au sein du parti social-démocrate. Merkel et Schulz jouent dans ces négociations leur avenir politique, un échec de celles-ci acterait la fin de leur carrière. Le 21 janvier lors du congrès du SPD, la poursuite des négociations a été votée à 56%, permettant donc de trouver une porte de sortie. Les négociations s’annoncent toutefois assez compliquées, le SPD voulant de plus grandes concessions de la part du CDU-CSU notamment sur l’accueil des immigrés ou la place de l’Allemagne au sein de l’Union Européenne.

GroKo devrait finalement aboutir, mais celle-ci ne disposera plus de la même légitimité. Merkel et Schulz sont tous deux confrontés à des dissonances au sein de leur parti qui profitent de cette crise politique pour faire apparaître l’affaiblissement des deux leaders. En particulier au sein du SPD où Schulz est confronté à la popularité du chef du Jusos – équivalent du parti jeunes socialiste – Kevin Kühnert qui a pris position contre la Groko, espérant même que l’échec de cette coalition permettra un nouveau départ pour son parti.

Mona Poline

image de couverture : © maxime bourstin