Difficile de ne pas y penser quand on évoque aujourd’hui le populisme : il y a pile un an, Donald Trump était investi Président des Etats-Unis. Depuis, il est l’allégorie du populisme, voire même sa quintessence. Définir le populisme décourage les plus hardis d’entre nous. Galvaudé par journalistes, politiques et analystes, le terme ressemble davantage à une coquille vide qu’à un concept doctrinal. Si la démagogie et la construction de bouc-émissaires sont les caractéristiques incontournables des discours populistes, elles ne constituent pas une définition suffisante du terme. Il est donc important de préciser que nous considérons essentiellement ici le populisme d’extrême-droite.

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Percée électorale

2017 était annoncée comme une année de grande moisson pour l’extrême-droite en Europe. Cependant, les résultats électoraux passés montrent qu’il faut séparer le bon grain de l’ivraie. En Pologne, le parti Droit et Justice (PiS) est installé au pouvoir depuis 2015. Il avait également été au pouvoir entre 2005 et 2007. Aujourd’hui, le PiS voit, comme un père attendri devant ses enfants, les manifestations nationalistes et xénophobes se multiplier. En Pologne comme en Hongrie avec Viktor Orban, on retrouve la même érosion de l’État de droit, du fonctionnement des institutions : affaiblissement du pouvoir législatif, contrôle croissant du pouvoir judiciaire et des médias par le pouvoir exécutif… Ces dérives autoritaires ont ainsi amené la Commission Européenne à déclencher en décembre dernier l’article 7 du Traité de l’Union contre la Pologne. Si cette procédure a peu de chances de d’aboutir sur une suspension du droit de vote polonais au sein du Conseil de l’Union, elle constitue toutefois une alerte claire de l’UE sur l’Etat de droit en Pologne. En Autriche, c’est le conservateur Sebastian Kurz qui a été élu Chancelier. Le jeune candidat du parti conservateur a droitisé ses propos de campagne afin de conquérir les suffrages. Cette dérive idéologique sans complexe a ainsi mené Sebastian Kurz à nommer des ministres d’extrême-droite (affaires étrangères, défense, intérieur, santé, transports…).

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Annoncée en tête des sondages peu avant les élections présidentielles françaises, la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen s’est qualifiée au premier tour avant de s’écrouler au second. En Allemagne, le mois de septembre est marqué par l’entrée fracassante de l’AfD, le parti d’extrême droite, au Bundestag. Cette percée électorale n’est pas sans conséquences puisque l’Allemagne demeure aujourd’hui incapable de se composer un gouvernement de coalition. En République Tchèque, certains ont vu s’élever une copie conforme – certes plus discrète – de Donald Trump. En effet, le milliardaire Andrej Babis s’est fait élire grâce à un discours eurosceptique, anti-corruption et anti-migratoire. C’est d’ailleurs des thèmes similaires qui ont porté les campagnes des personnalités et des partis précédemment cités. Ils convergent ainsi par l’utilisation à outrance de l’euroscepticisme, de la critique des partis de gouvernement incapables de résoudre les problèmes socio-économiques et la désignation de responsables (partis traditionnels, immigrés, minorités…).   

Incapables de renouveler le contrat social

Les arguments avancés par les populismes d’extrême-droite restent insuffisants pour expliquer leur formidable essor. En effet, considérer chacun de ces mouvements comme des phénomènes isolés et locaux serait une grossière erreur, puisque l’ensemble des démocraties libérales occidentales est touché. Ainsi, les causes souvent désignées – tensions socio-économiques, vagues migratoires… – semblent inappropriées. L’exemple de la République Tchèque s’impose : si son économie a connu une embellie en 2017, cela n’a pas pu empêcher Babis de s’élever. De même, l’extrême-droite anti-immigration en Allemagne a récolté des suffrages records dans des régions n’ayant pas accueilli le moindre migrant… La montée du populisme d’extrême-droite s’explique davantage par l’incapacité des démocraties contemporaines à produire des propositions politiques, à donner des moyens et des objectifs communs pour la société, à renouveler le contrat social, au fondement de la démocratie. Le philosophe Michaël Foessel met le doigt sur ce manquement dans son État de vigilance : critique de la Banalité sécuritaire.

Aujourd’hui, l’État et les politiques ont pour missions d’assouvir le désir de sécurité et de « dresser des remparts contre la maladie, l’étranger, le vieillissement ou la mort ».

L’importance grandissante accordée à la sécurité amène l’État à prendre des mesures liberticides. Michaël Foessel établit ainsi la mutation de l’État libéral en un État libéral-autoritaire. Cette transformation de l’État, couplée à la défiance généralisée des électeurs envers les institutions, profite principalement à la mouvance d’extrême-droite et aux discours qu’elle tient.   

Réponses

La brèche de la démocratie libérale est le vivier de l’extrême-droite. Tant que se maintiendra cette incapacité à rénover le contrat social et à progresser en donnant du sens à la société, l’extrême-droite sera puissante et la société sera en proie à la démagogie populiste. Pour résoudre cette crise, il faudrait que les partis de gouvernement ré-investissent l’espace politique, et pensent de nouvelles solutions socio-économiques, sans proposer punitivité et xénophobie. Certains – Emmanuel Macron en tête – se présentent comme les derniers remparts contre l’extrême-droite alors qu’ils mettent en oeuvre, entre autres, des politiques migratoires tout aussi controversées. Par solutions socio-économiques, faut-il comprendre l’application du modèle social-démocrate scandinave dans toutes les démocraties libérales occidentales ? Ou alors l’apparition de nouvelles idées politiques (le revenu universel ?), répondant d’abord à la demande sociale et non pas à la demande sécuritaire, prenant en compte les grands enjeux politiques et environnementaux mondiaux ?

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