Il résonne comme un air de victoire au 10 rue Mathurin Régnier, salle spécialement louée pour fêter la victoire du candidat Wauquiez. Il est 20h, les résultats ne sont pas encore tombés que la salle s’anime déjà avec du Johnny Hallyday. Nadine Morano lui rend hommage et danse, tandis que les militants arborent un large sourire. Sommes-nous les seuls à ne pas connaître les résultats ?

Très vite, rue Vaugirard, Anne Levade, présidente de la Haute autorité de la droite et du centre s’avance à son pupitre et nous assistons aux résultats retransmis sur BFMTV dans la salle. Laurent Wauquiez est élu président des Républicains avec 74,63% des voix, loin devant Florence Portelli, 16,11% et le juppéiste Maël de Calan, 9,25%.

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Bernard Accoyer – © Bash pour L’Alter Ego/APJ

Une victoire en demi-teinte : une participation moyenne et une droite pseudo-rassemblée

Les militants hurlent de joie, puis très vite huent la présentatrice de BFM qui souligne une faible participation. Un propos pourtant juste, l’élection ayant mobilisé 99 597 personnes, soit 42,46% des votants, un chiffre bien inférieur à la participation enregistrée il y a trois ans pour l’élection de Nicolas Sarkozy qui avait mobilisé 155 851 électeurs.

Pourtant Laurent Wauquiez l’affirme :  

C’est un message sans ambiguïté : ce soir nous pouvons dire que la droite est de retour !

Laurent wauquiez, président du parti, les républicains

Puis, prônant une nouvelle droite « Nous allons tout reconstruire, nous allons tout renouveler avec des nouveaux visages. Et surtout nous allons tirer les leçons de nos échecs. C’est une droite renouvelée qui se lève aujourd’hui. »

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Laurent Wauquiez – © David reviriego pour L’Alter Ego/APJ

Très vite, l’appel au rassemblement émerge dans son discours. Après les traditionnelles félicitations à ses concurrents, il lance un appel à Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, vent debout contre le leader de cette « droite renouvelée » :

Je veux dire aux personnalités qui ne se sont pas engagées dans cette campagne que je respecte leur choix. Je crois au rassemblement, ce qui se joue maintenant dépasse nos destins personnels. Ils ont du talent, et aujourd’hui quand on a du talent, il faut le mettre au service de notre famille. Et personne ne peut plus rester spectateur.

laurent wauquiez, président du parti, les républicains

« La droite est de retour ! » s’enthousiasme Antonin Ferreira, responsable des Républicains Science Po qui n’a pas peur de dire que « rétablir la sécurité est une des priorités que tous nos responsables politiques devraient assumer ». Quant au rassemblement, il ne se fait pas de soucis. « Je le vois ce soir, il y a des juppéistes et des callanistes qui sont là, c’est déjà positif. ». Même son de cloche chez deux autres jeunes militants de la première heure, qui prédisent « un travail de reconstruction qui va prendre plusieurs années ».

Les priorités Wauquiez : le combat contre l’islamisme et le laxisme

Laurent Wauquiez, à peine élu, est déjà sur tous les fronts. Il veut « tout ré-inventer, faire renaître un espoir à droite, écrire une renaissance », et cela passe par la défense de ces valeurs qu’il estime tant : « le travail, la liberté, la transmission, le respect, l’autorité et l’amour de la France ».

Vient le moment de décliner ses priorités «  refuser de ponctionner avec la CSG les familles et les retraités » rétablir l’autorité « face à un président passif sur les questions de délinquance, complaisant sur le communautarisme, manquant de fermeté face à l’intégrisme islamiste ». La foule applaudit et scande « Wauquiez président ». Si ces thèmes abordés tout le long de la campagne les ont ravis, ils n’ont pas manqué de déplaire aux juppéistes et militants centre-droit.

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Nadine morano – © Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ

Après avoir poussé pour être sur la photo de la victoire, les réactions de ces soutiens ne se font pas attendre :

C’est une victoire éclatante et sans appel. La ligne de Laurent Wauquiez est une ligne ultra majoritaire dans le parti mais aussi dans notre pays 

Nadine morano

Interrogée sur les futures échéances, elle se montre sereine, tout en n’oubliant pas de tacler leur ex-candidat vaincu aux présidentielles : « bien sur que la droite va se reconstruire. D’ailleurs, on aurait jamais du perdre. On a perdu à cause des Fillon et de ses idées ».

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Laurent Wauquiez – © Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ

Des juppéistes et modérés déçus, dont l’avenir au sein des Républicains est incertain

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Virginie calmels – © Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ

Virginie Calmels, seule juppéiste ravie du résultat déclare au sujet des probables divisions qui surviendraient au sein du parti : « Laurent Wauquiez a voulu depuis longtemps le rassemblement, il avait déjà au sein de son équipe de campagne des juppéistes ». En lui demandant quelle sera la réaction d’Alain Juppé suite à cette victoire de la droite de la droite, cette dernière s’agace « Je ne parle pas à sa place. Et, à mon avis la reconstruction de la droite va passer par le rassemblement. Laurent Wauquiez n’a pas cessé de tendre la main à tout les membres de notre famille politique. »

Maël de Calan déçu, déclare sobrement depuis la rue Vaugirard : « Le résultat très net de ce soir illustre le décalage entre la ligne de notre parti et les aspirations des électeurs de la droite et du centre. Les Républicains doivent redire que leurs alliés sont au centre. Quand un parti rentre dans l’opposition, il a le choix de s’ouvrir ou de se refermer. Je veux redire ma conviction que c’est en s’ouvrant que Les Républicains pourront demain être utiles à la France. Ils doivent refuser tout rapprochement politique et idéologique avec l’extrême-droite. »

Alain Juppé a estimé dans deux tweets que c’était « à lui [Laurent Wauquiez] de jouer maintenant, avec sa génération »

Il prend ainsi soin de se distancer de cette victoire. Serait-ce l’annonce prochaine d’un retrait de cette famille politique ? Xavier Bertrand, lui, a sauté le pas hier soir dans le 20h de France 2 . Il expliquait face à Anne-Sophie Lapix quitter définitivement son parti Les Républicains :

La dérive des Républicains ne me plait pas, je n’aime pas cette politique du bouc-émissaire. La droite à laquelle j’ai adhéré, c’est la filiation de De Gaulle, Séguin, Chirac, Juppé, Sarkozy.

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De là à parler d’un début de fracture, il n’y a qu’un pas. Avec Laurent Wauquiez à sa tête, le parti de droite, il est sûr, va se réinventer. Pour le meilleur ou pour le pire.

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© Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ

image de couverture : © Ulysse Guttmann pour L’Alter Ego/APJ