Much Politik est un magazine « indepondan et san concecion » sur internet qui compte plus de 80 collaborateurs dans le monde entier et 2 millions de lecteurs en 2015. Much Politik existe depuis exactement 3 ans. L’équipe est très active sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, sur Facebook mais également sur leur site sur lesquels nous pouvons retrouver les dernières publications.

Dans le cadre de la sortie du livre Much Politik en novembre 2016, j’ai décidé de rencontrer le rédacteur en chef de ce projet, Bill Vezay, pour en savoir un peu plus. Much Politik, ce sont 4 cases avec des dessins pas soignés qui traitent de sujets politiques avec humour et dérision, visibles sur tous les réseaux sociaux. Mais qu’y a-t-il réellement derrière tout cela ?

C’est autour d’un café que nous avons rapidement commencé à échanger, de la création du projet à la récente parution du livre.

Bill Vezay - Rédacteur en chef de Much Politik - © Naomi Kukansami pour L'Alter Ego/APJ
Bill Vezay – Rédacteur en chef de Much Politik – © Naomi Kukansami pour L’Alter Ego/APJ

Comment t’es venue l’idée ?

Il existe de petites bd sur internet, les Dolan Comics, qui sont des parodies des personnages de Disney. Ils ont des têtes horribles, disent des choses horribles, dépressives, mais c’était vraiment décalé, marrant. Alors, je me suis dit que je voulais faire la même chose, avec un thème général et j’ai pensé à la politique, sans raison particulière. Au début c’était juste pour moi et des amis, je ne pensais pas que d’autres personnes trouveraient ça drôle.

Que représente la sortie du livre pour toi ? Peut-on parler d’une forme d’accomplissement ?

C’est surtout marrant, parce que sur internet, on a des likes, des partages, c’est facile, c’est juste un clic, ça veut rien dire, alors que là, le fait qu’il y ait un vrai livre qui soit sorti, qu’il y ait des gens qui l’aient acheté, ça a un côté réel pour un truc qui est torché sur Paint, c’est bizarre, mais j’aime bien.

 

C’est surréaliste !

Y-a-t-il un message à travers votre ouvrage ?

Much Politik n’est pas un média militant, la politique est juste un thème. Au début, j’ai pensé faire quelque chose sur le domaine de la musique, mais je trouve les personnages moins drôles, à l’inverse de la politique. En plus, c’est pratique, pas besoin d’inspiration, l’actualité change tout le temps, pas à réfléchir, j’attends… Je suis partagé par tous les bords politiques. Much Politik ne défend pas d’idée politique particulière. La seule cause pour laquelle je milite au travers de Much Politik, c’est la liberté de la presse.

 

Je n’ai pas envie de prendre parti, j’ai juste envie de faire des choses qui me font rire. Si tu essaies de faire rire les autres, tu perds un truc, tu ne fais plus un truc pour toi, tu le fais pour les autres.

Quels sont tes projets futurs pour Much Politik ?

Je ne connais pas encore le succès du livre, je pense que ça a bien marché, on part sur un retirage. Dire qu’il y a du monde qui nous lit, à qui ça plaît, ça fait plaisir. J’avais lancé une page tipeee* en août, le but était de lancer d’autres projets en parallèle. J’aime bien utiliser d’autres « trans-médias** ». C’est pourquoi, il y a un projet de jeu vidéo en préparation qui nécessite encore quelques finalisations.

Pourquoi les illustrations sont-elles aussi simplistes ?

Gêne de l’auteur, qui laisse ensuite place à un sourire.

Tout simplement parce que je ne sais pas dessiner. Je ne me bloque pas derrière le fait que je ne sais pas dessiner, j’essaye de passer directement de l’idée à la réalisation. C’est un style graphique : c’est pixélisé, même le style d’écriture, toutes les fautes ne sont pas voulues, c’est comme ça. Les gens sont vite reconnaissables, c’est marrant. Finalement, je suis plus storyboarder que dessinateur. Maintenant, je maîtrise Paint à la perfection… Je ne sais pas si je peux mettre ça sur mon CV ?

Y-a-t-il une certaine forme de militantisme dans ton travail puisque vous utilisez l’humour pour parler d’un sujet sérieux, la politique ?

Dans le livre, il y a une fiction longue, c’est une démarche de créer une histoire. Le fait qu’il y ait de la politique, c’était un hasard, mais aujourd’hui il y a une grande rédaction derrière. Dans ma démarche, il n’y a pas de militantisme.

La démarche est vraiment de raconter des histoires rigolotes, c’est vraiment tout ?

Des fois c’est vrai que l’on veut exagérer des personnages, mais la réalité dépasse souvent la fiction. Si j’avais fait une chronique là-dessus, personne ne m’aurait cru, alors que maintenant c’est devenu la réalité. Par exemple, au sujet de la victoire de Trump, on avait fait une chronique deux jours avant où l’on présentait sa victoire, c’est un travail de fond de nos experts.

Penses-tu que ton regard sur la politique a un rapport avec ton âge ?

Ouais, le fait que ça soit moqueur, de l’humour complètement absurde et décalé. C’est des punchlines, des têtes, des trucs sur les malaises, les silences, les énormes zooms sur les têtes des gens. Propre de la jeunesse, peut être pas, mais en tout cas l’humour actuel des jeunes. Peut-être que d’ici 50 ans ça sera un humour de vieux.

 

C’est un peu de l’humour internet je dirais

Penses-tu constituer une plus grande équipe ?

On est déjà 80 dans l’équipe, je ne suis pas que le rédacteur en chef, mais aussi le porte-parole. Beaucoup travaillent dans l’ombre, pour qu’ils soient protégés contre les pressions médiatiques et politiques, c’est important. Il y a aussi des gens qui me proposent des chroniques orientées que je ne peux publier.

Penses-tu traiter d’autres sujets à l’avenir ?

Much Politik, ça reste de la politique, pour dénoncer, sans concession. Finalement, on ne dénonce personne, si on dénonce tout le monde. On dénonce tout. En fait, je ne suis pas sûr que l’on dénonce vraiment. On invente des situations, c’est un petit peu romancé. Même si l’on s’inspire de situations réelles.

Aurais-tu un conseil, pour quelqu’un qui aimerait se lancer dans cette expérience, publier son travail ?

Ce serait de ne pas essayer de faire rire les autres, mais de se faire rire soi-même avant tout. Dès que tu commences à réfléchir à ce qui fait plaisir au public, tu rates tout, tu ne crées plus, tu fais du « fan service », tu ne fais que donner au public ce qu’il veut. Il faut se faire plaisir avant tout, c’est pour ça que les gens sont venus.

Il reprend la phrase d’accroche « La liberté de la presse s’use quand on ne l’utilise pas » – Le Canard Enchaîné

Penses-tu que Much Politik a le même rôle qu’un autre média ? Comme Le Monde par exemple ?

Parfois, il y a des gens qui me disent qu’ils apprennent des sujets d’actualités à travers Much Politik. Quoiqu’on en dise, Much Politk est un média puisqu’il traite de sujets d’actualité avec un ton unique. Même si ce sont des chroniques humoristiques, on traite d’actualité, les gens s’y intéressent, et peuvent en débattre.

 

Muck Politik - © Naomi Kukansami pour L'Alter Ego/APJ
Muck Politik – © Naomi Kukansami pour L’Alter Ego/APJ

 

Malgré nous, Much Politik est devenu un média.

Cela donne une certaine liberté à Much Politik ?

Oui c’est ça, on ne veut pas écrire pour rien. Déjà, lorsqu’on a choisi de publier que deux fois par semaine, on a beaucoup hésité, on était un peu dubitatif. Ça a forcé à avoir un rythme, au début de Much Politik, on pouvait publier trois fois par jour, après il y avait plus rien pendant peut-être deux semaines. On ne voulait pas se forcer à sortir des planches. Pour l’instant, on a des idées, alors ça va.

L’interview s’est terminé par des remerciements aux lecteurs et aux chroniqueurs.

*Tipeee est une plateforme de financement participatif qui permet aux créateurs de gagner de l’argent grâce à des formes de pourboires.

** Fait d’utiliser d’autres médias comme outil de travail et de diffusion, permettant parfois de développer d’autres potentialités d’une création.

image de couverture : © Much Politik