Après huit semaines de pause où vous êtes partis vous dorer la pilule au bord de l’eau en sirotant au choix un milkshake, un Mojito ou une bière, il était temps de se reconnecter un peu à la réalité. Nulle crainte : la rentrée signe le retour de la playlist éclectique de L’Alter Ego.

Les albums qui ont rafraîchi l’été

Le 28 juillet dernier sortait l’album très attendu d’Arcade Fire : Everything Now. Celui-ci est plus pop, plus coloré et moins expérimental que leur précédent album Reflektor, produit par le leader du groupe LCD Soundsystem : James Murphy. Et pour cause, Everything Now a lui été produit par Thomas Bangalter du duo Daft Punk ainsi que par Geoff Barrow de Portishead et Steve Mackey de Pulp. Sur quelques titres, on peut ainsi ressentir des sonorités propres à Pulp. Mais pas que. L’album est une immense fête. On y entend la Nouvelle Orléans, ABBA, Talking Heads entre autres. C’est la première fois que le groupe canadien n’enregistrait pas à Montréal. En effet, Everything Now a été conçu à Paris et à la Nouvelle-Orléans. Au milieu de ce grand carnaval de couleurs, Win Butler, chanteur  d’Arcade Fire, n’oublie pas la marque de fabrique de son groupe. Il vient y superposer des textes sombres et existentiels. L’album est un parfait équilibre entre mélancolie et douce folie rappelant à bien des égards The Smiths.

Le 25 août, c’est le groupe Queens Of The Stone Age qui était de retour avec Villains, cinq après leur dernier album …Like Clockwork. Cinq années marquées par les collaborations nombreuses de Josh Homme. Car oui, le grand roux a eu le temps de cavaler entre la sortie de Zipper Down des Eagles Of Death Metal, production de l’album Post Pop Depression d’Iggy Pop. Queens Of The Stone Age est le groupe qui a rendu populaire le Stone Rock, un savant mélange entre le métal à la Black Sabbath et le psychédélisme. Après cette définition, quoi de plus surprenant que de découvrir qu’à la production de Villains se cache Mark Ranson, le producteur d’Amy Winehouse, de Bruno Mars ou encore de Lady Gaga. Sur l’album, nous retrouvons les riffs incisifs auxquels le groupe nous a déjà habitué par le passé, mais aussi des lignes de synthé : la Ranson Touch. L’album est plus dansant, les balades plus présentes. Josh Homme confiait ainsi au magazine Rolling Stone qu’au fil du temps, il ne ressentait plus la nécessité de se cacher derrière un masque. Plus il se sent vulnérable, plus cela est bénéfique. Ici sa voix est à nu. Ce mélange de force, d’émotion et de douceur est sublimé par l’utilisation de la réverbération. Un virage plus dansant et plus calme.

C’est une sortie qui est passée presque inaperçue alors que l’actualité du rap n’était pourtant pas si riche cet été. Le label Y&W (Young & Winner) réunit sur un album à son nom un nombre impressionnant d’artistes (plus d’une vingtaine) : 17 pistes pour satisfaire tous les fans de rap. Paroles engagées côtoient ainsi vocodeur pour un mélange de raps, la nouvelle génération côtoyant l’ancienne. L’album se veut rassurant et permet quelques découvertes. Le très jeune Lil Tai Z fait du pied à Scred Connexion, Fababy est à un titre du plus ancien Doc Gyneco, et tout ça pour notre plus grand plaisir.

Si l’ordre des morceaux manque singulièrement de cohérence, les différences de styles permettront d’intéresser le plus grand nombre. Ainsi, le titre old school de ce cher Doc ne décevra personne avec des paroles fidèles et un air toujours aussi planant, tout comme la plume de Nekfeu qui n’a rien perdu de sa superbe.

Le label, qui a annoncé la sortie sous forme de disque des morceaux que Nekfeu avait enregistré à l’occasion du Black Album, a également réussi l’exploit de les réunir lui et son ancien ami Guizmo, avec lequel on le sait, les relations sont devenues très tendues.

 

Les clips qui ont marqué l’été

Totalisant au bas mot plus de 130 millions de vues, les quatre clips de PNL « Naha », « Onizuka », « Bené » et le tout dernier « Jusqu’au dernier gramme », sorti le 7 juillet dernier, ont été de francs succès. Pourtant, ce n’est pas l’audience qui marque le plus mais le format. Sous forme de mini-série en quatre parties, ces clips s’apparentent plus à des courts-métrages qu’à de simples clips musicaux. Ces petits films sont chaque fois plus longs – huit, treize, seize et trente minutes respectivement – et ont un scénario construit. Les morceaux sont alors remixés pour tenir toute la durée de l’épisode. Dans le dernier chapitre, on assiste au dénouement de l’intrigue. Plus violent mais aussi plus intense, « Jusqu’au dernier gramme » réunit tous ceux déjà croisés dans les précédentes parties, pour le plus grand plaisir de tous les fans de PNL, où ce n’est plus le clip qui accompagne le morceau mais bien le contraire.

Chaque fait, chaque geste et chaque sortie décalée de l’extravagant canadien est amplifiée et relayée par les médias. Cette fois-ci, il s’agit d’un clip, un clip complètement hallucinant.  Vous avez ainsi peut-être déjà entendu le titre This Old Dog, où Mac DeMarco confie sa crainte de ressembler à son père alcoolique et absent. Ce titre intimiste a droit à son clip en réalité virtuelle. Normal jusque là. Normal sauf si un tel clip figure la balade d’un chien dans un univers de vieux jeu vidéo expérimental et inachevé. Rien n’a de sens ou de forme. Quoi de mieux pour bien commencer cette nouvelle année scolaire.

La playlist de la rentrée

image de couverture : © Arik McArthur/FilmMagic / GETTY IMAGES