Mercredi c’est le Conseil des ministres, et c’est aussi le moment pour L’Alter Ego de faire un point politique sur la semaine passée.

Hommage au Père Hamel : l’Église et le manque de dignité

Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet, commémoration en hommage au Père Hamel assassiné sous les coups du terrorisme islamiste un an auparavant. Alors que la cérémonie se déroule sans incident, l’archevêque (évêque placé à la tête d’une province ecclésiastique et qui a plusieurs évêques pour suffragants) de Rouen monte à la tribune. Après quelques instants de discours, il prononce quelques mots. Quelques mots lourds de sens qui font basculer un hommage digne dans les tourments du débat socio-politique. Quelques mots – précédés d’une moue annonciatrice – qui n’avaient rien à faire au milieu d’une cérémonie aux morts.

 

Notre société (…) ne sait plus où elle va après la mort et se croit libre de faire tout ce que chaque individu souhaiterait, y compris abréger sa vie ou l’empêcher de naître. C’est une onde pour notre société qui met de côté des ressources spirituelles en chargeant la loi d’établir la morale alors que celle-ci (cf la loi) ne peut être qu’une aide et que la morale, elle, vient du profond de notre humanité

Cette tribune offerte à un représentant de l’Église de France, utilisée à des fins politiques, remet en cause la dignité d’une telle institution.

Après cet incident, le président de la République s’est exprimé, portant un message de paix et de tolérance. Rappelant qu’à la suite de ce tragique assassinat, « l’imam, le pasteur et le rabbin » avaient fait bloc pour condamner cet acte. Le Président s’est voulu rassembleur :

Le martyr du Père Hamel n’aura pas eu lieu pour rien, nous en discernons le sens : c’est de nous avoir rendu chacune et chacun plus fidèle encore à ce que nous sommes.

emmanuel macron, président de la république française

Il a néanmoins rappelé que « la République garantit la liberté de croire comme celle de ne pas croire ».

Moralisation de la vie politique : où en est-on ?

L’Alter Ego fait le point sur l’une des mesures sociétales phare du programme défendu par le Président Macron. Nous commençons cet état des lieux par le cas du casier judiciaire. Le candidat La République En Marche avait promis que tout candidat à un poste de représentant du peuple devrait pouvoir justifier d’un casier judiciaire vierge ainsi qu’une absence de peine d’inéligibilité. Lors du vote de cette proposition d’amendement et après des heures de délibérations, il a été soulevé le problème d’une éventuelle inconstitutionnalité d’une telle mesure. Les députés ont donc à la place du casier vierge adopté le terme de « probité » (intégrité, honnêteté), c’est à dire que les conditions d’éligibilité seront durcies.

Pour le reste des articles, les emplois familiaux ont finalement été interdits, chaque candidat au poste de président sera dans l’obligation de fournir une « déclaration d’intérêts et d’activité » à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP). Par ailleurs, la situation fiscale des députés sera désormais systématiquement vérifiée. Pour finir, le gouvernement va pouvoir créer une « banque de la démocratie », dont le rôle demeure encore assez flou. Ainsi se poursuit le projet de loi de moralisation de la vie politique : certains points restent à éclaircir ou à améliorer.

Rihanna à l’Élysée, une star du show biz américain sous les ors de la République

En pleine crise politique au sommet de l’État et alors que la confiance des Français envers le nouveau Président élu est en chute libre, le couple présidentiel recevait mercredi dernier Rihanna à l’Élysée. Mais que faisait donc la superstar au palais de l’Élysée ?

Les adeptes des réseaux sociaux n’auront pas raté les appels du pied de la chanteuse sur son compte Twitter. En effet, depuis sa nomination comme ambassadrice du Global Partnership for Education (GPE), elle interpelle de nombreux politiques pour récolter des fonds. Message reçu par le Président français, qui, un mois seulement après l’interpellation de Rihanna, la reçoit à Paris.

L’image a fait le tour du monde : Brigitte Macron qui accueille la chanteuse, puis les rires entre le Président et son invitée. Il faut rappeler que la prestigieuse université Harvard a nommé Rihanna personnalité humanitaire de l’année. Le Président a promis que d’ici 2022, l’aide de la France augmenterait de 3 milliards d’euros environ ! Beau geste ou simple effet d’annonce ? Difficile d’y voir très clair alors que le gouvernement a réduit de plus de 130 millions d’euros l’aide au développement, par décret le 20 juillet.

Baisse des APL, vers une rentrée musclée pour le gouvernement

Tout d’abord, que sont les APL (aides publiques au logement) ? Ce sont des versements effectués par l’État pour réduire le montant des loyers payés par les plus pauvres. Elles peuvent aussi servir au remboursement d’un prêt immobilier dans le cadre de personnes propriétaires.

-5 €

Elles vont être réduites de 5 euros par mois, soit 60 euros par an, a annoncé le gouvernement. Ces baisses, qui concernent l’ensemble des bénéficiaires, s’inscrivent dans une période d’économie massive.

Quelques chiffres

  • 6,5 millions de français touchent les APL
  • 800 000 étudiants touchent les APL
  • 18 milliards d’euros : c’est ce que les APL coutent chaque année à l’État

Simulation

L’Alter Ego a fait la simulation sur le site de la CAF, sortez les calculettes….

Prenons Hugo, un étudiant français de 19 ans qui loue seul un studio non meublé dans le 14e arrondissement de Paris. Il paie un loyer de 900 euros par mois. Il est rattaché fiscalement à ses parents et fait un petit boulot qui lui rapporte 400 euros par mois, il est boursier. Le simulateur d’APL lui accorde 260 euros par mois : une somme non négligeable.

Le gouvernement Philippe fait donc participer les ménages les plus modestes à l’effort financier nécessaire pour conserver une économie française compétitive. Quid de la baisse de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui va faire perdre aux caisses de l’État environ 3 milliards d’euros…

Cette véritable attaque au portefeuille des plus pauvres risque de mettre le feu aux poudres (de perlimpinpin) dès la rentrée. Macron risque de faire face pour la première fois à la rue, celle-là même qui avait fait tant de mal à son prédécesseur.

L’utopie des rues vides, la chimère de Macron qui agace…  

Jeudi dernier, le Président était en visite dans un centre d’hébergement de réfugiés à Orléans. Il a notamment assisté à une cérémonie de naturalisation à la préfecture de la ville. Lors du discours qu’il y a tenu, Emmanuel Macron a annoncé :

D’ici la fin de l’année je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois.

Emmanuel macron, président de la république française

Pour cela, il promet plusieurs mesures importantes : la création de hotspots dans les pays d’Afrique du Nord, où les migrants pourront déposer leur demande d’asile avant d’entreprendre un voyage qui laisse des milliers de corps au fond de la Méditerranée chaque année. Pour ceux présents sur le territoire national, le traitement administratif des demandes devrait être réduit à quelques mois seulement contre 18 mois aujourd’hui. Par ailleurs, il souhaite fluidifier les mesures de reconduite à la frontière. Si ces mesures sont intéressantes sur le papier, elles paraissent difficile à mettre en œuvre techniquement et financièrement. Comment et où l’État français va-t-il trouver les ressources pour arriver au résultat promis par le chef de l’État ?

© Antoine Gyori - Corbis
© Antoine Gyori – Corbis

De plus, le « plus personne dans les rues » du Président ne veut-il pas dire « plus aucun migrant dans les rues » ? En effet, quid des 143 000 personnes sans-abris françaises ? L’État français va donc choisir qui reste dans la rue et qui peut prétendre à un logement ? Ce macabre tri entre réfugiés et SDF risque d’agacer les associations qui vivent sur le terrain cette misère humaine du quotidien.

IMAGE DE COUVERTURE : © KT/Tim De Waele/Corbis/Getty Images