Mariam a 40 ans. Iranienne d’origine, elle quitte l’Iran âgée d’un an, en 1978. En France, elle travaille dans la communication, avant de rentrer dans son pays, il y a 5 ans.

Interviewée par L’Alter Ego après la réélection d’Hassan Rohani, Président modéré, elle nous offre une vision optimiste, caractéristique d’un pays en plein bouleversement.

Pourquoi être retournée en Iran ?

« Je suis revenue en Iran deux fois depuis ma naissance, à 26 ans puis à 28 ans sans vraiment découvrir ce pays qui était le mien. Il y a 5 ans, donc à 35 ans, je suis revenue pour des raisons personnelles et je suis tombée amoureuse de ce pays, de ce peuple et de cette culture. J’ai voulu rester pour connaître mon passé, mes racines. Je ne connaissais rien de ce pays mais je savais que je l’aimais assez pour laisser de côté ma vie parisienne, ses terrasses, sa liberté vestimentaire, mes amis… »

Avez-vous senti des changements dans les mentalités ?

« N’étant pas revenu en Iran pendant 7 ans, j’ai ressenti une vraie différence. Les codes vestimentaires des femmes et le port du voile sont bien plus souples qu’avant. Il y a eu des changements depuis Ahmadinejad (prédécesseur conservateur de l’actuel Président Rohani, « modéré », NDLR). Il y a beaucoup moins de problèmes dans les rues entre les gens et la police, on se sent beaucoup plus en sécurité. Maintenant que le Président Rohani a été élu une seconde fois, il va être difficile pour une population aussi jeune (70% ont moins de 30 ans) de revenir à des codes aussi stricts. »

Que pensez-vous de la place des femmes en Iran ? Contrairement à ce que l’on peut penser, beaucoup de spécialistes pointent le rôle prédominant de celles-ci en politique.

« La femme a une place importante dans tous les aspects. L’Iran et son Histoire, sa civilisation ! Personne ne peut nous enlever ou nous changer notre grande Histoire et notre influence sur l’évolution mondiale. Ce qui rend l’iranien fier, respectueux et digne ! Mais l’iranien est aussi accueillant, gentil, droit, chaleureux… Notre peuple vit cette exclusion difficilement et les femmes jouent un rôle très important car elles se battent pour plus de liberté.

N’oubliez pas : les femmes travaillent, conduisent, votent, elles font du sport, de la politique, elles sont taxi, elles crient, sourient et le plus important c’est qu’elles sont respectées. Elles se battent et se battront encore ! »

Etes-vous allée voter ?

« Oui j’y suis allée. J’ai voté à l’Ambassade d’Iran en Arménie ou j’étais de passage. Les visages étaient inquiets mais confiants parce qu’ils étaient là, au bureau de vote ! J’ai appris que les bureaux de votes de Téhéran étaient remplis de monde ! »

Hassan Rohani a été réélu avec 57% des voix, ce qui est assez considérable pour un deuxième mandat, compte tenu des difficultés économiques persistantes ? Comment analysez-vous cette victoire ?

« Le défi de Rohani est immense. On lui a laissé un pays avec tout à refaire une fois qu’Ahmadinejad eu terminé son mandat. Le peuple se sent mieux,  nous avons un peu plus d’espoir dans l’avenir de ce pays. Toutefois, il faut noter que rien n’a énormément changé depuis la levée des sanctions. L’économie du pays n’a pas beaucoup bougée. Malgré cela, les Iraniens osent avoir des projets. Nous avons montré par les urnes que nous sommes pour l’ouverture.

IRAN, Tehran : Iranian president-elect Hassan Rowhani speaks during a press conference in Tehran on June 17, 2013 CorbisPHOTO/Mohsen Shandiz NO . 340 (Photo by Mohsen Shandiz/Corbis via Getty Images)
Hassan Rohani – © Mohsen Shandiz/Corbis via Getty Images

Il est important que l’Occident comprenne que l’Iran a choisi l’ouverture et ce déjà depuis le 2eme mandat d’Ahmadinejad. Rappelez-vous qu’en 2009 le peuple allait dans les rues pour crier « Où est mon vote ». Combien y a-t-il eu de morts ? Ces évènements tragiques ont incité les iraniens à se renseigner, à apprendre. Ils suivent ce qu’ils se passent, comprennent et ont maintenant le pouvoir de se défendre. (En 2009, suite à la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues pour dénoncer un vote présumé falsifié. Ce « mouvement vert » a été réprimé dans le sang, et est considéré par certains spécialistes comme un mouvement avant-coureur des Printemps Arabes, NDLR). »

Qu’attendez-vous d’Hassan Rohani pour son deuxième mandat ?

« Pendant ce deuxième mandat, il va se passer beaucoup de choses, que ce soit sur le plan international ou national. Nous sommes inquiets sur le plan de notre relation avec les Etats-Unis, parce que le Président Trump ne continuera pas l’œuvre d’Obama. Je pense que Rohani va beaucoup plus se reposer sur l’Europe qui, aujourd’hui, a pris la décision d’avancer, en se méfiant des États-Unis (notamment après le retrait de Washington de l’accord de Paris NDLR). Nous attendons de lui qu’il préserve notre image et qu’il améliore nos relations avec le reste du monde, pour que nous puissions vivre décemment sans devoir payer aussi cher des produits importés. »

« Il est aussi important de noter que pendant le 2eme mandat de Hassan Rohani, il est très probable que le Guide Suprême s’éteigne. Il n’est plus tout jeune (77 ans) et des rumeurs le disent très malade. Je ne peux pas prédire ce qui va se passer, mais je veux faire confiance à ce parti modéré. Si ce système politique change, Hassan Rohani aura gagné une énorme bataille pour son peuple ! »

Image de couverture : AMA/Corbis : Getty Images