Les festivals en été sont nombreux et proposent des programmations pour tous les goûts. Les plus célèbres arrivent à faire venir des artistes de renommée mondiale ainsi que de jeunes artistes qui ne demandent qu’à se produire devant un public aussi enthousiaste que les festivaliers. Au milieu de tous, le Hellfest, un festival d’envergure européenne propose de « la musique extrême ». L’Alter Ego était sur place et vous raconte ces trois jours intenses et marqués par de surprenantes découvertes musicales.

Clisson, ville métal

À première vue, Clisson est une ville calme de Loire Atlantique avec un joli centre-ville et un château médiéval. Cependant, chaque année depuis 2006, des personnes venues du monde entier assistent à un festival de « musique extrême ».

Au milieu des vignes se tient le Hellfest, un festival imaginé par Benjamin Barbaud. Pendant trois jours, les environs sont envahis par les voitures, les bouteilles de bière et les tentes Quechua (le parking du Super U voisin n’est pas épargné).

C’est un monde parallèle qui émerge. Un monde bercé par des musiques assourdissantes d’une intensité folle. À première vue, la musique proposée par le Hellfest peut paraître peu attirante pour les non-initiés. Après avoir passé trois jours sur place, le constat est tout autre. La programmation comprend des styles de musique plus « soft », peut-être plus accessibles que le métal. Et finalement, au bout de trois jours, on finit par se faire au métal.

Le métal ?

Le métal englobe un ensemble de sous-genres très diversifiés. C’est à la base un style découlant du hard-rock dont les pionniers sont Led Zeppelin ou encore Deep Purple. Le métal traditionnel (ou heavy métal) est représenté par des groupes tels qu’Iron Maiden et Black Sabbath. Au Hellfest il est possible d’écouter tous les sous-genres du métal : thrash métal, power métal, death métal, black métal… Ce qui fait beaucoup de métal.

Le dénominateur commun de tous ces genres est probablement l’intensité. C’est ce qui caractérise ce style si particulier et qui rebute certains. La musique métal est un concentré surpuissant qui n’est finalement qu’une forme d’expressionnisme. À travers la densité et l’intensité, les artistes expriment ce qu’ils ressentent et ce qu’ils veulent faire ressentir au public. On ne recherche pas à toucher la sensibilité esthétique du spectateur mais son ressenti et ses émotions.

La colère, le rejet de la société, la solitude sont les thèmes principaux du métal (ils en existent bien d’autres évidemment). C’est au travers de métaphores, de l’évocation du surnaturel qu’ils sont abordés. Contrairement aux apparences, c’est un style très réfléchi et autour duquel s’est construite toute une imagerie spécifique. On imagine souvent le métalleux, barbu, les cheveux longs avec des tatouages. On en croise plusieurs de ce genre au Hellfest, mais le public en réalité bien plus diversifié.

Trois jours sur place ont permis de découvrir une très bonne ambiance faite de bière et de musique. Les métalleux ont un esprit très bon enfant. D’ailleurs le contraste entre la personnalité et l’apparence est parfois très comique (surtout les grands tatoués coincés dans les petites nacelles de la grande roue et qui ont le vertige).

Le festival s’étend sur un grand terrain et comporte cinq scènes dont une « deux-en-un ». L’organisation du Hellfest est étonnamment bonne : on ne fait pas la queue pendant une demi-heure pour rentrer et il y a de nombreux WC sur le site (non négligeable).

La programmation de cette année comprenait des têtes d’affiche prestigieuses tels qu’Aerosmith, Deep Purple, Linkin Park, ou encore Trust. Aerosmith a proposé un show à la hauteur des espérances du public. La performance était au rendez-vous et en même temps on n’en attendait pas moins de Steven Tyler et Joe Perry. Deep Purple était calme, beaucoup plus calme. L’ambiance manquait presque. Quant à Linkin Park, malgré une performance très convaincante, on se demande vraiment ce qu’il faisait au Hellfest. On aurait dit Coldplay perdu au milieu des métalleux.

CLISSON, FRANCE - JUNE 19: General view of metal fans attending Hellfest Festival on June 19, 2010 in Clisson, France. (Photo by Marc Broussely/Redferns)
 © Marc Broussely/Redferns

Des découvertes surprenantes, à vous en faire aimer le hard et le métal

La programmation a aussi offert son lot de surprises et de découvertes qui valent vraiment le détour. Le vendredi, c’est le groupe suédois Avatar qui attire l’attention. La première chose que l’on remarque est évidemment leur style. Le chanteur, deux mètres deux de haut, une longue chevelure noire, débarque sur scène avec un maquillage digne des meilleurs cosplays et se met à sauter dans tous les sens tout en chantant sans sembler s’essouffler. Ce qui est étonnant avec ce groupe est la diversité de leur musique ainsi que leur mise en scène. Le concert est vivant, coloré et dynamique. On ne demande rien de plus.

Le samedi, trois autres découvertes. À midi sur la scène principale, Ultra Vomit débarque sur la musique de Fort Boyard. La couleur est annoncée. Le groupe propose des parodies heavy metal de chansons de variété tels que Face à la mer de Calogero ou la Chenille (la Rédaction de L’Alter Ego a même participé à celle-ci afin de rendre l’immersion totale). L’approche ludique du métal que propose le groupe rend le genre plus accessible et le tourne en dérision.

Dans l’après-midi, Frank Carter and The Rattlesnakes apporte sa touche punk au festival. À peine arrivé sur scène Carter se met à sauter dans tous les sens, accentuant son aspect nerveux. Très vite le public, conquis, se met à secouer ses cheveux sur des lignes mélodiques plus claires que celles proposées par les autres groupes. À la fin du concert, le chanteur dédicace sa dernière chanson à sa « magnifique femme » et à un striptease qu’elle lui a fait en lune de miel. Quel romantisme.

Enfin la dernière découverte du jour est le groupe australien Airbourne. Le groupe déjà très populaire est souvent comparé à ACDC. La performance scénique dépasse toutes les attentes et place la barre très haute pour Aerosmith qui est censé se produire sur la même scène quelques heures plus tard. Le chanteur, Joel O’Keffe, tel un ado de 16 ans découvrant les effets de l’alcool, ouvre des canettes de 1664 avec sa tête, monte sur le dos d’un spectateur déguisé en kangourou et escalade la structure de la scène avant de se retrouver à une dizaine de mètres de hauteur.

Le Hellfest est un festival « ovni » en France. Le site, la programmation et l’ambiance sont uniques et permettent de passer trois jours épuisants mais intenses. La statue à l’effigie de Lemmy Kilmister, légende du métal décédée en 2015, veille sur les festivaliers et sur un festival qui a encore de belles années devant lui.

image de couverture : © MARC BROUSSELY/REDFERNS