Il faut voir les images pour y croire. Le plateau semblait s’être transformé en salle d’interrogatoire, alors qu’autour de Danièle Obono, députée France Insoumise de la 17ème circonscription de Paris, circonvolaient des journalistes de RMC, pour l’occasion mués en accusateurs et lui reprochant d’avoir signé une pétition défendant des rappeurs ayant écrit :

Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes.

Ceux-ci avaient été mis en cause suite à une plainte de l’AGRIF, l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (cherchez l’erreur), une association d’extrême-droite. Et il faut voir ces journalistes s’acharner à lui faire dire « Vive la France », comme un slogan ancré si fortement dans les mémoires qu’il deviendrait réflexe, et donc, supprimerait toute réflexion. Comme un slogan, qui, sitôt qu’il serait contredit, déclencherait automatiquement une insurrection.

Capture d'écran © Les Grandes Gueules/RMC/BFM
Capture d’écran – danièle obonon – © Les Grandes Gueules/RMC/BFM

Son souci : sa couleur de peau !

Outre le fait que d’autres personnalités politiques aient signé cette pétition, à l’instar de Noël Mamère ou d’Eva Joly, on perçoit aisément que le principal problème de Madame Obono est d’être noire. Et s’il est déjà compliqué de critiquer si vivement la patrie des droits de l’homme pour des blancs, ça l’est encore plus pour des personnes issues de l’immigration, en particulier si elles sont noires ou arabes.

Or, attardons-nous un tant soit peu sur les paroles de la chanson mise en cause. « Nique la France » oui, mais nique la France pour quoi ? Pour une période précise de l’histoire, et pour des phénomènes économiques et sociaux précis, qui ont, effectivement, brisé nombres de vies. Faut-il alors vilipender ceux qui osent défendre la liberté de critique, vis-à-vis du passé ? D’autant que, comme le rappelle la pétition, nombre de chanteurs français, à l’instar de Renaud, ont pu avoir des propos injurieux à l’égard du drapeau, et que l’Hexagone ne s’est pour autant pas fissuré.  

Un passé difficile à assumer

Acceptons que le passé ne soit pas magnifique, et qu’il ne le sera jamais, malgré les interventions souhaitées des affabulateurs qui souhaitent ériger un « roman national » sur le dos de la « réconciliation » et du « vivre ensemble ». Le meilleur moyen de se réconcilier est d’accepter les erreurs du passé, au lieu de vouloir les effacer ou pis, de vouloir les métamorphoser en bonnes actions.

Pour panser les plaies, il faudrait certainement éviter de revenir sur ce genre de « polémiques » qui n’en sont pas, puisqu’il s’agit d’une défense de la liberté d’expression, et non pas d’une atteinte aux lois de la République. On me rétorquera qu’il s’agit d’une question morale : une députée de la République n’a pas le droit de défendre un propos tel que « Nique la France ». À ceux-ci, je leur recommanderai de relire mon article, puisque cette phrase est ancrée dans un contexte, et ne tombe pas du ciel.

L’appât du buzz

Ces rixes inutiles ne sont pas que le produit de nos crispations collectives, elles en sont par la même occasion un reflet. Alors, regardons-nous un instant dans ce miroir tendu, et essayons de réfléchir posément au fondement de cette affaire… pour voir qu’il n’y en a objectivement et rationnellement pas. Il est bien une chose révélatrice de nos crispations ordinaires, c’est l’inflammabilité des cœurs. Et il serait bon, à l’avenir, que cette inflammabilité ne soit pas titillée par certains journalistes avides de buzz.

image de couverture : photo de campagne libre