Quoi de mieux que le deuxième volet de la revue de presse internationale pour mettre à contribution son cerveau et sortir définitivement d’une grasse matinée brumeuse ? Pour la deuxième semaine consécutive, je vous propose de faire un modeste tour de l’actualité mondiale de la semaine, en résumant quatre articles parus dans la presse étrangère.

London Evening Standard newspapers feature the headline about Donald Trump's inauguration, on the day of he was made 45th US president, on 20th January, at Oxford Circus, London borough of Westminster, England. The folded copies show his face and that of his wife, Melania Trump. (Photo by Richard Baker / In Pictures via getty Images)
© Richard Baker / In Pictures via Getty Images

“Special counsel is investigating Trump for possible obstruction of justice, officials say”, Devlin Barrett, Adam Entous, Ellen Nakashima et Sari Horwitz, The Washington Post, Etats-Unis

C’est une “story” qui ne finit pas de défrayer la chronique. Décidément, M. Trump, star de la télé-réalité devenu un beau jour Président de la première puissance mondiale, cache sous sa mèche blonde parfaitement gominée des liens douteux avec la Russie. Le Washington Post révèle cette semaine qu’un procureur spécial, Robert S. Mueller a été nommé pour enquêter sur des liens présumés noués pendant la campagne entre M. Trump et M. Poutine – ce dernier étant parallèlement accusé d’avoir voulu influer sur des résultats électoraux, en France et aux Etats-Unis. Pour les auteurs, il s’agit d’un tournant majeur, d’autant qu’il semblerait que M. Mueller enquêterait également sur d’éventuels actes d’obstruction à la justice, commis par M. Trump.

Selon le quotidien américain, le procureur a décidé d’interroger Daniel Coats, l’actuel directeur du renseignement national, Mike Rodgers à la tête de la NSA (National Security Agency) et Richard Ledgett, l’adjoint de ce dernier. Il rassemblerait également les écrits de James Comey, l’ancien président du FBI limogé par M. Trump, ainsi que ceux de certains proches

Les révélations du Washington Post sont troublantes : M. Trump aurait demandé en aparté à M. Coats, à la suite d’un meeting avec des officiels d’autres agences de renseignements, d’abandonner l’affaire concernant les liens de Michael Flynn (ancien conseiller à la sécurité) avec la Russie. Avant cela, M. Trump avait demandé à Comey de déclarer publiquement que le Président n’était pas visé personnellement par l’investigation, ce que le directeur du FBI a refusé. Quelques jours après le meeting, M. Trump a demandé, lors d’une conversation par téléphone à MM Coats et Rodgers séparément, de déclarer qu’il n’y avait aucune preuve de coordination entre sa campagne et le gouvernement russe. Ce qu’ils ont refusé de faire. S’il n’est pas clair que M. Ledgett eut ou non des contacts avec M. Trump directement, il aurait en revanche écrit un memo sur la conversation téléphonique entre Rodgers et le Président. D’où les soupçons sur d’éventuelles obstructions à la justice, en sus de délit financiers présumés.

D’autre part, M Comey a déclaré la semaine dernière être certain que son renvoi n’était pas dû à l’enquête sur les emails d’Hillary Clinton, mais bien aux préoccupations du Président sur l’enquête russe. Et si au début de l’affaire, M. Comey avait assuré que M. Trump n’était pas visé personnellement, il semble aujourd’hui, selon les informations du journal, que les accusations soient davantage concentrées sur la personne du Président.

Ce qu’il faut surveiller : 

Les investigations du procureur spécial et les unes des journaux américains. Nul doute que ceux-ci, tant critiqués par le nouveau président, se feront une joie de relater ses délicatesses avec la justice.

« Emmanuel Macron’s Unfettered Powers” par les éditorialistes du New York Times, Etats-Unis

©Ulrich Baumgarten via Getty Images)
© Ulrich Baumgarten via Getty Images

On a les leaders qu’on peut et pas toujours les leaders qu’on veut… Visiblement lassés de commenter les bourdes et autres preuves d’amateurisme de leur Président, les éditorialistes du New York Times ont co-écrit un article exposant leurs inquiétudes au sujet du nouveau Président français. A juste titre.

S’ils s’étonnent de l’incroyable épopée de l’ex-ministre de l’Economie, devenu Président après avoir créé son parti il y a tout juste 13 mois, ils soulignent l’abstention (taux le plus élevé depuis la fondation de la Vème République) et le manque d’enthousiasme des électeurs français, qui ont amoureusement boudé le premier tour des élections législatives. Et avec le raz de marée « The Republic on the move » à l’Assemblée, les auteurs de l’article craignent que le nouveau Président abuse de la grande marge de manœuvre que les urnes lui ont donné.

Le domaine de la sécurité intérieure est particulièrement source d’inquiétude pour le quotidien new-yorkais. L’éditorial critique vivement la légalisation d’un état d’urgence permanent, notamment du fait de l’absence de contrôle judiciaire voulu par le Président Macron. Cette normalisation d’un état de fait supposé ponctuel aurait de graves conséquences sur les libertés fondamentales des citoyens français. D’autant plus que, selon eux, on ne peut pas invoquer le vieil adage « un mal pour un bien », puisque ces mesures seraient le plus souvent inefficaces.

Seul contrepouvoir évoqué dans l’article : le Conseil Constitutionnel, qui doit jouer pleinement son rôle. Dans le cas contraire, la France deviendrait « république répressive » et un « abus de pouvoir de l’exécutif » serait à déplorer. Nul doute que les Américains savent de quoi ils parlent en matière de respect de la vie privée et des libertés individuelles…

Ce qu’il faut surveiller :

La mise en place des mesures sur la sécurité intérieure par M. Macron.

Ce qui est instructif :

Lire les articles sur la France dans les médias étrangers.

“Puigdemont anunciará la fecha y pregunta del referéndum el viernes”, Dani Cordero, El País, Espagne

©Matthias Oesterle/Corbis via Getty Images)
© Matthias Oesterle/Corbis via Getty Images

Partons en Espagne à présent, où l’Etat central a décidément fort à faire avec le trublion catalan, qui a décidé de défier une nouvelle fois Madrid. La date du nouveau référendum sur l’indépendance de la Catalogne a été communiquée ce vendredi, à la suite d’une déclaration du président de la communauté autonome de Catalogne, Carles Puigdemont. Il devrait se tenir le premier dimanche d’octobre.

Avant de détailler l’article, quelques éléments de contexte. Les indépendantistes sont majoritaires au Parlement catalan, avec 72 députés sur 135, rassemblés dans une coalition nommée « Ensemble pour le oui » regroupant la ERC (Gauche républicaine de Catalogne), le PDeCat (Parti Démocrate européen catalan, libéral et indépendantiste) entre autres, ainsi que la CUP (Candidature d’unité populaire, gauche radicale, indépendantiste). Le référendum est illégal, selon le Tribunal Constitutionnel, parce que l’Espagne est un pays fédéral, et qu’il n’y a qu’un seul Etat espagnol.  Malgré cela, une consultation populaire a été tenue en novembre 2014, sous la présidence d’Artur Mas. Les catalans se sont prononcés à 81% en faveur de l’indépendance, avec 33% de participation seulement. Cette consultation fait suite à l’annulation par le juge de la possibilité de tenir un référendum sur l’indépendance catalane.

L’article d’El Pais présente bien les différents arrangements entre les députés des différents partis indépendantistes et l’exécutif catalan. L’exécutif tente d’avoir l’appui des différents groupes en négociant jusqu’à la formulation de la question, puisque le PDeCat  souhaiterait voir apparaître « Etat », alors que la ERC et la CUP  préfèrent « République ». Pendant ce temps, l’Etat espagnol analyse toutes les possibilités pour porter un recours devant la justice. Le journaliste s’interroge sur la capacité de l’exécutif catalan de maintenir le processus référendaire. Dans le cas contraire, il est probable que le pouvoir central tente de trouver une solution de sortie au problème, en collaborant avec Barcelone. Au final la question sera : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant, de forme républicaine ? » Une bonne façon de concilier les exigences des différents partis indépendantistes.  

Ce qu’il faut surveiller : 

La décision du juge sera normalement la même que pour le premier référendum. Reste à savoir si la réaction de l’exécutif catalan sera différente.

« Le voyage », Ecrit par Sana Sbouai, réalisé par Malek Khadhraoui, développé par Aymen Jerbi, Inkyfada

Pour finir, un article dont je parle souvent, qui exploite les extraordinaires potentialités du web, au service du journalisme de long cours, caractéristique du site web Inkyfada. Il présente une carte du monde interactive, chaque point matérialisant un exil, l’histoire d’un réfugié. L’intelligence de l’auteur et de n’avoir pas consacré son article aux seuls réfugiés syriens, ultramédiatisés. On y évoque avec simplicité des hommes et femmes de toutes les provenances. A parcourir d’urgence.

Ce qu’il faut surveiller :

Toutes les initiatives qui prouvent que le journalisme a, grâce au web, beaucoup d’avenir. Alors faisons taire les mauvaises langues qui prédisent sa disparition.