Deux mois de vacances et c’est déjà la rentrée. Vous traînez les pieds à la seule évocation du travail. Vous n’avez qu’un souhait : rester dans cette douce insouciance que sont les vacances. Et nous vous comprenons. Replongeons-nous alors tous ensemble, pendant six jours, dans ces festivités estivales avec cette série intitulée « Les carnets du festival  ». Nous nous sommes rendues à Cabourg, Mon Amour. Là-bas, en Normandie, nous vous avons rencontrés, et discuté avec vous de vos meilleures expériences, de vos galères. Nous avons découvert des artistes, des univers. Nous avons eu la chance de converser avec certains.

© Lise Escaut pour l'alter ego/APJ
© Lise Escaut pour l’alter ego/APJ

Jour 1 — 28 juillet

Après un long trajet en bus de 14 heures, nous arrivons épuisées sur la côte normande où s’est installé le festival Cabourg, Mon Amour. Nos gros sacs sur le dos et les petits sur le ventre, la tente sur le côté, nous longeons la côte, cette longue côte de 2 kilomètres jusqu’au camping. Comme tous les festivaliers nous parcourons la « furyroad » – comme aimait l’appeler nos voisins de tente – deux fois par jour, pour aller et rentrer du festival. Motivées, nous découvrons à 16 heures le cadre surprenant de Cabourg, Mon Amour. Un bout de plage est privatisé. La mer, à marée haute, est au pied de la zone. Deux scènes ont été installées ; une sur le bitume en hauteur, une autre dans le sable. L’ambiance est estivale. Les festivaliers sont assis dans le sable, face à la mer. Ils attendent l’ouverture sur un fond musical. Un DJ-set gratuit a lieu tous les jours à 14 heures. La programmation est pointue, des têtes d’affiche mais aussi beaucoup de découvertes. (Nous pouvons voir le même jour aussi bien Parcels que TGAF.) Celle-ci tend vers la pop-électro.

L’artiste ouvrant les festivités est Basile Di Manski du label Pain Surprises.

© Lise Escaut pour L'Alter Ego/APJ
© Lise Escaut pour L’Alter Ego/APJ

 

Si on se concentre tous normalement il se passe quelque chose

 

Basile nous entraîne avec sa musique dans un univers onirique, un pays antique peuplé de dinosaures. On s’imagine voler sur un tapis au son de musiques futuristes. Tels sont les mots qu’utilise le musicien pour décrire son univers.

Et le public se laisse peu à peu porter au rythme de sa musique.

© Lise Escaut pour l'alter ego/APJ
ICHON © Lise Escaut pour l’alter ego/APJ

Sur la scène de la Dune se produit Ichon, le rappeur montant de Montreuil du collectif Bon Gamin. Il a été repéré par la presse à la suite de collaborations, notamment celle avec Le Code et Bonnie Banane sur le titre Myth Syzer. Hyper stylé, au rap sans étiquette, il enchaîne les titres à l’esprit rétro et les titres au beat violent. Face à un public qui se chauffe lentement, le rappeur ne se démonte pas. Il donne tout sur scène.

Entre deux concerts, à la suite de problèmes techniques rencontrés durant le set de Renart, nous nous posons avec Anouk et Martin. Un jeune couple, beau, souriant et coloré, venu de Nancy. Nous les croiserons plusieurs fois durant le festival fois pour enfin, le dernier jour, discuter de ces trois jours.

© Lise Escaut pour l'alter ego/APJ
© Lise Escaut pour l’alter ego/APJ

Pourquoi être venus ici ? C’est la programmation qui vous a plu ?

– Martin : « Oui, c’est la programmation et c’est aussi le nom : Mon Amour. »

– Anouk : « On s’est dit que c’était trop mignon. »

Ça vous évoque quoi Cabourg, Mon Amour ?

– Martin : « L’amour. Tout. Et puis comme c’est la première fois qu’on partait en vacances ensemble, on n’était pas motivés pour les gros festivals, la programmation était mignonne, du coup on est venus. »

Le cadre vous a-t-il surpris ?

– Martin : « Oui, on ne s’attendait pas à cela de Cabourg. »

– Anouk : « On savait que c’était au bord de la mer… »

– Martin : « Mais pas aussi beau. »

– Anouk : « C’est vrai. Quand on est allés se promener derrière le casino, on a découvert la place avec les belles maisons, c’est hyper beau. »

Vous trouvez comment l’ambiance du festival ?

– Anouk : « Ça fait 20 minutes qu’on est arrivés (rires), mais franchement ça a l’air super cool. C’est super mignon, les couronnes de fleurs, etc. »

C’était difficile de venir jusqu’ici ?

– Anouk : « Oui ! On vient de Nancy, à l’autre bout de la France, et nous avons rencontré quelques difficultés pour prendre le bus à Paris. »

– Martin : « On a dû traverser Paris en RER et métro, et on était en retard. »

– Anouk : » On a couru, on ne savait pas où c’était mais on a eu le bus, on était contents. »

Avez-vous des anecdotes de festivals à raconter ? Des galères ?

– Martin : « Le jardin du Michel dans la boue l’année dernière. »

– Anouk : « C’est en Lorraine, près de là où on habite. On avait de la boue partout, c’était marrant. »

Un groupe vous a-t-il particulièrement marqué en festival ?

– Martin : « The Garden ! »

– Anouk : « C’était vachement bien. C’était à L’Autre Canal, la salle musicale de Nancy, ils fêtaient leurs 10 ans. C’est là où on a commencé à faire des festivals. »

– Martin : « Allez écouter The Garden sur L’Alter Ego ! »

Shame, du rock bien dur

© Lise Escaut pour l'alter ego/APJ
© Lise Escaut pour l’alter ego/APJ

Après une entrée dans la matière plutôt électro, débarquent sur la scène de la dune cinq garçons. Ils sont Anglais et jouent du rock fort, très fort. Le rock anglais ne mourra jamais. En seulement deux titres, le public est en folie. Et pour cause : le groupe est une bête de scène. Le chanteur Charlie Steen dégage une énergie punk à la Joe Strummer, il s’agite torse nu, saute dans le public, chante, crie. Ces cinq gamins s’éclatent sur scène, partagent avec le public et invitent même une jeune fille sur scène.

Ils sont heureux, Cabourg l’est aussi. 

À la fin de leur concert, nous retrouvons Jan-Jan, la jeune fille qui, après avoir demandé une cigarette à Charlie Steen durant le concert, est montée sur scène.

Comment se passe le festival ?

Jan-Jan : « Ça va très bien, c’est la première fois que je viens ! »

Tu connaissais Shame ?

Jan-Jan : « Oui je connaissais, mais très peu de chansons. Je suis venue à l’origine pour Cigarette After Sex et Agar Agar. Et là j’ai passé un super bon moment. »

Comment as-tu fait pour monter sur scène ?

Jan-Jan : « Honnêtement, je ne sais pas. J’étais là, je me suis approchée, j’ai tendu la main et au final je suis montée sur scène. C’était en même temps très gênant. Il y a quand même beaucoup de personnes et tu es là, tu ne sais pas trop quoi faire. »

Comment trouves-tu le festival ?

Jan-Jan : « C’est le début donc on verra, mais pour l’instant c’est vraiment bien. Peut-être que je serai sur d’autres scènes demain et après demain ! (Rire) »

Paradis, toi & moi, Cabourg

© Lise escaut pour l'alter ego/APJ
© Lise escaut pour l’alter ego/APJ

Le soleil est couchant, la marée est basse, Paradis monte sur scène. Le groupe français nous fait entrer dans une autre dimension, de douceur et d’amour. Les mélodies enivrent, les ampoules scéniques envoûtent, le sable et la mer nous transportent progressivement dans ce voyage musical. La foule se laisse bercer.

Jacques, délirant jusqu’au bout !

© Lise Escaut pour l'alter ego/APJ
© Lise Escaut pour l’alter ego/APJ

Ce premier jour de Cabourg, Mon Amour se clôture avec Jacques, du label Pain Surprises, les pieds dans le sable. Le collectif est plus que présent cette journée. Il anime l’after du festival qui se déroule au casino de Cabourg.

Jacques, musicien décalé, à moitié chauve qui révolutionne l’électro français avec ses bruits, ses sons d’objets, attend tranquillement la fin du concert de Paradis avec son public. Le monde se presse devant la scène, l’inventeur est attendu. Le début de journée nous apparaît vide tout à coup, comparé à cette clôture.

Son public s’impatiente :

« Allez Jacques !  Remboursez ! » 

Celui-ci répond d’un air moqueur et tranquille qu’on lui connait :

Perso je m’en moque je suis payé à balle.

La foule rit.

Enfin, le set commence. Jacques se présente : « Salut c’est oim, et je vais faire un concert. » Il est accompagné d’un ami qui récupèrera tous les objets lancés par le public afin d’improviser avec. Toutes ses mélodies composées lors de concerts sont enregistrées et seront utilisées et retravaillées pour un album.

© Lise Escaut pour l'alter EGO/apj
© Lise Escaut pour l’alter EGO/apj

À la fin de sa première improvisation, Jacques demande que l’on appelle le numéro de son ami pour lui soumettre un bruit qu’il inclura dans sa prochaine composition.

Quelqu’un appelle : « Léon ! ». C’est parti. La foule est en transe.

Arrive Ichon, le rappeur qui s’est produit quelques heures plus tôt sur la scène de la Dune, invité par Jacques. Dans cette douce folie, le rappeur chante : « Je te ferai la cour, oui tous les jours, je te ferai l’amour mon amour, je te ferai la cour oui tous les jours je te ferai l’amour Cabourg, Mon Amour. »

 J’aime les bulles, c’est complètement inutile, comme la musique

image de couverture : © lise escaut pour l’alter ego/APJ