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Un mois dans le Monde, c’est quoi ?

Un projet de la rédaction dédié à l’actualité internationale de L’Alter Ego, média qui a pour vocation de porter la voix de la jeunesse. Chaque fin de mois, 5 membres de la Rédac’ te récapitulent chacun un sujet qui a particulièrement marqué l’actualité, de façon concise et didactique, sans oublier une pointe d’humour ou quelques critiques bien senties. 5 en 1, voilà le format : tu pourras naviguer et choisir de lire seulement ce qui t’intéresse (même si on te recommande de tout lire). Et en ce mois de décembre, nous te proposons, cher lecteur, un petit sommaire sympathique : de Jérusalem en passant par Moscou, Vienne et Londres pour atterrir à Paris, voilà ton trajet du jour !

La Rédac’ International

PS : T’inquiète pas, on revient le mois prochain !

Jérusalem : retour sur un séisme géopolitique

Le 6 décembre, les États-Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale d’Israël, et Donald Trump faisait part au monde de son désir d’y déplacer son ambassade, auparavant à Tel Aviv. Il applique ainsi une décision du Congrès déjà votée en 1995 mais jamais appliquée. Début d’un séisme géopolitique qui a secoué non seulement le Moyen-Orient, mais la planète entière. Il faut dire que la ville a un statut particulier. À l’origine sous gouvernance internationale dans le plan de partage de la Palestine de 1948, elle a été coupée en deux à la suite des accords de paix de 1949 suivant la première guerre israélo arabe : Jérusalem-Est à la Jordanie, Jérusalem-Ouest à Israël. L’État hébreux faisait déjà de l’Ouest de la ville sa capitale. C’est ensuite en 1967, suite à la défaite arabe lors de la guerre des Six-Jours qu’Israël envahit l’intégralité de la ville, violant les accords précédents. En 1980, la loi fondamentale israélienne en fait sa capitale « éternelle et indivisible » sans considérer le moins du monde les gargarismes de la communauté internationale.

Le statut de Jérusalem, s’il est fortement corrélé aux défaites arabes, est également un symbole de la lutte palestinienne, puisqu’en 2000, l’Autorité Palestinienne en fait la capitale de son futur État. Un sujet très sensible donc. En reconnaissant la ville Trois Fois Sainte comme capitale de l’État hébreux, Donald Trump jette encore une fois un pavé dans la mare diplomatique et franchit une ligne rouge.

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Il a d’autre part fortement compliqué les négociations en cours entre Fatah et Hamas, les deux frères ennemis palestiniens. Même Riyad, qui s’est affichée grande alliée de Washington, a critiqué cette décision. Mais le pays qui tire le plus son épingle du jeu au milieu des cris d’orfraie des capitales mondiales est indéniablement la Turquie : Ankara montre de plus en plus sa volonté de s’imposer sur la scène moyen-orientale, pour contrer l’hégémonie saoudienne. M. Erdogan, le président turc, a été très actif sur ce dossier et a maintes et maintes fois critiqué la décision étatsunienne, se posant en défenseur des Palestiniens. L’Iran également peut se targuer de s’être toujours méfié des États-Unis et d’Israël.

Pendant ce temps, les valets de Washington s’empressent de suivre leur maître : le Guatemala déménage son ambassade, et il y a fort à parier que d’autres capitales d’Amérique Latine feront de même…

Clara Guillard

Pour en savoir plus, lire notre article « Comment saboter 60 ans de négociations en une phrase ».

Brexit : où en est-on ?

Le 8 décembre, un accord a été signé entre l’Union européenne (l’UE) et le Royaume-Uni, concluant la première phase des négociations. Cet accord a ensuite été validé lors d’un sommet se tenant à Bruxelles les 14 et 15 décembre. Il acte donc trois sujets importants. Tout d’abord les droits des citoyens expatriés – britanniques et européens, ils bénéficieront des mêmes droits qu’avant le Brexit. Theresa May a même déclaré qu’ils pourront « continuer leur vie comme avant ».

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Ensuite, la question de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord a été tranchée : il n’y aura pas de frontière effective. Cela suppose que le Royaume-Uni garde les mêmes règles douanières qu’avant le Brexit, à savoir le marché unique européen – ce qui est contraire à ce qu’a promis la première ministre Theresa May. En effet, la République d’Irlande faisant partie de l’UE, il faudrait, pour un véritable Brexit, qu’il y ait une frontière physique avec sa voisine du Nord. Or, la République d’Irlande refusait catégoriquement le retour d’une frontière physique, abolie par les accords du Vendredi saint (1998).

Et c’est là que le bât blesse : le parti unioniste démocrate (DUP), premier parti au sein de l’assemblée d’Irlande du Nord, a lui exigé que l’Irlande du Nord ne soit en aucun cas traité différemment du reste du Royaume-Uni, et lui refuse donc la création d’un statut particulier. Or, Theresa May doit satisfaire cette exigence car elle a besoin du DUP pour obtenir une majorité au Parlement. Ainsi, cet accord impose un certain nombre de mesures économiques, et un véritable imbroglio politique qui doit encore être réglé lors des prochaines tractations.

Enfin le montant du chèque de départ du Royaume-Uni a été négocié, il s’élève à 50 milliards d’euros. Cependant il reste encore de nombreux sujets à négocier notamment la future relation économique qu’entretiendront l’UE et le Royaume-Uni – même si celle-ci est déjà en partie imposée par la question de la frontière entre les deux Irlandes. De même, la chambre des Communes disposera d’un droit d’amendement sur l’accord final, ce qui complique encore plus la tâche. La seconde phase des tractations ne débutera pas avant mars et elle s’annonce difficile, Theresa May devra définitivement mettre en oeuvre le « Brexit dur », qu’elle a promis, ou une « sortie en douceur ».

Mona Poline

Poutine, nouveau tsar de toutes les Russies ?

Vladimir Poutine a sans conteste été au coeur de l’actualité internationale du mois de décembre en essayant de se montrer comme un homme fort aussi bien en Russie que sur la scène internationale.

MOSCOW, RUSSIA - APRIL 14: Russian President Vladimir Putin speaks during his annual televised question-and-answer session at Gostiny Dvor on April 14, 2016 in Moscow, Russia. (Photo by Dmitry Azarov/Kommersant Photo via Getty Images)
Vladimir Putin – © Dmitry Azarov/Kommersant Photo via Getty Images

Sur le plan national, le 6 décembre Vladimir Poutine a sans surprise annoncé qu’il était candidat à sa succession. Renouvellement de son binôme avec Medvedev, son acolyte de toujours ; la rengaine est la même. Avec une surmédiatisation du président de la Fédération de Russie dans les JT des chaînes du service public, l’opposition n’existe pas vraiment. Sans odeur ni saveur, peu prise au sérieux, elle n’est pas détonnante et est effacée. Et cela d’autant plus que le seul opposant de poids crédible, Alexeï Navalny a été déclaré comme inéligible par le Comité électoral russe et rejeté de la course à la présidentielle le 25 décembre dernier. La question de la légitimité des élections russes, de leur déroulement et de leur résultat se pose.

Côté international, Vladimir Poutine joue l’homme de la situation en Syrie. Depuis le début du conflit en 2011, la Russie n’a cessé de jouer un rôle clef. Le 11 décembre dernier, Vladimir Poutine a annoncé le retrait d’une “partie significative” de  ses troupes en Syrie. Revendiquant une “victoire” sur le groupe terroriste EI, cette décision se fait dans cette lignée. Remercié et accueilli en grandes pompes par Bachar Al Assad, Vladimir Poutine arrive en tsar acclamé et s’attribue une bonne majorité de la victoire. Mais Vladimir Poutine ne rayonne pas qu’en Syrie. Il joue un rôle non négligeable au Moyen Orient : étant relativement proche d’Erdogan, le président de la Turquie, ce dernier lui a rendu visite pour la septième fois de l’année après son passage en Syrie.

Accueillant le Mondial de football cet été, Vladimir Poutine tend à revivifier l’image d’une Russie en perte de souffle. Mais Vladimir Poutine souhaite aussi affirmer sa propre puissance : déclarant en octobre qu’aucun retard ne serait toléré, tirant au sort dans l’enceinte du Kremlin les équipes et choisissant les lieux clefs de l’événement, il s’impose comme le chef d’orchestre du Mondial.

Avec son rôle à l’international mais aussi dans son pays, Vladimir Poutine joue la carte de l’omnipotence. Seul ombre au tableau : l’interdiction faite à la Russie de participer aux JO d’hiver de Pyeongchang et qui est désignée par Vladimir Poutine comme une manigance faite à l’encontre de la Russie.

Louise Bur

Pour en savoir plus, lire notre article « Russie, quel avenir pour la présidentielle ? ».

Autriche : L’extrême droite au gouvernement

C’est un séisme dont les répliques pourraient bien se faire sentir jusqu’à Bruxelles et dans toute l’Union Européenne. L’Autriche, qui prendra la présidence du Conseil de l’UE en juillet 2018 pour une durée de 6 mois, va selon toute vraisemblance être dirigée par une coalition gouvernementale composée de la droite conservatrice (Parti populaire, ÖVP) mais aussi de l’extrême-droite (Parti autrichien de la liberté, FPÖ). Le 15 décembre dernier, le jeune dirigeant conservateur et futur chancelier, Sebastian Kurz, et le chef du parti d’extrême droite, Heinz-Christian Strache, ont annoncé le résultat de leurs négociations. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’allié de Marine Le Pen se taille une belle part du gâteau gouvernemental viennois : la vice-chancellerie, l’intérieur, la défense, les transports, la santé et les affaires sociales ainsi que les sports. Le contrôle de plusieurs ministères régaliens inquiète de nombreuses personnalités et plusieurs milliers d’Autrichiens qui sont descendus dans la rue, lundi 18 décembre, jour de l’intronisation du gouvernement.

Trop d’étrangers n’est jamais bon.

Herbert Kickl, ministre de l’intérieur autrichien

Il est vrai que le profil de certains ministres peut faire pâlir les défenseurs de la démocratie et des libertés individuelles : Herbert Kickl, nouveau ministre de l’Intérieur et auteur de slogan tels que « Trop d’étrangers n’est jamais bon » ou Mario Kunasek, à la tête des armées, accusé d’entretenir des liens avec les milieux identitaires. Le poste des affaires étrangères, promis à Strache, est toutefois revenu à une personnalité indépendante, après les réserves émises par le président de la République, l’écologiste Alexander Van der Bellen. Ce dernier n’a également pas fait usage de son droit de véto sur les nominations de membre de l’extrême droite au gouvernement, contrairement à l’un de ses prédécesseurs, qui avait barré la route du gouvernement au FPÖ en 2000. Toutefois, la réalité apparaît beaucoup plus complexe et nuancée que cela puisque M. Kurz a exigé que les prérogatives européennes lui reviennent en intégralité. Un moyen de garder le contrôle sur des alliés qui pourraient devenir encombrants ? Le FPÖ réclame déjà le transfert de l’ambassade autrichienne en Israël à Jérusalem…

Arthur Bijotat

One Planet Summit : verdir la finance pour cacher son incompétence dans la lutte climatique ?

Le 12 décembre 2017, nous avons décidé de refuser le fatalisme face à l’urgence écologique pour notre planète en réunissant à Paris les leaders internationaux et des citoyens engagés venus du monde entier.

C’est de cette manière que les responsables du sommet présentent officiellement le travail qu’ils ont opéré, deux ans après la COP 21. Mais ce rassemblement est-il un coup de com’ politique ou porteur de réels progrès écologiques ?

Ce sommet fut l’occasion pour les dirigeants politiques et économiques de réitérer leurs engagements et promesses de  financements pour la lutte climatique. La banque mondiale a notamment annoncé qu’elle ne financerait plus les projets dans les industries gazières et pétrolières à partir de 2020.

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Or ce sommet reste controversé et critiqué par les ONG qui dénoncent une manœuvre de « green-washing » de la finance dont l’implication dans cette lutte est quasiment nulle. Derrière les beaux discours d’Emmanuel Macron, l’État français finance toujours les énergies fossiles et les investissements publics ne sont pas suffisants pour atteindre l’objectif des accords de Paris.

L’objectif de limiter le réchauffement de la Terre à 2 °C n’est en réalité pas juridiquement contraignant, puisqu’aucun système de sanctions et de contrôle n’a été mis en place. En outre, le retrait des Etats-Unis, responsables de 17,9% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, montre l’échec cuisant du projet de la COP 21.

La finance a donc été mise à l’honneur lors de ce sommet, présentée comme la solution. «  Finance is not the enemy, finance is the key » a déclaré Bruno Le Maire ; au détriment des réels acteurs et responsables des progrès, les ONG, qui attendent des actes concrets.

Ainsi, la finance s’est enorgueillie de belles paroles sans prendre la moindre décision. Or les solutions ne manquent pas : démantèlement des projets pollueurs, taxe sur les transactions financières, refus des traités internationaux qui sont à l’encontre des normes européennes d’écologie comme le CETA, sanctions et boycott des États récalcitrants…

Et pendant ce temps, à cause de cette défection politique le climat ne cesse de se détériorer.

Sacha F-C

graphismes et image de couverture : © maxime bourstin pour l’alter ego/APJ