Bruxelles et Donald Tusk, le Président du Conseil européen, ont accueilli en fin de semaine dernière les responsables politiques des États membres de l’Union européenne. De nombreux sujets ont été abordés, parmi lesquels figurent les négociations du Brexit, les enjeux migratoires et numériques et les relations diplomatiques avec certains pays.

Donald Tusk, Président du Conseil européen © Simona Granati/Corbis/Getty Images
Donald Tusk, Président du Conseil européen – © Simona Granati/Corbis/Getty Images

Unité et solidarité face au Brexit et aux velléités d’indépendance catalane

Toujours membre de l’Union européenne malgré le début des négociations pour en sortir, le Royaume-Uni maintient une position très conciliatrice au sommet européen. La Première ministre britannique Theresa May demande à ses homologues européens de lui proposer un accord, afin qu’elle puisse le défendre. Bousculée au sein de son parti et à la tête d’une majorité très instable, elle a tenu un discours particulièrement amical à l’intention des citoyens européens habitant sur le sol britannique pour aider une négociation sereine et la formation d’accords avantageux. Emmanuel Macron – qui a participé à son premier Conseil européen – appelle à l’unité européenne face au Royaume-Uni dans le cadre du Brexit et à la solidarité avec Michel Barnier, en charge de la négociation de l’UE avec le Royaume-Uni.  Toutefois, malgré les efforts britanniques, Donald Tusk donne la priorité aux modalités du divorce avant d’envisager les nouvelles relations commerciales.

Theresa May & Donald Tusk © Wiktor Szymanowicz / Barcroft Media/Getty Images
Theresa May & Donald Tusk – © Wiktor Szymanowicz/Barcroft Media/Getty Images

Par ailleurs, le Président du Conseil européen et les autres dirigeants ont affiché la même attitude d’unité vis-à-vis de la crise catalane. Ils considèrent que le conflit appartient au droit interne espagnol ; une intervention ou une médiation de l’Union européenne n’a donc pas lieu d’être. Le sujet, non-inscrit à l’agenda du sommet, n’a pas été évoqué outre-mesure.

« Dumping fiscal »

Les principaux débats du Conseil européen de la semaine dernière ont porté sur l’immigration et l’attitude européenne face aux géants du numérique. Par rapport aux GAFAM (acronyme des géants du web, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), l’harmonisation des normes fiscales au sein de l’Union européenne fait partie des priorités du Président français Emmanuel Macron ; les dirigeants européens attendent donc avec impatience les propositions de la Commission européenne qui devraient arriver début 2018. Cette ambition s’est cependant heurtée au Premier Ministre irlandais, Leo Varadkar, dont le pays pratique toujours le dumping fiscal pour favoriser l’implantation des grands groupes. Ce dernier exige toutefois que les réformes européennes dans ce domaine s’inscrivent en lien avec les travaux de l’OCDE sur le sujet.

Leo Varadkar © John Rooney/Pacific Press/LightRocket/Getty Images
Leo Varadkar – © John Rooney/Pacific Press/LightRocket/Getty Images

Sur les questions migratoires, Donald Tusk soutient l’Italie notamment, en s’engageant à fournir davantage de moyens pour accueillir les migrants. De même, les efforts italiens en Libye pour endiguer la route migratoire méditerranéenne sont reconnus par les dirigeants européens : on constate une baisse de 25% des arrivées irrégulières en 2017 par rapport à 2016. L’enjeu migratoire a permis de porter la discussion sur la Turquie, lors du dîner de travail du jeudi soir.

Turquie, Iran et Corée du Nord

Angela Merkel soutient une diminution des fonds européens de pré-adhésion de la Turquie (6,7 milliards d’euros depuis 2007). Ce sont des fonds que l’Union européenne rassemble pour aider les pays candidats voulant l’intégrer. Cela doit les aider à obtenir des progrès économiques, sociaux, institutionnels et renforcer la coopération régionale, en vue d’une intégration. Baisser ces fonds est un signal de Merkel, un moyen indirect de signifier que l’intégration de la Turquie n’est pas souhaitable.

Cette initiative concrétise l’amoindrissement des chances turques d’intégrer l’Union. Cependant, à part l’Autriche, aucun membre n’ose afficher une position tranchée à propos de la Turquie et ses dérives autoritaire. Ni son Président Recep Erdogan, ni l’Union européenne ne veulent être celui ou celle qui fermera la porte en premier. Aussi, les Turcs sont trop indispensables pour relever les défis migratoires et terroristes, interdisant de fait toute rupture.

Par ailleurs, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a renouvelé le soutien du bloc à l’accord sur le nucléaire iranien, récemment fragilisé par le Président américain Donald Trump et a évoqué le durcissement des sanctions contre la Corée du Nord – encore ! –  lundi par les Européens.

 Federica Mogherini © Juan Naharro Gimenez/WireImage

Donald Tusk, discret soutien d’Emmanuel Macron 

A été dévoilé un nouvel agenda pour les prochaines réunions du Conseil européen. Son Président Donald Tusk dresse un programme de travail pour les 18 prochains mois. Au moins 13 séances seront consacrées à des questions précises, répondant aux préoccupations et aux projets européens du Président français, exposés lors de son discours à la Sorbonne le 26 septembre dernier. Certains thèmes comme la taxation des géants du numérique ou l’avenir de l’eurozone sont assez polémiques pour certains pays membres et Donald Tusk souhaite inscrire le dynamisme et l’envie française de réformer dans un cadre européen, sous l’égide du Conseil européen notamment. Aussi il conçoit son programme comme « un agenda des leaders » pour permettre à ceux qui le souhaitent de s’intégrer davantage.

Dans une certaine mesure, il donne discrètement raison au Président français et sa conception d’une Europe à plusieurs vitesses face à Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne qui écarte cette idée. Il reste à savoir comment réagira la Commission et les propositions qu’elle fera.

image de couverture : © Arterra/UIG/Getty Images