Les 18 et 19 novembre s’est tenue la dernière session des Semaines Sociales de France, au Paris Event Center. 1 500 personnes se sont ainsi réunies autour d’une question centrale : quelle Europe voulons-nous ? L’Alter Ego a assisté aux débats et a pu voir émerger propositions et conclusions.

« Viser le bien commun »

Les Semaines Sociales de France ne bénéficiant pas d’un impact médiatique           important, il semble judicieux de dresser un portrait rapide de l’association. Il s’agit d’un observatoire centenaire de la vie sociale, organisant réflexions et débats sur la société. Les Semaines Soicales se revendiquent comme forum de discussion et d’expression de la pensée sociale chrétienne. Ils se veulent universaux et solidaires, s’inspirant de la morale biblique afin de promouvoir le bien commun dans la société. Leurs propositions ont ainsi influencé le débat public et sont à l’initiative de certaines mesures économiques et sociales phares du XXème siècle. Comme Martine Aubry le saluait à la session de 2004 dont elle fut l’invitée d’honneur, on doit aux Semaines Sociales l’assurance-chômage, les allocations familiales ou encore les HLM. Forts de leurs analyses, les responsables de l’association ont mesuré l’importance de la question européenne pour notre société face aux grands enjeux mondiaux. C’est donc en toute logique que cette 92ème session s’y intéresse particulièrement.

« Changer de logiciel européen »

Pendant deux jours se sont enchaînés débats et interventions de personnalités et            d’acteurs européens. Sont notamment apparus Enrico Letta, ancien Premier ministre italien et président de l’Institut Jacques Delors, Michel Barnier le chef des négociations de la Commission avec le Royaume-Uni dans le cadre du Brexit, Nathalie Loiseau, ministre des Affaires Européennes, Claude Rolin, eurodéputé et syndicaliste belge, Loïc Armand, président de la commission Europe du MEDEF ou encore Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique. Si les discours ont pu être différents en fonction des thèmes et des orateurs, une idée centrale s’est dégagée : il faut davantage de solidarité au sein de l’Union. L’idée européenne ne peut séduire qu’au prix d’une démocratisation de ses institutions et un effort d’unité entre les différents États membres. Enrico Letta a reconnu la nécessité de s’adresser désormais à toutes les populations et non plus seulement qu’à “ceux qui parlent trois langues et voyagent”. Claude Rolin a littéralement appelé à “changer de logiciel européen”, à replacer le social au centre de la construction européenne et à sortir de la spirale libérale de sur-compétition interne. Véronique Fayet a renchéri en montrant que l’humanisme européen s’est délité et qu’il doit redevenir une valeur centrale de l’UE. Michel Barnier, dernier invité de la session, a résumé la philosophie de celle-ci en citant Jacques Delors :

La compétition qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit.

Michel Barnier citant jacques delors

Peut-on y voir une certaine amertume quant aux décisions et initiatives des commissions Junker et Barroso ? Les deux derniers Présidents de la Commission européenne ont en effet mis en place des politiques néo-libérales, favorisant la dérégulation financière et le dumping entre les Etats-membres, entamant l’idéal originel de “l’Europe qui protège”.

« Propositions »

Les Semaines Sociales de France ont ainsi respecté leur dénomination en s’intéressant            particulièrement au social, un thème qui s’inscrit dans l’actualité puisque les leaders            européens se réunissaient le 17 novembre dernier à Göteborg en Suède. Si beaucoup se sont prononcent en faveur d’une harmonisation sociale et fiscale de l’Europe, d’autres suggestions sociales aideraient à créer une culture européenne : le développement du système Erasmus à l’ensemble des jeunes européens, la constitution de listes transnationales pour les élections européennes, l’instauration d’un jour férié européen… Car la culture a bien un rôle central pour l’Europe, à en croire Enrico Letta : « S’engager pour l’Europe, c’est s’engager dans une bataille avant tout culturelle ». Les Semaines Sociales de France comptent faire entendre leurs propositions lors des prochaines conventions démocratiques européennes, promises par le Président Macron.

image de couverture : capture d’écran ssf-lasession.org – Semaines sociales de france