Le jeudi 12 octobre, le Fatah et le Hamas ont signé un accord au Caire, mais les avis divergent énormément concernant ce rapprochement, selon qu’il soit présenté par un pro-Palestine ou un pro-Israël.

Le responsable du Fatah (G) Azzam Al-Ahmed & , Ismail Haniyeh responsable palestinien (D) © Majdi Fathi/NurPhoto/Corbis via Getty Images)
Le responsable du Fatah (G) Azzam Al-Ahmed &  Ismail Haniyeh responsable palestinien (D) © Majdi Fathi/NurPhoto/Corbis/Getty Images

Que sont le Hamas et le Fatah ?

Le Hamas et le Fatah sont les deux grands mouvements représentant la Palestine. Le Fatah est le « mouvement de la libération de la Palestine », il a été créé en 1959 par Yasser Arafat. Il se veut être une organisation nationaliste et laïque quand le Hamas met en avant son obédience islamique dans ses revendications nationalistes. En effet le Hamas est le « mouvement de résistance islamique », il a été créé en 1987. Si le Fatah est l’interlocuteur officiel d’Israël, des Etats-Unis et de l’Union Européenne, le Hamas est lui encore considéré par ces derniers comme une organisation terroriste. Le Fatah étant majoritaire au sein du gouvernement de l’Autorité Palestinienne, c’est à lui que revient la gestion de tous les territoires palestiniens. Cependant, fort de sa victoire électorale de 2007 dans la bande de Gaza, le Hamas s’est imposé dans la région qu’il administre désormais. Depuis cet épisode les deux factions avaient rompu tous liens.

Yasser Arafat © Pierre PERRIN/Gamma-Rapho/Getty Images
Yasser Arafat © Pierre PERRIN/Gamma-Rapho/Getty Images

Actuellement le secrétaire général du Fatah est Mahmoud Abbas, occupe aussi le rôle de président de l’Organisation de la libération de la Palestine et président de l’Autorité Palestinienne. Ismaël Haniyeh est le chef du bureau politique du Hamas.

En quoi consiste ce rapprochement ?

L’accord signé jeudi 12 octobre au Caire par le Fatah et le Hamas est une avancée vers une réconciliation entre les deux mouvements. Le Hamas a fait des concessions. En effet il s’est engagé à dissoudre son comité administratif et laisse l’Autorité palestinienne être en charge de tous les ministères de Gaza incluant donc le contrôle des points de passages de Gaza vers Israël ou l’Egypte dans les prochaines semaines. Cette prise de contrôle par l’Autorité Palestinienne pourrait permettre de lever le blocus mis en place les pays frontaliers. Le Hamas est prêt à faire des sacrifices pour réintégrer les institutions palestiniennes (l’Autorité palestinienne et l’Organisation de libération de la Palestine), Ismaël Haniyeh dit même souhaiter la réconciliation « à tout prix ».

Ismail Haniyeh © Nidal Alwaheidi/Pacific Press/LightRocket/Getty Images
Ismail Haniyeh © Nidal Alwaheidi/Pacific Press/LightRocket/Getty Images

Cependant les sujets sensibles n’ont pas encore été abordés tel que le démantèlement de la branche armée du Hamas. Cette branche armée fera l’objet de prochaines négociations, l’Autorité palestinienne refusant toute autre force armée que celle des institutions palestiniennes, il semble indispensable que le Hamas accepte sa démilitarisation pour aboutir à une véritable réconciliation avec le Fatah.

Néanmoins, cet accord a des chances de trouver une issue favorable étant donné la forte détermination du Hamas pour aboutir à une entente, l’implication de la communauté internationale se traduisant notamment par l’absence de désapprobation des États-Unis et enfin le rôle important joué par l’Egypte qui supervise les négociations. En effet, l’Egypte veut voir cet accord réussir pour se placer comme un médiateur incontournable dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Ainsi le Président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi voit dans ces négociations l’opportunité d’augmenter l’influence diplomatique de son pays dans la région, si celles-ci aboutissent.

La réaction d’Israël

Par le biais d’un communiqué, Israël a fait part de ses nombreuses exigences envers le Hamas : la reconnaissance de l’État d’Israël, le démantèlement de sa branche armée, la rupture de ses liens avec l’Iran (qui appelle à la destruction d’Israël). Le Hamas détient encore deux civils détenus à Gaza et n’a pas restitué les corps de deux soldats tués lors de l’opération « Bordure protectrice » à l’été 2014 ; tant que ces derniers seront en leur possession le dialogue avec Israël ne sera pas envisageable. Benyamin Netanyahou a aussi réagi sur Facebook en écrivant que

la réconciliation entre le Fatah et le Hamas ne faisait que compliquer encore bien plus la recherche de la paix

Benyamin Netanyahou

Benjamin Netanyahu © Tom Williams/CQ Roll Call
Benjamin Netanyahu © Tom Williams/CQ Roll Call

Ainsi le rapprochement entre le Fatah et le Hamas s’est concrétisé par l’accord signé le 12 octobre, cependant les sujets sensibles doivent encore être abordés au cours des prochaines négociations. Toutefois il semblerait qu’une véritable réconciliation puisse aboutir étant donné les efforts consentis par les deux factions qui ont toutes deux intérêt à trouver un consensus : le Fatah pour réaffirmer sa légitimité au sein de la population et le Hamas pour sortir Gaza de la crise humanitaire. Reste à voir comment vont se dérouler les futures tractations.

image de couverture : © Pacific Press/Getty Image