C’est après une très longue attente que l’on peut enfin aller découvrir la suite de Blade Runner en salles. Si celle-ci fut interminable, qu’en est-il vraiment du résultat ? Retour sur ce second volet riche en promesses.BR-TRL-042

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Un héritage lourd à porter ?

Dire que Blade Runner 2049 était attendu au tournant relève d’un savant mélange entre pléonasme et hérésie. En effet, le chef-d’oeuvre de 1982 a, depuis sa sortie, suscité énormément d’intérêt, aussi bien médiatique que culturel. Entre les différentes versions du film connues à nos jours, jusqu’à son climax de fin encore discuté 35 ans plus tard, il est peu dire que ce film est resté dans les mémoires. Mais, le film de Ridley Scott n’est pas seulement célèbre pour cela, bien heureusement. Qu’on l’apprécie ou non, il est indéniable que Blade Runner a changé la face du cinéma et créé un raz-de-marée lors de sa sortie en salles. Scott réussissait à y mélanger admirablement dystopie et film noir américain afin de livrer une œuvre atypique, d’une force majeure, et d’une incroyable avance sur son temps.

Pour toutes ces raisons, l’annonce d’une suite a tout de suite eu pour effet de créer une angoisse parmi les spectateurs, désireux de savoir quelle folie avait bien pu piquer les studios pour qu’ils se décident à toucher à un tel joyau de la SF, au risque de le dénaturer.

Des promesses tenues et plus encore

Et pourtant, il n’en est rien. Confié à Denis Villeneuve (Prisoners, Sicario ou encore plus récemment Premier Contact), celui-ci a su créer une suite efficace et intelligente à un film qui fonctionnait déjà très bien indépendamment. Le véritable tour de force du réalisateur réside en la faculté qu’il a eu d’ancrer ce Blade Runner 2049 dans un univers qui nous était déjà connu, tout en restant à l’écart de l’amertume d’un déjà-vu forcé et mercantile. Le film se place d’ailleurs, dès ses premières secondes, comme un pur héritier du film de Ridley Scott. On reconnaît alors par exemple le fameux texte déroulant, nous expliquant l’éternelle corrélation entre les blade runners et les replicants ou bien encore ce plan rapproché de l’œil (ici sublimement réinterprété), écho aux premières secondes du film sorti en 1982. Maintes allusions au premier opus sont bien sûr de la partie, mais amenées de façon intelligente et ne relevant aucunement d’un fan-service inutile. Il en va de même pour la présence de Harrison Ford, ici pour servir un véritable rôle et non une simple excuse à franchise facile. L’ambiance générale du film ne peut que nous émerveiller, de part ses vues sur le Los Angeles de 2049, teintée d’ambiance flashy et sombre à la fois, ainsi que cette pluie interminable chère au premier opus.

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Un bijou de science-fiction

D’un point de vue purement technique, le film est on ne peut plus réussi. Véritable prouesse visuelle, il le doit entre autres à la photographie à couper le souffle de Roger Deakins (on n’insistera jamais assez sur ce point) ainsi qu’à l’amour porté par Villeneuve pour les maquettes et les techniques dites à l’ancienne. Oubliez donc ici une utilisation du numérique à la pelleteuse, au détriment d’une association habile de décors grandioses, de maquettes et d’effets numériques venant sublimer le tout, pour un rendu chimérique ne rimant pas avec démesure pour autant.

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L’hypnotisme du film tient aussi à sa bande originale, née d’une collaboration entre Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch. Là aussi la tâche s’annonçait dure à relever, puisqu’ils se devaient de signer une bande son digne de l’originale, sans pour autant la plagier, ni s’en démarquer totalement. C’est finalement un pari relevé haut la main pour les deux compositeurs, qui donnent vie à des morceaux d’un autre monde, tout en ne reniant pas la partition initiale de Vangelis. Cette dernière, véritable élément clé du premier film, n’a cependant pas été oubliée, et les compositeurs lui rendent hommage aux moments les plus opportuns, achevant de placer ce Blade Runner 2049 dans la pure lignée de son prédécesseur.

S’il s’appuie grandement sur son héritage, le film de Denis Villeneuve n’en livre pas moins une histoire intelligente et poignante, à l’intrigue habilement tissée et aux rebondissements bien amenés. L’ensemble du casting est aux petits oignons et répond de façon parfaite  aussi bien aux attentes du spectateur qu’aux situations auxquelles les confronte le long-métrage.

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S’il est certes moins irrévérencieux que l’opus original (du fait de l’époque de sa sortie), ce Blade Runner a la présence d’esprit, ainsi que le mérite, de nous questionner quant à l’impact qu’ont et qu’auront les intelligences artificielles dans notre quotidien, en confrontant sans cesse l’homme et l’androïde, à la manière d’un Philip K. Dick dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. La boucle est ainsi bouclée.

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