Comme nous avons été déçus ! Objectifs comme nous sommes, à L’Alter Ego, on espérait des histoires merveilleuses à vous raconter sur le voyage de notre président américain préféré en Asie. Et oui, pour ses vacances diplomatiques, le monsieur est allé rendre visite à nos amis sud-coréens, chinois, japonais notamment. De par son passé brillant en négociations internationales, l’on s’attendait à des petites bourdes – du genre nucléaire. On aurait alors pu faire preuve d’humour, d’ironie, voire peut-être de cynisme. Que nenni ! Accueilli comme un monarque de droit divin par les différents gouvernements, il a ébloui de sa superbe tout le continent asiatique, tel un rayon de soleil au pays du petit matin calme. Impressionnant, bluffant… bouleversant ?

BEIJING, CHINA - NOVEMBER 9, 2017: China's President Xi Jinping (L) and US President Donald Trump during a meeting outside the Great Hall of the People in Beijing. Artyom Ivanov/TASS (Photo by Artyom IvanovTASS via Getty Images)
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Episode 1 : « Diplomatie du golf »

Historiquement, le Japon a toujours été le grand ami de nos partenaires américains. Mais le 4 novembre, ils ont démontré leur faculté à recevoir les personnalités importantes. Tapis rouge, protocole officiel, tout y était pour que les deux grands alliés s’y retrouvent. Juste après avoir fêté les morts de Pearl Harbor, D. Trump a fêté les vivants japonais. Mais avant de telles célébrations, il fallait saluer les expatriés légaux d’Asie. 4 novembre, première étape : la base militaire américaine de Yokata à l’Ouest de Tokyo. On a eu droit à une mise en scène exceptionnelle. Troquant son costume de président pour une veste d’aviateur, il a canardé la Corée du Nord à chacune de ses interventions. Vous le constaterez, cette idée sera présente dans tous les pays asiatiques visités. Cela ressemble à une belle campagne de publicité contre son vieil ennemi de la cour de récré internationale.

L’épisode de rencontre entre militaires américains et Président n’a pas été la seule étape de son voyage. La seconde a été la rencontre avec le Premier ministre japonais, Shinzo Abe. “Diplomatie du golf” titrent les journaux internationaux. Effectivement, quand on part en vacances en Asie, et spécifiquement au Japon, on y va pour faire joujou avec un club. Ce qui a permis d’afficher une complicité et une volonté de lien fort entre les deux futurs meilleurs amis du monde. Le tout symbolisé par une casquette où l’on pouvait lire “Donald et Shinzo rendront l’alliance encore plus forte”. J’aimerais tellement être aussi proche de mes copains, c’est beau, la diplomatie.

Autre leitmotiv des péripéties de sa majesté D. Trump, les épisodes des réseaux sociaux. Ben ouais, Twitter, c’est chouette comme outil de journalisme. On y a trouvé quelques petits extraits illustrant nos propos, comme dans les images dans les livres pour enfants.

Episode 2 : Tension au pays du Gangnam

Plus ou bien accueilli l’avion présidentiel s’est posé le 7 à Séoul, notre compère poursuit sa tournée en Asie avec une halte de deux jours en Corée du Sud. Objectif du séjour : “régler tout ça” comme l’indique son indispensable compte Twitter. “Tout ça”, ce n’est rien d’autre que la menace nucléaire que représente Kim Jong-Un, le “little Rocketman”. Pas si simple donc. Surtout quand on sait qu’en septembre, D.Trump avait vexé son homologue sud-coréen, le président Moon, en désignant sa politique d’apaisement et de dialogue avec la Corée du Nord comme “vouée à l’échec”. D.Trump aurait sans doute préféré avoir affaire à la précédente présidente, Park Geun-Hye, qui menait une politique beaucoup plus dure que son successeur. Alors que Moon est spécialiste des droits de l’Homme, pauvre Donald.

Alors que la péninsule coréenne se rapproche de plus en plus de l’implosion au fil des essais nucléaires des nordistes, convaincre le président américain de ne pas agir et d’arrêter les échanges puérils avec son meilleur ennemi Kim semble être la priorité. Séoul a donc profité de ces deux jours pour se conforter dans l’idée qu’à l’inverse, M.Trump est leur meilleur pote, le mec qui reste là quand on est “dans le besoin”.

Des aspirations assez contradictoires qui risquent de ne pas faire beaucoup avancer la question du nucléaire. Alors que l’hôte prend sur lui et accueille Trump en bonne et due forme en espérant consolider les accords bilatéraux qui les unissent, ce dernier n’a qu’un objectif, le même qu’il aura pendant tout son voyage, monter Séoul contre son voisin d’au-dessus.C’est toujours pénible les voisins d’au-dessus, surtout quand ses soldats martèlent le sol.

Pour compliquer le dialogue, la population sud coréenne est venue mettre son grain de sel dans le banquet présidentiel. Au son de Gangnam Style donc, des manifestations autant pour que contre la politique défendue par Trump se sont succédées dans la capitale. Suivies de près par les réactions de la presse, ou plutôt du journal nord coréen insultant Trump de “vieil homme fou de la Maison Blanche » depuis l’autre côté de la Zone démilitarisée. La vie de l’américain en Corée semble un peu plus compliquée qu’une partie de golf.

Mais ne vous inquiétez pas, Melania, de son côté n’a pas manqué de montrer à la twittosphère qu’elle avait quand même passé du très bon temps.

Episode 3 : Miracle en Chine communiste

8 Novembre, troisième étape : Welcome to China. Ici aussi, tant de formes, tant de manières, l’armée sur un tapis rouge a fait une véritable démonstration de politesse devant notre Donald adoré. De vrais modèles ces asiatiques.

Bon, on en a pas encore suffisamment parlé, alors vraiment, il faut que vous sachiez : ils ont abordé la Corée du Nord. Aussi petit soit le poids et l’importance du sujet, il a occupé la majeure partie des discussions. Le but est, nous citons, “d’étrangler” commercialement et économiquement le pays qui fait des essais nucléaires. L’O.N.U. a voté des sanctions : il faut les appliquer strictement. Voilà quel était le message. À force de prosélytisme anti-nord-coréen, on espère sincèrement que M. Trump obtiendra gain de cause. Cela serait quand même plus sympa pour la planète qu’on ne se réveille pas avec la gueule de bois atomique un de ces quatres. Maintenant, il se pourrait que cette cause dépasse le simple intérêt du Président américain. Remarquez que nous sommes de mauvaise foi : sa majesté présidentielle est enfin porte-parole de la paix. Du coup, en conférence de presse, il se positionne en faveur du port d’arme pour compenser.

L’autre point de discussion – parce qu’il y en avait un autre – était les accords commerciaux entre Pékin et Washington. L’idée est, là aussi, de renforcer liens américains et asiatiques, voire les privilégier. Ces accords passeraient par des liens avec la Russie de Vladimir Poutine, soit une coopération. Ils s’appuieraient également sur l’exécution les mesures relative à la Corée du Nord évoquées auparavant. S’il faut retenir un exemple de la réussite de la tournée du président américain, c’est celui de la Chine. Il y avait tout pour provoquer un drame diplomatique : la situation géographique, la situation politique (respect particulier de certains critères démocratiques, parti unique communiste) et on en passe. Et là, magie, miracle, progrès ou changement de personne, aucun impair n’a été commis. Félicitations à son homologue pour sa réélection au sein du parti unique, aucune critique quelconque sur le régime communiste ou le respect des libertés fondamentales en Chine… En somme, une forme de respect diplomatique. Si certaines erreurs ont pu être commises par le passé en relations internationales, cela semble fini !

On ne résiste tout de même pas à vous évoquer, comme pour les autres épisodes, les vacances de Melania. Vous croyez qu’avec un salaire de journaliste on peut visiter la Chine dans les suites présidentielles ?

Épisode 4 : Bataille navale et hymne a l’amour

Dernières étapes du séjour, et pas des moindres, le Air Force One a atterri, le 10 novembre, au Vietnam avant de quitter l’Asie le 14 en décollant des Philippines. Arrivé à Danang le jour  du sommet de l’APEC, l’Organisation de Coopération Économique Asie-Pacifique, cette halte aurait dû permettre à Donald de profiter d’un autre de ses grands amis : Vladimir Poutine ! Mais malheureusement, malgré ce qu’avaient annoncé le Kremlin et la Maison blanche, leur rencontre ne s’est résumée qu’à une poignée de main et quelques mots glissés dans le vent. Pas de quoi résoudre le problème Kim en somme.

Pendant ces derniers jours, c’est une autre question qui brûlait les lèvres. En effet, les Etats-Unis se sont retirés du TPP, le traité transpacifique visant à contourner la Chine en mer méridionale pour le commerce transcontinental. Les échanges avec les Américains vont donc se complexifier et le Vietnam est donc plus qu’inquiet à l’idée de perdre son premier client à l’export. Il est décidé à tout faire pour s’assurer qu’un accord bilatéral, péché mignon de D.Trump, vienne combler ce manque. Or, les États-Unis se retrouvent, excusez l’expression, le cul entre deux chaises, puisqu’ils mènent également une politique de rapprochement avec la Chine au sujet de la menace nucléaire. Ainsi le président américain, en plus de mettre en danger la pérennité de l’APEC, n’est pas vraiment venu en aide au président vietnamien dans ses tentatives de convaincre ses voisins d’être plus durs envers la Chine. Mais ne vous inquiétez pas trop pour l’APEC, après quelques jours supplémentaires de négociations, le beau Justin Trudeau a annoncé le 18 que le traité était en progrès et avait “trouvé un cadre nouveau”.

Mais revenons en à M.Trump. Après cette belle démonstration de “America First”, direction les Philippines pour le sommet de l’ASEAN, l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est. Lui et son homologue Rodrigo Duterte, habituellement grands hommes de scène et spécialistes des polémiques se sont montrés étonnamment sages. Les sujets sensibles, tels que les droits de l’Homme ou la guerre contre le narcotrafic ont cependant été soigneusement évités. Leur ont été préféré des dialogues de bien plus grande importance, en l’occurrence de magnifiques déclarations d’amour. Le président philippin aurait excellemment présidé le sommet international et les deux chefs d’Etat partagent des relations “prometteuses” et “formidables”.

Et oui, il en a des copains en Asie le Donald ! Ce sont ces amitiés qui nous offrent la perle de ce séjour, trouvée sur les réseaux sociaux : une chanson interprétée par Duterte lors d’un gala pour rappeler à Trump qu’il est “la lumière de [son] monde”. C’est beau.

Alors il faut le reconnaître, il a été bon. Pas un mot de travers, le costume parfaitement ajusté, dans son personnage, fidèle à ses convictions… presque comme un président français. Ce que l’on apprécie tout particulièrement, c’est sa facilité à faire oublier les déclarations de guerre à peine masquées à nos amis nord-coréens et sa capacité à slalomer entre les sujets sensibles. Mais nous sommes sûrement pessimistes, il a été encensé une fois, il sera encensé à chaque fois. D’autant que cette réussite internationale est toujours accompagnée de récits, petites histoires qui nous démontrent vraiment qu’on est dans du sérieux, du concret. Rien ne serait plus déplacé que de présenter de tels évènements comme des vacances impliquant quelques beaux discours. L’avenir ne se résume pas à des vidéos et des photos de rencontres et de paysages ! Quoique…

image de couverture : © Stan Grossfeld/The Boston Globe via Getty Images