Shame est le groupe qui retournait les festivals et les scènes de France (un public que les garçons adorent) depuis deux ans avec leur rock abrupt : Cabourg, Mon Amour, We Love Green, This is not a love song, Pitchfork… Leur performance nous avait d’ailleurs impressionnées à Cabourg, Mon amour. Nous avions eu l’impression d’assister à l’émergence du groupe rock de notre génération. Ils tournaient à l’époque sans album au compteur, ne laissant au public qu’un fou souvenir de leur concert. Mais ceci est à présent de l’histoire ancienne.

© Lise Escaut pour L'Alter Ego/APJ
© Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

Charlie Steen, chanteur de Shame, promettait la sortie de leur premier album, le 12 janvier : c’est chose faite.

Les cinq londoniens (Charlie Steen, Eddie Green, Charlie Forbes, Josh Finerty, Sean Coyle-Smith) offrent un album aux diverses influences, définitivement punk, mais unique.

Première écoute, premières impressions. Le style de Shame nous est familier mais il est impossible de le rattacher à un quelconque genre ou influence spécifique. Comme si nous connaissions l’album depuis toujours. L’énergie est punk, brute, la voix de Charlie Steen puissante, enragée. Mais après la tempête, la voix de Steen sait être douce, envoûtante (Angie). Les guitares dominent, les riffs sont durs mais le son évoque le rock californien, presque aérien.

© Lise Escaut pour L'Alter Ego/APJ
© Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

Le groupe dont la culture musicale démarre avec Bob Dylan, Tom Waits, de l’électro pour Eddie Green (guitare), du rap pour Josh Finerty (bassiste) se rapproche plus de la scène garage américaine, du post punk ou du shoegazing. À la seconde écoute de Song of Praise, on pense aux anciens The Clash, The Stooges, The Fall ou The Stone Roses, sur l’envoûtant et particulier Angie. Mais aussi aux nouveaux Fat White Family dont ils faisaient les premières parties, Fidlar, The Rakes sur Lampoon avec le chant haché de Steen et la basse de Josh. Loin d’un album rock figé old-school, Shame dépoussière le genre sans tomber dans le consensuel.

Ce qui nous marque encore, c’est l’énergie de l’album. On retrouve la puissance scénique de Shame. Song of Praise n’est qu’une captation d’un lâcher-prise primitif. La voix de Charlie Steen, véritable bête de scène, n’est pas limitée, contrainte. Elle se déploie, s’imbrique aux guitares, les surplombe parfois. Charlie alterne déclamation et clameur. Malgré une impression d’un album lo-fi, où le son est brutal, imparfait, la production est léchée. Coordonnant, magnifiant ainsi cette bulle punk.

© Lise Escaut pour L'Alter Ego/APJ
© Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

L’album contient les fameux Tasteless, The Lick, Gold Hole, Concrete, One Rizla qui nous avaient tenus en haleine pendant un an, et leur répertoire de scène. Seul absent, Visa Vulture, titre où ils fustigeaient Theresa May et le Brexit. Mais l’esprit du morceau est conservé dans l’album. Bien qu’ils se défendent d’être des artistes engagés, les garçons ne manquent pas de critiquer la politique de May contre la jeunesse, qui les touche directement.

Song of Praise est un album cohérent, un ouragan qui se clôture avec Angie, une balade presque mélancolique. Comme si nous regrettions déjà l’écoute de Song of Praise, mais étions pressés de découvrir la suite.

Leur jeunesse les rend fougueux. Ils se foutent des codes. Shame offre un nouveau souffle au rock, un souffle qui reflète le besoin d’une génération. Alex Turner des Arctic Monkeys disait en 2014 au Brit Award :

Rock’n’roll will never die

Espérons qu’ils ne suivent pas le même parcours du conformisme des groupes sur lesquels on avait misé gros dans les années 2000 : The Strokes, Arctic Monkeys, The Rapture, Bloc Party, Klaxons …

Retrouve ici notre interview de Shame au festival Cabourg, Mon Amour, un moment plutôt chouette passé dans la queue des toilettes avec Sean Coyle Smith et Charlie Forbes.

image de couverture : © lise escaut pour l’alter ego/apj