Rien ne laissait place au doute. Ce mercredi matin de décembre, il suffit de défiler à sa guise sur la bande FM pour deviner qu’il ne s’agissait pas d’un jour comme les autres. Tandis que les radios chantent en cœur ses plus grands tubes, que les télévisions fouillent les archives pour préparer les premiers hommages, certains se rendent sur les lieux dans l’espoir de saluer une énième fois celui qui fut souvent l’icône d’une vie.

Johnny Hallyday est mort. Depuis près d’une semaine la France est endeuillée, meurtrie d’une célébrité dont la popularité est à la hauteur de la mobilisation générale qui lui est consacrée : monumentale.

(Original Caption) French pop singer, Johnny Hallyday, on stage at the Palais Des Sports Stadium in Paris. (Photo by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS/Corbis via Getty Images)
Johnny Hallyday – © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS/Corbis via Getty Images

Afin de mettre en valeur l’aura du monsieur, les médias tendent généreusement leur micro aux fans abasourdis. Ceux-ci ont parfois dû mal à cacher leur émotion.

Souvent ils font part de leur nostalgie, de leur tristesse et des souvenirs qu’ils entretiennent avec une star qui parfois les accompagnait depuis plus de 50 ans. Car Johnny, bien qu’artiste intemporel, était aussi la figure de proue d’une époque désuète, celle des yéyés, de l’émission « Salut Les Copains » sur Europe 1 et de l’éclosion d’une musique nouvelle qui rythmait l’adolescence de nos grands parents et qui nous est parvenue à nous, « Jeunes de 2017 ».

Voir nos aînés et autres disciples sexagénaires issus du taulier du rock français pleurer leur idole a le don de forcer l’admiration du défunt.

Les journalistes s’y sont d’ailleurs donné à cœur joie lors de la cérémonie d’hommage samedi à travers des discours un peu caricaturaux comme « toutes les générations sont  dans la rue, preuve que Johnny est aimé par tous, quelque soit  les âges… ». Certes, mais chacun sait que la présence de la jeune génération ce samedi de deuil est davantage liée à l’accomplissement d’un héritage familial qu’à la genèse d’une « fan-attitude » personnelle.  

Qu’allons nous garder de lui, nous qui n’avons pas connu le Johnny des années phares ?

Il serait assez injuste de ne retenir que l’image papy-rockeur un peu ringarde que notre époque lui a probablement assigné. On parle tout de même d’un mastodonte de la chanson, totalisant 110 millions de disques vendus et entretenant sa légende par le biais de concerts et show absolument vertigineux. À tel point qu’aucune personnalité en France aujourd’hui et ce, assurément pendant très longtemps, ne serait en mesure de recevoir des funérailles aussi saluées et honorées. Alors, passées les premières railleries, le respect est de mise et c’est à nous de relayer quelle figure Johnny Hallyday incarnait à l’âge de la musique en streaming.

Exit les vétérans, la génération Optic 2000 s’exprime. Florilège de réactions.

« Johnny, c’est la culture »

Je pense que l’image de Johnny est intemporelle sans l’être. C’est une idole des jeunes des années 60-70 avant tout. Le fait est que les gens qui étaient fans de lui à l’époque ont continué à le suivre et à le faire écouter à leurs enfants. Johnny ne peut pas être une idole des jeunes d’aujourd’hui, l’image d’une légende conviendrait davantage. Sa mort ne nous affecte pas parce que c’est notre idole mais parce que c’était celle de nos parents et que pour nous, c’est un peu comme si une partie de notre enfance partait. Pour les jeunes c’est la transmission de leurs parents qui est touchée, pour les premiers fans, c’est comme perdre un ami…

Eglantine, 20 ans

Johnny c’est l’unité. L’unité car tout le monde connaît ce chanteur, tout le monde vibre au son de sa voix grave. Du Ô Marie à Optic 2000, chacun a le souvenir d’un homme, qui fait partie du paysage français. Johnny c’est la diversité. Et ce n’est pas une antithèse. La diversité des styles : rock’n’roll, rock psychédélique, twist, pop, blues, soul… La diversité sociale des publics : des bikers tout en cuir, Sarkozy tout en fric… Johnny c’était une vieille canaille. Vieille canaille comme le nom du trio qu’il formait avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell. Il avait un côté rebelle dans sa façon de bouleverser les règles de son époque, transgresser celles de la fiscalité jusqu’à la fin, repousser les limites de la santé en prévoyant une ultime tournée en 2018. Il était très jeune dans sa manière de vivre.

Gauthier, 19 ans

 

Johnny c’est la culture, le patrimoine national et cela qu’on le veuille ou non. Il suffisait de se rendre sur les Champs-Elysées le week-end dernier pour se rendre compte de sa popularité incommensurable. Personnellement cela m’impressionne beaucoup. Qui aujourd’hui mobiliserait autant les foules le jour de sa mort ? Personne, ce n’est pas plus simple que ça.

Vincent, 19 ans

Je pense que Johnny a une part intemporelle pour beaucoup, c’est-à-dire qu’il a marqué plusieurs générations. Nos parents, nos grands parents l’écoutaient, nous moins mais il restera dans nos mémoires et souvent on entendra ses chansons. Ce n’est pas forcément évident de savoir où se placer lorsque l’idole des autres décède. J’entends beaucoup de gens de mon âge dire que toute cette commémoration est exagérée, peut être que beaucoup de jeunes ne se rendent pas compte de la place qu’il occupait dans de nombreux foyers français. Tout le monde se souvient d’une chanson parce qu’il a fait des tubes (Allumer le feu, Tennessee, Noir c’est noir). Plus que Johnny lui même je pense que ce seront ses chansons qui vont être amenées à  rester parce qu’il y en a des belles, écrites par différents auteurs (Je te promets, Que je t’aime).

Guillaume, 19 ans

Johnny, bête de scène ?

S’il fallait garder un souvenir en particulier ce serait peut être son entrée sur scène parce que c’est un moment que tout le public attendait et c’est fou de voir la folie qu’il pouvait susciter. Mais c’est vrai que sur scène c’était assez impressionnant, il donnait vraiment quelque chose, tout était organisé pour que tout soit parfait mais avec une certaine note d’inattendu. Enfin c’était un show réellement impressionnant et c’est vrai qu’après l’avoir vu une fois, je n’avais qu’une seule envie : y retourner. Donc ce que je garde comme souvenir le plus marquant, c’est l’énergie qu’il dégageait et la sympathie qui l’entourait, il était proche de son public et il lui rendait bien. Ce qui est fou, c’est qu’il a rempli 9 stades de France, un nombre incroyable de Bercy et certaines personnes sont allées le voir des centaines de fois.

Guillaume

Je me suis rendu il y a 2 ans à Bercy lors de la tournée “Toujours Vivant“. Sur scène c’était  indescriptible. C’était quelque chose que je voulais voir de mes propres yeux avant qu’il ne soit trop tard. En toute honnêteté je ne pensais pas être aussi surpris, il faut savoir reconnaitre sa classe naturelle. Certains morceaux m’ont donné des frissons alors que je ne suis pas particulièrement fan. D’ailleurs, le spectacle est aussi bien sur la scène que dans la fosse : se tenir au milieu d’une foule de 15 000 personnes qui crie “que l’on t’aime, que l’on t’aime Johnny“ ça vous marque. Je suis ressorti de la salle stupéfait par la façon dont les fans partagent leur amour avec lui. Rien n’est surfait, c’est une fascination sincère.

Vincent

Johnny le ringard ?

En fait si Johnny a pu souffrir de cette image auprès des jeunes c’est surtout en raison d’une évolution nette des styles de musiques à la mode depuis le milieu des années 90 et l’hégémonie du rap. Jusqu’à ces années là, les jeunes écoutaient encore du rock, c’était plus facile pour Johnny d’être dans l’air du temps. À partir des années 2000 la cassure est devenue trop forte : son style musical était en réelle contradiction avec ce que nous écoutions pour la plupart. Surtout que ces fans aussi avaient gardés des habitudes vestimentaires reconnaissables légèrement démodées, si bien que le tout était plutôt hilarant. L’image qu’il renvoyait lorsque qu’on était petit n’était pas non plus extraordinaire : la chanson pour la Coupe du Monde 2002, La pub Optic 2000 ne l’ont pas vraiment aidé. Après on ne pouvait que s’incliner quand il remplissait le Stade de France. Même si beaucoup de jeunes l’ont trouvé ringard, on ne peut pas ne pas l’aimer. Il partira avec respect et bienveillance de notre part. Et puis c’est comme tout, c’est le temps qui passe. Nos petits enfants seront les premiers à trouver Booba ringard…

Vincent

image de couverture : © Keystone-FranceGamma-Rapho via Getty Images