En ce jour pluvieux, au fin fond de la campagne où je suis recluse, je tape le dernier opus de cette revue de presse internationale de juin. Pour le plaisir de tes yeux et dans l’espoir que le souffle vivifiant de l’actualité stimule tes neurones, bonne lecture !

“Administration Moves to Carry Out Partial Travel Ban”, Gardiner HARRIS, MICHAEL D. SHEAR and RON NIXONJUNE, The New York Times

 

© Jabin Botsford/The Washington Post / Getty Images
© Jabin Botsford/The Washington Post / Getty Images

Commençons par le plus ardu, pour se mettre directement au parfum. Sens-tu la délicate fragrance qui précède le conflit ? Plus vulgairement, ça sent le roussi entre le 45ème Président des Etats-Unis et la Cour Suprême.

Cet article du New York Times s’attelle à la tâche ingrate de détailler les nouvelles modifications que Trump souhaite apporter au « Muslim ban ». Celui-ci ayant été interdit par deux juges américains, la Cour Suprême s’est penchée sur le dossier et a autorisé un “Muslim ban” partiel : les personnes pouvant prouver qu’elles ont de « bonne foi » de la famille aux US, qu’elles étudient dans une université ou travaillent aux Etats-Unis pourront pénétrer dans le pays. Or, selon l’article, Trump semble vouloir aller à l’affrontement, et s’affranchir de toute condition posée par la Cour. En effet, il pose des modalités plus restrictives : les relations familiales de bonne foi se sont transformées en relations familiales proches. Ainsi, selon l’exemple donné, les parents et beaux-parents sont considérés comme de la famille proche mais pas les grands parents. Les demis sœurs/frères sont acceptés mais pas les neveux et nièces. Cela suscite donc les critiques de nombreux avocats qui pointent des choix « irraisonnables ». Selon Gadeir Abbas, avocat au Council on American-Islamic Relations, “autoriser un citoyen américain à rapatrier sa belle-mère syrienne mais pas son beau-frère ne va pas rendre les Etats-Unis plus sûrs”.  D’autre part, les journalistes soulignent l’opposition d’avocats, qui considèrent que le « ban » vise clairement les musulmans, ce que Trump a démenti.

Enfin, l’article note un problème majeur, qui semble inhérent à la façon de Trump d’administrer le pays : les perpétuels changements d’avis du Président. Ce qui pourrait conduire à un autre capharnaüm retentissant, rappelons-nous des problèmes insolubles des compagnies aériennes… Pour au final très peu d’efficacité prouvée ! Les journalistes rappellent utilement qu’aucun Américain n’a été tué par un ressortissant des six pays visés (Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) sur le sol national depuis… 1975.

“China says US decision to sell arms to Taiwan was wrong’”, Zhenhua Lu, Robert Delaney, the South China Morning Post, Hong Kong

 

© Hong Shaokui/CHINA NEWS SERVICE/VCG/Getty Images
© Hong Shaokui/CHINA NEWS SERVICE/VCG/Getty Images

Il n’y a pas que les six pays visés par le “Muslim ban” et les avocats des victimes qui sont irrités par M. Trump, il y a… Tremblez, l’Empire du milieu. Dire que Beijing a été outré par la vente pour 1,4 milliards de dollars d’armes américaines diverses à Taïwan est un euphémisme. Les divers officiels cités dans l’article critiquent vivement ce qu’ils voient comme une rupture de l’entente trouvée à Mar a Lago, la modeste chaumière de Donald Trump en Floride, dans laquelle il avait rencontré Xi Jinping. Washington tente de se justifier en prétendant qu’il n’y a pas de remise en cause de la politique de la Chine unique, établie après la reconnaissance de la RPC par Carter en 1979.

Il n’est pas étonnant que ce contrat provoque la colère de Beijing. Les journalistes pointent le fait que la Chine essaye depuis des décennies d’isoler Taiwan, qu’elle considère comme un territoire lui appartenant, usant de son pouvoir d’influence.

Que l’on se rassure, ce n’est pas ce contrat qui va provoquer la rupture des relations diplomatiques entre Beijing et Washington. Comme le souligne utilement le SCMP, depuis Carter, tous les présidents ont vendu des armes à Taipei, en accord avec le Taiwan Relation Act qui garantit le soutien américain à l’intégrité territoriale de l’île. Il a été signé en 1979, après la reconnaissance de la RPC. Le dernier contrat date de 2015, sous Obama.

Toutefois, au vu du peu d’amour que M. Trump a témoigné vis-à-vis de son voisin outre Pacifique durant la campagne, il serait regrettable que les nerfs des diplomates soient sans cesse mis à l’épreuve par de petites anicroches.

“Rosaires et armes automatiques, les combattants chrétiens de Raqqa”, Delil Souleiman, l’Orient le Jour, Liban

 

© Alice Martins for The Washington Post / Getty Images
© Alice Martins for The Washington Post / Getty Images

Passons des petites anicroches qui réjouissent les analystes (et moi) aux très très grosses anicroches, autrement dit la guerre en Syrie (ne fait-on pas plus bel euphémisme ?). L’article met en lumière le rôle des syriaques (une communauté chrétienne de Syrie, qui représente environ 10% de la population) dans le combat contre Daesh. Ils se battent au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS) depuis 2016.

Pourquoi Raqqa ? Parce que dans cette ville vivaient nombre de syriaques orthodoxes, qui ont été obligés de fuir ou de se convertir à l’islam lorsque Daesh a pris la ville en 2014.

« Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tend lui aussi l’autre. Mais moi si quelqu’un gifle ma joue droite, je lui mets une balle dans la tête » (un jeune combattant de 27 ans).

L’intérêt de l’article est qu’il met en valeur le combat d’une communauté chrétienne, qui est plus souvent présentée en fuite ou massacrée. Il est donc intéressant d’avoir un aperçu de cette communauté combattante, et de rompre le cliché qui consiste à considérer que seuls les kurdes et les arabes se battent.  

Ce sont, à mon sens, ce genre de petits articles très vivants, avec de nombreux témoignages, qui contribuent à donner un aperçu de la complexité des acteurs présents sur le terrain.

“France : Jean-Luc Mélenchon ready to stand up to Macron”, Kim Willshner, The Guardian, Royaume-Uni

 

PARIS, FRANCE - March 05: Politic Jean Luc Melenchon poses during a photo-shoot on March 05, 2017 in Paris, France. (Photo by Stephane Grangier/Corbis via Getty Images)
© Stephane Grangier/Corbis/Getty Images

Retour aux petites oppositions et aux bisbilles politiques françaises, qui semblent passionner nos voisins outre-Manche. Dans cet article du Guardian, Kim Willshner se demande où peut bien se situer l’opposition à un Président si consensuel. A l’Assemblée nationale, le seul opposant crédible est pour lui Jean-Luc Mélenchon. Certes, ce n’est pas avec ses 17 sièges sur 577 que le leader de la France Insoumise peut espérer avoir un quelconque poids sur les projets de loi, mais au moins ce groupe est uni, contrairement au PS et aux Républicains qui se déchirent entre opposants farouches et « Macron-compatibles ». Pour Olivier Rozenberg, professeur à Sciences Po, cité dans l’article, la faible opposition obligera au moins la majorité à se justifier, ce qui est important.

En revanche, Kim Willshner souligne, appuyé par de nombreux politologues cités, que l’opposition la plus forte ne sera pas à l’Assemblée, mais dans la rue.  Pour Dominique Reynié, si tôt que la lune de miel post-élections sera terminée, une opposition se formera, au moins dans les rues. Un avis que partage Bruno Jeanbart, le directeur adjoint d’Opinion Way. Selon Luc Rouban, politiste au CNRS, la situation française est « potentiellement explosive », puisque « l’opposition sera plutôt amenée à se manifester hors du parlement », donc sans cadre institutionnel pour espérer réguler les (d)ébats.

Enfin, le journaliste pointe que, pour Mélenchon, son principal allié est l’abstention record (57%), qui montre selon lui que le Président n’a pas de légitimité, et encore moins pour perpétrer son « coup d’Etat social ».

Notons que le journaliste n’a pas pu s’empêcher de relater les propos tout en finesse de M. Mélenchon à l’égard du drapeau européen et du « matheux ». Il semble que se régaler des stupidités des uns aide à oublier certaines alliances controversées dans son pays.

 

image de couverture : © ALEXIS DUCLOS/GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES