Alors que l’échiquier politique français a été profondément recomposé lors des dernières élections présidentielles et législatives, le parti Les Républicains cherche un nouveau souffle et donc un nouveau président.  Laurent Wauquiez se présente grand favori pour l’élection. Si celui-ci proclame une volonté de rassemblement, certains dénoncent sa proximité idéologique avec l’extrême-droite.

FRANCE - MARCH 03: Weekly Ministers Council at the Elysee Palace in Paris, France on March 03rd, 2010 - Laurent Wauquiez, State Secretary in charge of Employment. (Photo by Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images)
Laurent Wauquiez – ©Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images

« Trump français »

        Lors de L’Émission Politique de France 2 diffusée le mercredi 18 octobre, Laurent Wauquiez a refusé d’être l’interlocuteur adverse de Marine Le Pen. Les critiques à l’encontre du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes se sont ainsi exacerbées : on lui reproche de vouloir cacher sa trop grande proximité avec les idées défendues par le Front national.

Depuis qu’il est entré en campagne pour la présidence des Républicains, Laurent Wauquiez défend une droite dure, sans compromis, pour former une réelle opposition à la majorité La République En Marche. A l’instar de Nicolas Sarkozy en 2007, il pense que le rassemblement s’effectue en s’adressant en priorité aux électeurs les plus à droite. Laurent Wauquiez développe ainsi un discours de plus en plus identitaire, plaçant les racines et les valeurs conservatrices au cœur de sa ligne politique. Récemment, il a martelé durant un de ses discours « qu’un clandestin ça ne reste pas  ». Pendant ses meetings, retentissent alors des slogans jusqu’alors réservés au FN : « La France aux Français  ». Dans la forme, l’émission Quotidien s’est amusée à repérer les inspirations verbales et gestuelles de l’ancien député : on peut y voir une certaine similitude avec la communication de Donald Trump, lors de la campagne présidentielle américaine de 2016. Laurent Wauquiez emprunte ainsi un ton populiste, tentant d’arracher à Marine Le Pen la fonction tribunicienne qu’elle revendique. Il se voit comme le défenseur des Français des classes moyennes et des campagnes face aux « élites ultra-mondialisées, qui n’ont plus de racines et qui prétendent dicter leur loi aux pays ». Laurent Wauquiez clame sa résistance à  la « bien-pensée automatique et politiquement correcte » qui sévit au sein des Républicains, selon lui. Ces choix de discours suffisent à certains pour le considérer comme le « Trump français ». Au micro d’Europe 1, le 2 mars 2016, l’ancien député a d’ailleurs reconnu trouver une source d’inspiration en la personne du Président américain.

« Convergences »

        Aussi, le favori pour la présidence de LR souhaite une renégociation des accords européens de Schengen, pour retrouver une maîtrise nationale des frontières. L’Union européenne doit rester une alliance économique, se structurant autour de six pays seulement afin de promouvoir un protectionnisme à l’échelle européenne. Comme les électeurs ont pu le constater, Marine Le Pen a modulé son programme européen au second tour de l’élection présidentielle française, ne souhaitant plus une sortie catégorique de l’Union ; depuis le départ de l’europhobe Florian Philippot, il semblerait que ce soit cette conception qui l’emporte à la tête du FN. Convergences avec Laurent Wauquiez ?

C’est sur les questions sociétales que la porosité idéologique entre Wauquiez et Le Pen est pointée du doigt. Connu pour avoir été une des figures de l’opposition au Mariage pour Tous, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est souvent associé à Sens commun, un mouvement politique très conservateur issu de la Manif pour Tous. Dénoncé par Alain Juppé lorsque François Fillon s’appuyait sur le mouvement dans ses campagnes, Sens commun a récemment tendu la main à Marion Maréchal Le Pen, très vindicative également sur les questions sociales. Sous la pression de certains membres de son parti comme Christian Estrosi, Laurent Wauquiez met en garde le mouvement et proscrit toute alliance avec le FN.

« Rassemblement »

        Les soutiens de Wauquiez tiennent à distinguer leur candidat de la mouvance d’extrême-droite. Ils ne veulent pas être caricaturés en conservateurs, « idiots utiles du FN ». Pour eux, il ne s’agit pas de s’approprier les idées frontistes mais tenter d’attirer un électorat berné, qu’il faut arracher à un parti manipulateur. Pour François, étudiant en histoire et sympathisant LR, Laurent Wauquiez est dans un objectif de rassemblement. « Il y a cet électorat qui s’est radicalisé face à l’effet Macron ». Il poursuit la ligne défendue par François Fillon lors de la dernière campagne LR.

D’une certaine manière, il compte sur un fort électorat conservateur, en plus d’aller chercher les voix égarées du FN.

François, étudiant en histoire et SYMPATHISANT LR

Cependant, les ralliements de Edouard Philippe, Bruno Le Maire et de Gérald Darmanin – entre autres – à Emmanuel Macron, et les déclarations de Thierry Solère, député des Constructifs, la partie centre-droit de LR à l’Assemblée, montrent les fractures au sein de la grande famille politique de la droite française. Les Constructifs trouvent en effet des points de convergence avec les réformes du gouvernement, prenant à revers les Républicains qui se revendiquent comme une force d’opposition. « Il fallait à mon sens exclure les Constructifs pour gagner en crédibilité », poursuit François. L’exclusion de ces derniers, actée le 31 octobre dernier, traduit la réorientation radicale du parti depuis la défaite de François Fillon.  D’ailleurs, pour les sympathisants, la campagne de Laurent Wauquiez ressemble davantage à une campagne présidentielle qu’à une campagne au sein d’un parti ; ses meetings montrent un homme se présentant comme un rempart à Emmanuel Macron mais également à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

« Ligne rouge »

Fondateur du parti UMP, ancêtre des Républicains, Alain Juppé aime rappeler les valeurs et principes fondateurs de la droite. Il s’inquiète sur les limites politiques du parti : « La ligne rouge d’un conservatisme idéologique rétrograde qu’incarnent des groupes qui ont une influence croissante dans la gouvernance du mouvement » lui semble particulièrement dangereuse. Idéologiquement proche du centre-droit, l’ancien Premier ministre assiste impuissant à la scission de la droite française. Le groupe de l’Assemblée Les Constructifs semble être l’émanation de cette fracture entre la droite modérée et la droite dure.

Au-delà de l’unité de la droite, c’est le nouveau schéma politique français qui peut inquiéter. Le politologue Maurice Duverger donnait à la scène politique des années 1970 la forme d’un « quadrille bipolaire  », avec quatre partis aux forces équivalentes : le PCF et le PS à gauche et l’UDF et le RPR à droite. Aujourd’hui, Benoît Hamon ne parvient pas – encore ? – à se composer un espace politique suffisant et Les Constructifs n’affichent pas de différenciation majeure avec La République en marche. Dans cette optique, certains observateurs parlent d’une « tripolarisation politique  » : la gauche radicale, la majorité présidentielle et la droite radicale, associée malgré elle à l’extrême-droite. L’importance des logiques de « vote utile  » dans le système français donne à LREM le potentiel de perdurer au pouvoir. Dans l’absolu, l’existence d’un unique parti de gouvernement n’est pas de bon augure pour le débat démocratique.

image de couverture : ©ulysse guttmann pour l’alter ego/apj