Pendant presque un an, trois réfugiés vivant à Angers auront la chance de s’essayer à la réalisation cinématographique, puisqu’ils vont chacun pouvoir écrire et tourner un documentaire afin de transmettre leur histoire et celle de leur pays d’origine.

Ce projet, lancé par la branche angevine de l’association Singa (association s’engageant pour l’intégration des réfugiés), est mené par Pénélope Lamoureux, et a permis à la jeune femme de concrétiser un objectif qui lui tenait à cœur : libérer la parole des réfugiés à l’aide du 7ème art. C’est après ses deux voyages en Egypte et en Algérie que Pénélope a décidé de s’engager pour l’association Singa et de devenir coordinatrice à Angers :

Quand je suis rentrée de ces deux voyages, j’ai eu envie d’être utile et de monter un projet qui réfléchisse à l’intégration des personnes victimes de persécution, des réfugiés. L’idée était de trouver comment je pouvais utiliser mon expérience pour être utile ici, à mon échelle. J’ai d’abord réfléchi à un projet sur Angers lié à la culture. Puis j’ai rencontré l’association nationale Singa et je me suis retrouvée dans le positionnement et les valeurs.

Pénélope

Du partage de mêmes idéaux est né cet atelier documentaire, expérience inédite pour la ville d’Angers et pour ses participants.

Mais ce sont les rencontres avec Omar et Hamad, les deux futurs réalisateurs, qui ont permis la cristallisation du projet. Tous deux ont répondu à l’appel à candidature lancé par l’association en juillet 2017 et après quelques questions concernant leur expérience et leur projet de création, ils ont eu la joie de se voir sélectionner pour cet atelier de réalisation documentaire.

Une équipe de professionnels est présente pour les encadrer et les aider à mener à bien leur projet. Ils ont d’abord pu suivre différentes masterclass afin de se former aux rudiments du cinéma. Ces échanges autour des traditions documentaires françaises et celles de leurs pays d’origine ont été animés par Nicolas Contant, chef opérateur et documentariste, Alejandro Gamero, professeur vénézuélien à l’université spécialisé dans la production et Benoit Parraud, ingénieur du son. Ces « opérateurs encadrants » suivront par la suite les trois réfugiés tout au long de leurs créations, accompagnés de Chloé Netter, violoniste et compositrice qui participera à l’élaboration des bandes-son, et de Benoît Maximos, monteur.

Les masterclass ont ensuite laissé place à plusieurs ateliers destinés à l’écriture de synopsis et de scénarios. Les réalisateurs ont ensuite pu effectuer les repérages de leurs lieux de tournages, qui seront pour la plupart localisés dans le quartier angevin de Belle-Beille. Le tournage et le montage des documentaires s’effectuera en décembre, et les réalisations seront diffusées durant la 30ème édition du festival Premiers Plans d’Angers, le 13 janvier 2018, dans le cadre du dispositif « Passeurs d’images ». Cette diffusion marquera l’aboutissement final de ces six mois de travail.

Si l’idée d’une écriture « à la première personne », d’un récit autobiographique, structure tous les projets, tous diffèrent en de nombreux points. Hamad, professeur universitaire au Soudan, cherche à englober un thème général : l’intégration des migrants dans la société française, l’interculturalité, et l’échange entre les migrants et la communauté d’accueil. Par le biais de 3 scènes principales, tournées dans une boulangerie et des classes à l’université, Hamad souhaite confier une part de son expérience personnelle. Il incarnera par ailleurs la voix-off de son documentaire.

© Singa France
© Singa France

Omar, journaliste franco-syrien, tournera lui un documentaire centré sur les crimes de guerre en Syrie, en lien avec ce qu’il a vécu là-bas. Il va pour cela utiliser des images qu’il a lui-même capturées lorsqu’il vivait sur ce territoire. Son projet, plus politique, a pour but de « dévoiler les actes commis par le régime en place ». Dénoncer ces massacres est l’objectif d’une vie pour Omar. Il envisage même de poursuivre ses études en science politique afin de revenir en Syrie et d’y défendre ses valeurs démocratiques et humanitaires. La réalisation de son documentaire est donc un moyen efficace de faire avancer son projet : c’est à travers un court-métrage de 10 minutes qu’Omar va mêler son parcours et la dénonciation des crimes de guerre syriens, à la manière d’un témoignage.

Les premières étapes de cet atelier ont montré la richesse et la diversité du projet mené. Il a déjà permis aux équipes encadrantes d’identifier des besoins non-pourvus chez les réfugiés en restituant une parole non censurée. Si les résultats sont appréciés, nul ne doute que l’atelier sera reconduit en 2018 avec de nouveaux cinéastes. Ce projet a déjà su conquérir le cœur de nombreuses institutions et entreprises comme la DRAC, la Direction de la culture et des initiatives de l’Université d’Angers, ou encore la société Angevine Production.

image de couverture : © Blom UK via Getty Images