Au cours de sa vie une femme utilise en moyenne 10 000 serviettes hygiéniques, tampons et protège-slips. Mais connaissons-nous vraiment les matériaux qui les composent ?

La réponse est non.

C’est en tout cas ce que révèlent de nombreuses enquêtes réalisées par des associations de consommateurs : les fabricants ne nous disent pas tout. Faute de législation, les composants des protections hygiéniques ne figurent pas sur les emballages. Or, les spécialistes de la santé sont unanimes, les résidus toxiques qu’ils contiennent sont responsables de plusieurs problèmes gynécologiques tels que les irritations, ou même le syndrome du choc toxique. Dans un souci de diversification, les marques ne cessent de multiplier le nombre de produits qu’elles commercialisent : forme, taille, parfum… tout y passe  ; au détriment, bien souvent, de notre santé.

Sanitary pad with red drop shaped Berry on it
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Au printemps 2015, la mannequin et sportive américaine Lauren Wasser expliquait alors avoir été amputée de sa jambe droite à cause de son tampon. La médiatisation soudaine du SCT (Syndrome du Choc Toxique) entraîna la révolte de milliers de consommatrices excédées qui demandèrent donc aux marques leaders sur le marché de communiquer la liste exhaustive et précise de tous les constituants des produits mis en vente.

Un retour peu convaincant.

En janvier 2017, deux ans après le scandale sanitaire, la marque Tampax, leader sur le marché, réagit en promettant de fournir, « au printemps 2017 », le bordereau des composants de leurs produits. La liste, déjà disponible sur leur site Internet ne convainc pas les clientes qui la jugent trop peu détaillée et évasive. Les éléments du tampon sont énumérés, de l’applicateur aux substances parfumantes, mais les matières premières composantes demeurent plutôt vagues et aucune mention n’est faite concernant les additifs, colorants ou bien les encres utilisées.

Pourtant, il est révélé au printemps 2016 que ce sont les alcools et additifs de parfums, trouvés au sein des protections hygiéniques féminines, qui seraient majoritairement responsables des soucis de santé relatés par les gynécologues et autres professionnels de santé. Pire encore, les procédés de blanchiment des matières premières laisseraient des résidus de dioxine (l’un des douze polluants les plus dangereux au monde selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS)) et autres pesticides alors accumulés au niveau de la paroi vaginale. Le magazine 60 Millions de consommateurs a notamment fait état de « traces de dioxines dans deux tampons périodiques de grandes marques, sur trois testés ».

Un constat qui alarme médecins et consommatrices.

L’accroissement du nombre de cas de SCT relatés en France (5 en 2004 contre 22 en 2014) alerte les professionnels de santé qui ne cessent donc de décupler la prévention qui, lorsqu’elle est peu ou mal faite, multiplie le risque sanitaire et, avec lui, des vies souvent brisées par les conséquences désastreuses d’un possible choc toxique.

Malheureusement à l’heure actuelle, il existe peu d’alternatives fiables et sans danger. En effet, une enquête des chercheurs des Hospices civils de Lyon révèle que les coupes menstruelles, jusqu’ici connues pour être moins dangereuses que les protections dites « classiques » (tampons, serviettes hygiéniques), seraient plus favorables à la croissance des staphylocoques, bactéries responsables du SCT. Les spécialistes préconisent donc de ne pas les porter durant son sommeil et de limiter leur utilisation à 6 heures le jour. Pour les plus aguerries en matière de cycle menstruel, il y a le flux instinctif libre ; cette technique consiste en l’utilisation d’aucune protection hygiénique. Les femmes qui pratiquent le FFI (free flow instinct) contractent le périnée et le sang s’écoule comme les urines. Très écologique et économique, cette alternative requiert néanmoins de l’entraînement et n’est, malheureusement, pas à la portée de tout le monde (à titre d’exemple : les femmes aux règles abondantes).

Mal éduquées à l’utilisation des protections périodiques et conscientes de la menace qui pèse sur leur santé, la colère monte chez de nombreuses consommatrices qui réclament plus que jamais une réponse afin que le mystère soit levé autour des constituants. Le Centre National de Référence des Staphylocoques mène à ce propos une enquête dans l’optique d’ « améliorer l’instruction des jeunes femmes », ainsi que « la prévention au choc toxique staphylococcique d’origine menstruelle ». Nul doute en revanche que cette question devra être considérée rapidement tant elle représente un enjeu majeur de santé publique.

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