Quatre ans après Black City Parade et trente-quatre après L’Aventurier, le groupe Indochine fait son retour dans les bacs et signe un treizième opus, sobrement intitulé 13. Après un premier single, La vie est belle, dévoilé le 9 juin, l’album de treize titres, quatre titres bonus et quatre remixes, sortait vendredi.

Indochine – La vie est belle

Un album dansant et électronique

Il l’avait annoncé. Nicola Sirkis, le chanteur, parolier et leader du groupe, voulait un album dansant. Indochine signe avec 13 un album osé, qui ne plaira pas forcément à tous. Le groupe persiste et signe dans la New Wave cette pop rock électronique qu’ils ont su adapter au fil du temps, parfois avec plus de guitares, souvent avec plus de synthés.

Nicola Sirkis © Sebastian Reuter/Redferns/Getty Images
Nicola Sirkis © Sebastian Reuter/Redferns/Getty Images

Mais cette fois-ci, au bout du 13ème essai studio, cet album semble trouver le juste équilibre entre guitares et synthés. Depeche Mode, Muse, Bowie : on retrouve les influences et les ressemblances habituelles du groupe. C’est dans le titre Station 13 que la New Wave caractéristique du groupe s’exprime le plus.

Cet album, c’est celui de la maturité musicale et textuelle. Indochine a compris que son seul nom suffit à soulever et réveiller les foules, et le groupe se permet même en bonus un morceau un peu fou : un pamphlet anti-Trump textuellement, une exploration reggae, puis rock musicalement. Trump le monde est à coup sûr un Objet Sonore Non Identifié dans la carrière du groupe, qui fera réagir ceux qui écouteront cet album.

On regrettera les samples de synthés trop répétitifs parfois, qui peuvent aussi nous amener à se demander comment le groupe va s’en sortir sans claviériste en live, même s’il semble que le compositeur du groupe Oli De Sat, guitariste sur scène jusqu’à maintenant, veuille y utiliser un peu plus ses claviers.

Indochine – Station 13 (extrait) :

De multiples collaborations, musicales et esthétiques

Depuis J’ai demandé à la lune, morceau composé par Mickaël Furnon (Mickey 3D), qui a marqué le retour en avant du groupe en 2002 après dix ans d’absence médiatique, Indochine a retenu la leçon : les collaborations sont fructueuses.

Mickaël Furnon signe ainsi la musique de La vie est belle, Jean Louis Murat écrit le texte de Karma Girls et l’écrivaine Chloé Delaume aide N. Sirkis à l’écriture de Suffragettes BB, un probable single aux accents 80s et aux paroles féministes :

Alors choisis ton point général, introvertis l’ordre et la morale, choque les ennemis […], je veux un monde nouveau […], l’égalité à leurs visages.

Apparaissent également sur l’album des collaborations avec Asia Argento, réalisatrice Italienne, et Kiddy Smile, DJ français.

Vitalic © Gabriel Kerbaol pour L'Alter Ego/APJ
Vitalic © Gabikai pour L’Alter Ego/APJ

Enfin, Indochine s’offre le luxe de trois remixes bonus, par Joachim Garraud, Talisco et Vitalic, DJ en vogue dans l’univers électronique français. Le groupe, après 36 ans d’existence, s’attache toujours à s’entourer des nouvelles générations. Indochine veut conquérir les enfants du troisième millénaire, les générations Y et Z. Nombre de fans actuels n’étaient d’ailleurs pas nés à la création du groupe.

Mais la collaboration phare de cet album réside dans son esthétique : le visuel de l’album a été réalisé par le photographe néerlandais Erwin Olaf, et celui-ci expose actuellement une série de clichés réalisés à l’occasion de ce partenariat avec Indochine.

Les photographies, centrées sur des petites filles, rencontrent aisément l’esprit qui anime 13, de décalage, d’envie de changer le monde. Le photographe s’est d’ailleurs interrogé sur un sujet :

Et si des petites filles contrôlaient le monde ?

L’exposition est visible à la Galerie Rouban Moussion, Paris 3ème, jusqu’au 23 septembre

Des textes aux accents politiques

Les textes de Nicola Sirkis sont piquants, mais pas remarquables à la première écoute. Puis, après avoir fait connaissance avec les mélodies, les musiques, on s’intéresse à ces prouesses textuelles que trouvent parfois le leader du groupe. Cet album est éminemment et étonnement politique, comme si le chanteur avait enfin envie de dire les choses.

Connu pour son engagement pour la liberté sexuelle dans ses textes (l’amour défendu dans 3 nuits par semaine, le harcèlement des jeunes homosexuels dans College Boy, la question de l’identité sexuelle dans 3ème sexe…), le chanteur s’aventure évidemment dans ces sujets. Ainsi, on peut entendre dans Tomboy 1 :

Je vais devenir un garçon, je serai libre de t’aimer 

Mais à l’inverse de d’habitude, N. Sirkis s’engage sur d’autres messages. Dans Un été français, le chanteur s’excuse de la montée du Front National :

Pardonne moi si ici, tout devient froid national, un pays infernal

Dans Kimono dans l’ambulance, le parolier rend un hommage vibrant aux victimes des attentats. On est habitué à ce que le chanteur utilise le champ lexical de la mort, mais pas dans une vision aussi concrète :

Je vois mon sang qui s’en va, j’étais sûr de moi. Malgré moi je m’enfonce, mais ça ne fait plus mal.

En fait, on ne peut pas tout citer, car dans cet album, chaque chanson ou presque sonne à un moment ou un autre comme un hymne à la tolérance. Les mots comme armes de poings face à l’intolérance de tout bord.

Indochine – Kimono dans l’ambulance (extrait)

Une tournée grandiose à venir

Après avoir rempli trois Stade de France et concrétisé un Black City Tour à la scénographie à couper le souffle, rien ne semble pouvoir arrêter le groupe. Bien qu’il ait choisi de ne pas refaire un Stade de France, Nicola Sirkis a annoncé que le 13 Tour connaîtra lui aussi son lot de surprise scénographique.

Indochine Stade de France © David Wolff - Patrick/Redferns/Getty Images
Indochine Stade de France © David Wolff – Patrick/Redferns/Getty Images

Pour mémoire, il y a quatre ans, un grand écran transparent entourait la fosse. Le groupe, assez discret dans les médias et habitué à des lancements mystérieux, n’a pour l’instant pas dévoilé d’éléments importants sur le 13 Tour, qui annonce pourtant déjà complet dans de nombreuses villes.

13 est un album taillé pour le live, et il ne faudra pas rater cette tournée événementielle qui offrira au public de tout âge un show comme peu de groupes français peuvent proposer aujourd’hui.

C’est bien là la clé de cet album : c’est une œuvre intergénérationnelle. 13 est un bijou puissant, un cri du cœur, qui réunit jeune génération électronique et vieille génération new wave, et qui saura à coup sûr être apprécié par toutes les générations.

13, Indochine, Indochine records/Smart/Sony, disponible depuis le 8 septembre.

13 Tour, future tournée d’Indochine, à partir du 10 février 2018 :
http://www.indo.fr/category/indo-live.

image de couverture : © Marc Broussely/Redferns/Getty Images