En marge des récentes manifestations contre « la loi Travail XXL », comme l’appellent ses détracteurs, on entendait souvent le même discours : « Les Français sont contre la loi Travail » (notamment de la part de la CGT). Mais surtout : « Les jeunes sont contre la loi Travail », nous disait l’UNEF, le principal syndicat étudiant.

Manifestation anti loi travail Lille 12 septembre 2017
© Bash pour L’Alter Ego/APJ

Nous avons toussoté, mais patiemment demandé comment ils expliquaient alors que le nombre de jeunes présents à leurs côtés dans la rue soit inférieur à celui prévu et annoncé. Leur réponse fut rapide et plutôt déterminée : « Les jeunes travaillent, il ne peuvent pas s’y rendre, mais d’une certaine manière ils nous soutiennent. »

C’est alors que nous avons décidé de réagir. Agacés qu’une frange minoritaire de jeunes syndiqués se permettent de parler au nom des jeunes et surtout, fatigués qu’ils monopolisent l’opinion publique : nous écrivons aujourd’hui cette tribune pour faire entendre notre voix, qui malheureusement passe trop souvent à la trappe.

Oui nous sommes jeunes, et rassurez-vous, nous sommes loin d’être tous de droite. Certains d’entre nous nous ont bien entendu voté Macron, d’autres Mélenchon, d’autres encore Fillon, peut-être même Hamon. Cependant, malgré nos divergences politiques, nous nous accordons tous pour dire que oui, cette loi va dans le bon sens.

Oui, la loi Travail a inversé la hiérarchie des normes. Elle bouscule le dialogue social au sein de l’entreprise. Elle permet au salarié de faire entendre ses revendications. Au patronat d’écouter, mais aussi de demander des aménagements d’horaires, de négocier des départs volontaires ou tout simplement de discuter de l’avenir de l’entreprise sans passer par un syndicat minoritaire et illégitime (1), qui pourtant monopolisait jusque-là le dialogue social.

Nous nous rappelons encore dans un coin de notre tête l’affaire Sephora, où les salariés de l’enseigne des Champs Élysées, majoritairement favorables au travail de nuit et du dimanche se sont vus interdire de travailler à ces horaires-là après un recours à la justice de la part de leur gentil syndicat.

Manifestation anti loi travail Lille 12 septembre 2017
© Bash pour L’Alter Ego/APJ

Oui, nous sommes jeunes, et nous croyons au dialogue et à la communication ! Sans tomber dans la naïveté, nous restons persuadés que dialogue social n’est pas forcément synonyme de rapport de force, d’altercation ou de menace.

Oui, la loi Travail a réduit le coût de licenciement pour les employeurs. Mais encore une fois, nous disons : halte à la diabolisation ! Certains d’entre nous seront peut-être employeur ou dirigeant dans quelques années. Et nous nous mettons à la place de ces hommes et femmes, qui loin derrière l’image de monstres sans cœur que l’on veut leur coller, sont avant tout des humains qui, pour la plupart, ne licencient pas sourire aux lèvres.

Nous concédons qu’il est difficile d’entendre que licencier va coûter moins cher à l’entreprise. Mais nous sommes lucides, nous savons que le marché du travail français a besoin de flexibilité pour sortir de l’impasse dans laquelle il est.

PARIS, FRANCE - MAY 18: Newly appointed French Labour Minister Muriel Penicaud arrives at the Elysee presidential palace for the first weekly cabinet meeting on May 18, 2017 in Paris, France. French President Emmanuel Macron gathered his Cabinet Ministers for the first time after appointing his government on Wednesday. (Photo by Antoine Gyori/Corbis via Getty Images)
Muriel Penicaud – © Antoine Gyori/Corbis via Getty Images

Cependant, loin de l’étiquette de fanatiques pro-Macron que certains voudraient nous coller, nous sommes des jeunes avertis, conscients qu’ils doivent rester vigilants et critiques à l’égard du Gouvernement et de sa politique. En signant les ordonnances relatives à la loi Travail ce vendredi 22 septembre, Emmanuel Macron a soulevé le levier flexibilité du marché du travail. Mais il reste encore du chemin !

Nous avons regardé et été heurtés par l’émission « Cash investigation » de la semaine dernière, qui pointait du doigt les conditions de travail et les techniques de management détestables  et condamnables de certains grands groupes français. C’est pourquoi, comme il s’est engagé durant sa campagne, nous attendons impatiemment que le Président s’attaque au volet sécurité du modèle de « flexi-sécurité » : renforcement des formations, amélioration de l’accès au logement, réforme de l’UNEDIC (2) sont des chantiers prioritaires, pour un marché du travail juste et efficace.

Le modèle de flexi-sécurité avancé par le Gouvernement a marché dans les pays scandinaves où le chômage est maintenant faible. Alors oui, nous considérons que cette loi Travail est un petit mal pour un grand bien. Oui, nous sommes jeunes, mais soucieux de notre avenir. Nous aimerions intégrer un marché du travail où le taux de chômage des jeunes ne soit pas, comme il l’est actuellement, au-dessus de 20 %. Nous voudrions pouvoir, en cas de besoin, engager un dialogue avec notre employeur sans devoir passer par l’intermédiaire de syndicat qui biaise notre opinion et n’écoute pas nos revendications.

Et comme le disait Éric Ayer, économiste  à l’OFCE (3) :

L’impact de cette loi est négatif à court terme. Si impact positif il doit avoir, il se mesurera à moyen terme, dans 5-6 ans environ.

Nous préférons donc attendre avant de juger hâtivement, tout en restant confiants mais vigilants. Nous sommes jeunes, et nous croyons en l’avenir. Nous ne laisserons plus une minorité parler au nom de toute la jeunesse. Nous continuerons de rêver et d’espérer intégrer demain un marché du travail meilleur pour tous les acteurs, pour un monde plus juste et égalitaire, en phase avec les enjeux qui nous attendent.

(1) Le taux de participation aux élections syndicales en début 2017 était alarmant : seulement 7,35 % des 4,5 millions de salariés et représentants des employeurs particuliers des petites entreprises (TPE) ont voté.

(2) L’UNEDIC est une association chargée de la gestion de l’assurance chômage française en coopération avec Pôle emploi. La réforme de l’UNEDIC promise par Emmanuel Macron ouvrirait les droits à l’assurance-chômage aux indépendants et aux salariés qui démissionnent.

(3) Observatoire français des conjonctures économiques

image de couverture : © Bash pour l’alter ego/apj