Kingsman : Services secrets, sorti en janvier 2015, avait fait un carton : réalisation au top, humour so british, technique filmique et casting exceptionnels. Matthew Vaughn, qui n’est pourtant pas adepte des suites de films, s’est alors décidé à donner naissance à un second bébé. On l’a attendu (beaucoup plus que 9 mois !), on s’est posé des questions existentielles en lisant le pitch puis en découvrant la bande-annonce : pourquoi faire intervenir des Américains dans un film si anglais ? Pourquoi faire exploser la base Kingsman ? Mais que diable allait-on faire dans cette galère ? C’est dans ce contexte que Kingsman : Le Cercle d’Or vient enfin de voir le jour, donnant par la même naissance à une nouvelle question : est-ce que Le Cercle d’Or vaut le détour ?

© Joe Maher/FilmMagic
© Joe Maher/FilmMagic

Un défi puissamment relevé

Le film s’ouvre directement in medias res sur Eggsy (Taron Egerton) qui, sortant, de la boutique Kingsman, tombe nez-à-nez avec Charlie (Edward Holcroft), candidat recalé du premier film… Pour être tout à fait exact, c’est plutôt Charlie qui tombe sur Eggsy. S’en suit une scène d’action anthologique qui vous scotche littéralement au fond de votre siège de cinéma, tournée en plein Londres, et qui joue avec les codes du genre : on passe en effet des références nettes aux films à la James Bond (bagarres spectaculaires, voitures aux gadgets perfectionnés…), à des allusions au monde des jeux vidéos (certains plans, notamment ceux filmés à l’intérieur du taxi d’Eggsy peuvent rappeler GTA par exemple) tout aussi omniprésentes que dans le premier opus.

Mais ne nous arrêtons pas à la scène d’exposition et entrons dans le vif du sujet : l’explosion de la base Kingsman qui entraîne (attention spoilers !) la mort d’Arthur (Michael Gambon), Roxy/Lancelot (Sophie Cookson), de JB… Bref, les seuls survivants sont Eggsy et Merlin (Mark Strong) qui se retrouvent rapidement chez les Statesmen, cousins américains éloignés (« jamais trop éloignés » pour reprendre une réplique cultissime de Lord Brett Sinclair, alias Roger Moore, dans la série Amicalement Vôtre à laquelle le film fait également immédiatement penser) : main dans la main (ou pas ?), Kingsmen et Statesmen vont devoir sauver le monde, menacés par Poppy (Julianne Moore), directrice d’un immense cartel de drogue à la chevelure rousse et au look tout droit sorti de « La maison du style » version années 50.

© David M. Benett
© David M. Benett

Un casting toujours aussi irréprochable

Noblesse oblige, commençons par Colin Firth, car, ce n’est un secret pour personne : Harry Hart est bel est bien de retour, véritable Dieu ressuscité d’entre les morts du carnage savamment orchestré par l’inénarrable et zozotant V dans le premier opus. Eggsy et Merlin le retrouve peu après leur arrivée chez les Statesmen qui ont pu le sauver en lui injectant un produit miracle (le plus dingue, c’est qu’on y croit !) qui n’offre que l’inconvénient de l’avoir rendu totalement amnésique, le voilà qui se prend pour un lépidoptériste (je vous laisse le soin d’aller chercher la signification dans le dictionnaire, j’ai dit que j’allais spoiler, mais il ne faut pas abuser des bonnes choses, tout de même !). L’occasion rêvée pour que Colin Firth fasse la démonstration de ses talents d’acteur en incarnant un autre Harry Hart au timbre de voix différent, au caractère différent et à la démarche différente. Même quand son personnage commence à retrouver la mémoire, Colin Firth arrive à nous transmettre parfaitement la difficulté que son personnage éprouve à essayer de rester lucide et à redevenir complètement lui-même.

Et puis le duo Harry/Eggsy (ou Galahad/Galahad, coïncidence ?) crève l’écran ! Car Taron Egerton nous donne à voir un Eggsy plus gentleman que jamais, à faire pâlir de jalousie des générations entières de lords anglais, Brummell en tête ! En effet, son personnage est bien éloigné du cliché de l’agent secret macho et égoïste qui couche avec toutes les femmes qui lui mangent dans la main avant qu’il ne les laisse aussitôt tomber. On constate d’ailleurs qu’Eggsy a beaucoup mûri entre le premier et le second film : il a pris de l’assurance, se montre plus confiant et professionnel.

Taron Egerton ©Vera Anderson/WireImage
Taron Egerton ©Vera Anderson/WireImage

Mark Strong est quant à lui toujours aussi impressionnant en Merlin. Poppy, incarnée par Julianne Moore, est excellente dans le rôle de la psychopathe de service aux jupes fourreaux et talons hauts. Quant à elle, Halle Berry dans le rôle de « Ginger Ale », l’alter ego américain et féminin de Merlin, campe une féministe au pays des machos (on pourrait d’ailleurs faire un parallèle entre son rôle et celui de Melissa McCarthy dans Spy). Enfin, mention spéciale à Sir Elton John, absolument hilarant dans son propre rôle : quel sens de l’auto-dérision, quelle audace ! Mais je n’en dis pas plus… Sauf peut-être que la costumière qui lui a dessiné sa panoplie de Papageno et ses plateform-shoes à paillettes a été bien inspirée et qu’elle mérite au moins un Oscar !

Des références au premier film bien placées

The Golden Circle fait de nombreux clins d’œil au premier film, sans pour autant tomber dans le fan service. Matthew Vaughn s’amuse à nous faire sourire avec des références au premier opus, mais il modifie habilement quelques détails. Par exemple, et je suppose que je n’ai plus à vous prévenir que ce qui va suivre est un nouveau spoiler, on retrouve la scène désormais culte (« Manners Maketh Man », « c’est à ses manières que l’on juge un homme ») lorsque Harry, Eggsy et leurs confrères américains sont abordés dans un bar par un beauf local : quand Harry se lève et s’apprête à lui « donner une leçon », on s’attend bien sûr à le voir massacrer tous les imbéciles venus chercher la bagarre. Cependant, pas encore tout à fait remis de sa perte de mémoire, Harry manque son coup et c’est l’agent « Wiskey » (ah, humour anglais, jusqu’où es-tu capable d’aller te loger !) qui finit le travail à la façon « ‘ricaine » !

Bref : arrêtez tout, séance tenante, et courrez voir Kingsman : Le Cercle d’Or ! C’est une suite réussie d’un premier film à succès, chose assez rare au cinéma pour être mentionnée ! Espérons que Matthew Vaughn songe déjà, comme plus ou moins annoncé (to spoil or not to spoil ?) au petit troisième…

On kiffe :

  • Le jeu irréprochable des acteurs principaux
  • L’ambiance et l’humour toujours aussi British
  • Les scènes d’action tournées en hypercam
  • La musique toujours aussi bonne que le premier
  • Le sourire carnassier un tantinet crispé de l’inénarrable Tonton John

On kiffe pas :

  • Channing Tatum
  • Les disparus qu’on aimait bien… et qu’on aimerait bien, sait-on jamais, retrouver ressuscités dans un troisième…

image de couverture : © JOE MAHER/FILMMAGIC