À Toulouse, en septembre dernier, s’est tenu un festival d’art urbain baptisé Mr Freeze. Il se tenait à l’origine dans un ancien entrepôt frigorifique de la ville, donnant le nom et les bases à un festival monumental. Pendant des semaines des artistes ont recouvert des murs de fresques. Comme tous les arts de la rue, celles-ci portent le même caractère éphémère, renforçant leur puissance au moment de l’exposition. Il ne nous en reste plus aujourd’hui que des souvenirs et des photos, que nous vous partageons ici.

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Au cœur de cette « cathédrale du graff », le gigantesque personnage de MAYE et MOMIES – © Lise escaut pour l’alter ego/APJ

Organisé par des artistes, le festival se revendique dans l’esprit de l’art urbain : libre. L’idée est de présenter pendant dix jours en septembre une diversité importante d’artistes aux styles, âges, origines, idées et niveaux différents au plus grand nombre. Loin des galeristes, l’exposition se tient dans une friche industrielle de plus de onze mille mètres carrés non loin du centre ville toulousain. Cinquante artistes ont été conviés cette année à s’exprimer par la peinture, la photographie, l’installation, la sculpture de manière complètement libérée.

Au Mr Freeze, la volonté est avant tout de créer une atmosphère spontanée, calquée sur les Jam (*) où les graffeurs des années 90 se retrouvaient dans les friches pour le plaisir de se rencontrer. Les échanges entre les artistes sont privilégiés au coeur d’une ambiance familiale et d’un festival à taille humaine.

C’est une grande colo !

Loïc Mondé, artiste et organisateur

L’événement demande cependant une grande organisation pour le collectif toulousain, dont la volonté est d’être avant tout débrouillard. L’idée est de présenter une exposition libre et gratuite où la venue des artistes est bénévole. Quelques entreprises privés soutiennent le projet et cette année un crowdfunding a été ouvert. Chaque année compte plus de visiteurs et de curieux, encourageant un peu plus le partage d’un milieu artistique mal appréhendé. Une exposition par les artistes, pour les artistes et amateurs. Ce contexte d’ébullition dynamise le partage, rend possible les projets artistiques et encourage la diversité.  

Le graff a toujours été gratuit

RIME

Venu de New York, Rime peint de manière totalement transcendantale. Il mélange la figuration, la pop et l’utilisation d’extincteurs. Revendiquant prendre de la drogue, il aurait attendu que  son champi fasse effet, mis un concert de Miles Davis et voilà le résultat !

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© LISE ESCAUT POUR L’ALTER EGO/APJ

HOPARE

Dynamisés par une énergie vitale, les portrait d’Hopare sont souvent ceux de femmes. Parcourant le globe, il tisse sur les visages des fils, des rubans qui lient le temps et les Hommes. Au bas de cette gigantesque peinture figure l’inscription suivante :

La symétrie est l’ordre apparent, souvent confondu avec l’ordre réel, ainsi l’uniformité n’est que le masque de l’unité

Hopare

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© LISE ESCAUT POUR L’ALTER EGO/APJ

RATUR & SKARO

Leurs compositions sont toujours impressionnantes, aussi bien au niveau du point de vue, que de la taille, du style et du réalisme. Les deux frères interrogent  les relations qu’entretiennent les artistes issus du graffiti et les grands genres picturaux classiques. La main est omniprésente dans leurs créations, à des dimensions surprenantes.

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© LISE ESCAUT POUR L’ALTER EGO/APJ

Lancée par l’initiative d’artistes, la liberté donnée est en or et l’improvisation de mise. L’exposition a aussi un caractère fort, il permet de rendre hommage à tous les artistes qui ne trouvent pas leurs places en galeries. En effet, si l’art urbain n’est pas toléré dans la rue, il est exposé en galeries, seulement s’il s’agit de toiles. Un filtre qui ne laisse pas la place à ceux qui n’utilisent pas ce support et leur empêche toute visibilité. C’est le cas de RCF1, pilier du graff et pourtant absent des galeries, qui signe un pan de mur entier que le collectif avait tenu à lui offrir pour lui rendre hommage.

RCF1 est cité comme une figure marquante, grâce à son petit « fantôme ». Il est un des premiers à avoir abandonné le lettrage pour le logotype, à sortir des codes dans lequel le tag c’était enfermé. Il présente un large mur aux résonances Pop Art où sa marque de fabrique s’imprime même sous nos pieds.

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 © LISE ESCAUT POUR L’ALTER EGO/APJ

Ici, pas de tête d’affiche, pas de luxe, tout le monde est à la même enseigne (certains dorment même au pied de leur fresques). L’exposition est une réelle immersion, où le spectateur vient découvrir par lui même… exactement comme dans la rue.

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© LISE ESCAUT POUR L’ALTER EGO/APJ

Une bonne occasion d’entraîner notre sens de l’observation et nous attirer sur ce qu’il se passe dans nos villes. Si le graff est partout, il semble invisible parfois. Mr Freeze est aussi là pour rappeler que l’art urbain est éphémère : il ne restera que les souvenirs et photographies pour témoigner, tant sur l’exposition que dans nos rues. Alors ouvrons l’oeil !

Présent chaque année en septembre, le festival Toulousain est à découvrir en image sur leur site et sur l’instagram officiel.

(*) jam : événement légal organisé pour rassembler des graffeurs

image de couverture : © LISE ESCAUT POUR L’ALTER EGO/APJ