À l’heure où les dotations pour les collectivités locales baissent, à l’heure où le pessimisme court les rues, à l’heure où la banlieue est stigmatisée, il est un département qui propose chaque année et ce depuis plus de 30 ans, un festival de musique en son sein. Le Val de Marne (94) dynamise depuis trois décennies son territoire en proposant à ses administrés une saison culturelle originale. Le Festi’Val de Marne revient cette année, avec une programmation de qualité pour notre plus grand plaisir et le Président communiste du département Christian Favier l’assure

Si la musique n’a pas de frontières, en Val-de-Marne elle est ancrée !

© Festi Val De Marne
© Festi Val De Marne

Une programmation alléchante

Cette année, une fois encore le Festi Val de Marne tient sa promesse d’amener la culture à ceux qui la pratique le moins. Près du vingtaine de villes sont partenaires de ce festival et vont accueillir tout au long du mois d’octobre des artistes aux genres différents. C’est la grande Camille qui ouvrira les festivités à Cachan le mercredi 4 octobre.

Le groupe Tryo se produira le 5 octobre à Villejuif. Au fil des années, Tryo est devenu un groupe populaire, aujourd’hui diffusé sur les plus grosses radios. Ce qui n’était pas gagné d’avance tant leurs textes sont engagés, poétiques et parfois rugueux. Aujourd’hui, le groupe est autant écouté et suivi dans les ZAD que dans les campings français. Guizmo, Manu, Christophe et Danielito, les quatres membres du Tryo ont réussi à imposer leurs chansons aux accents de reggae qui pour certaines sont devenues des hymnes (L’hymne des Campagnes, la Main Verte…). Après une aventure avec des musiciens additionnels, Tryo revient à la formation originelle qui remet en valeur les voix avec beaucoup de chants à l’unisson.

Tryo

© Bash pour L’Alter Ego/APJ

Dans un tout autre genre c’est la Grande Sophie et Delphine de Vigan “L’Une et L’Autre” qui monteront sur scène le même jour à Vincennes. L’une est écrivain, l’autre est chanteuse. L’une a publié sept romans, l’autre a enregistré sept albums… L’une est brune, l’autre est blonde. L’une est droitière, l’autre est gauchère. L’une avait envie de partager un moment avec l’autre, que leurs voix et leurs univers se mêlent. L’autre a dit oui. Entre les livres et les chansons, elles ont trouvé des échos, des résonances, elles ont mis à jour les mots et les thèmes communs, elles en ont imaginé d’autres. Delphine de Vigan est l’une, la Grande Sophie est l’autre. Ou inversement.

Les têtes d’affiche 

Il ne reste aucune place, pourtant ce sont bien Disiz La Peste et la bande de Roméo Elvis qui seront le même soir sur la même scène le 6 octobre à Choisy le Roi. Disiz ce rappeur à part. D’ailleurs, fait-il du rap ? Ne fait-il pas tout simplement de la musique populaire où le rap, l’électro, la pop, même le zouk, fusionnent pour accoucher d’un style unique, qui n’a pas besoin de nom. Car Disiz n’a jamais accepté d’être catalogué. Trop intelligent pour tomber dans les panneaux du ghetto, trop sensible pour ignorer les souffrances indélébiles, trop sûr de ses failles pour jouer les bandits virils, Disiz a réussi à rassembler bien au-delà du hip-hop. Disiz est la France, la vraie, celle qui ne croit plus ce qu’on lui raconte, celle qui refuse les raccourcis, les slogans cyniques, les évidences trompeuses. Et surtout Disiz traverse les modes pour toujours nous étonner.

Après avoir gardé pendant longtemps les oreilles tournées vers la France, le rap belge est en train de se faire une belle place dans l’Hexagone notamment avec Romeo Elvis. Le bruxellois qui joue agilement avec le premier et le deuxième degré n’hésite pas à faire dans l’autodérision. Pour les références, il faut plutôt chercher du côté de Mc Solaar que de celui de Booba. Son Jimmy Jay à lui s’appelle Le Motel. Il sait lui concocter des instrus smooth, groovy et mélodiques qui lui permettent de poser en douceur un flow parfois proche du chant. Et si la Belgique devenait également une terre de hip-hop avec des gars comme Roméo Elvis ?

Opus Musiques — Romeo Elvis

© OPUS MUSIQUE / Roméo elvis

Finissons le tour des têtes d’affiche par Isaac Delusion. Si l’histoire d’Isaac Delusion a commencé à deux, ils sont maintenant cinq sur scène. Leur électro-pop s’est également enrichie pour devenir transgenre, plus ample, plus chaleureuse jusqu’à parfois se perdre avec bonheur dans une soul synthétique qui ne laisserait personne insensible. La voix de tête de Loïc, le chanteur/guitariste, marque de son timbre particulier l’univers du groupe. Une voix qui se promène avec élégance et agilité sur l’ensemble de leurs titres. Elle fait le lien entre les compositions qui peuvent aller jusqu’à s’inspirer des musiques du monde. Un beau voyage aérien et sensible. Le groupe sera à Sucy en Brie le 6 octobre. Il va donc falloir faire un choix quant à vos sorties du samedi soir.

Nos petits chouchous

On vous en a déjà parlé dans un article précédent, nous lui avons même consacré un portrait pour la sortie de son dernier album. Ben Mazué sera à Villejuif le 12 octobre prochain. Alors, pour notre plus grand bonheur Ben Mazué a tout quitté : sa Provence natale pour Paris et sa carrière de médecin pour devenir chanteur. De sa région, il a gardé la chaleur et l’art de nous raconter des histoires. Sa chanson un brin rappée ou slammée est également illuminée par le soleil de la « soul » qu’il semble chérir. De sa formation, il a hérité d’une facilité à faire des diagnostiques implacables de nos petits travers que l’on retrouve sur des textes ciselés au millimètre, d’une extraordinaire acuité. Ben Mazué a fait les bons choix puisque sans se laisser aller à la facilité, il s’impose à nous par une présence scénique sobre et ef cace. Pour en savoir plus sur cet artiste, découvrez son portrait par Antoine Thomas 

© Ben Mazué
© Ben Mazué

Clara Luciani sera aux cotés de Cali à L’haÿ-les-roses le 7 octobre prochain. Avant de se lancer seule dans le grand bain, Clara Luciani a prêté sa voix suave et grave à Nouvelle Vague, Hologram et surtout La Femme. Elle a aussi fait une apparition sur scène aux côtés de Raphaël. Mais cela n’a duré qu’un temps car elle propose aujourd’hui ses propres textes et compositions qui l’emmènent, tantôt sur des chemins pop avec de belles nappes de guitares, tantôt sur des voies « chanson » proches de Françoise Hardy, voire même de Barbara. Si Clara Luciani n’en est qu’à ses premières brasses, elle a pris le bon courant.

La programmation complète du festival est à retrouver sur son site internet : www.festivaldemarne.org

image de couverture : © Festi Val De Marne