En cinq mois à la tête des Etats-Unis, jamais un président n’avait autant tenu ses promesses que Donald Trump. Après le rapidement rejeté Muslim Ban, après ses attaques à l’ObamaCare, le 45e président américain semble, ces derniers jours, vouloir mettre en avant son incompétence, avec l’aide de la presse et du FBI.

© Tom Williams CQ Roll Call / Getty Image
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« You’re fired ! »

Une étonnante éviction

Avant de prendre la tête de l’État en janvier dernier, Donald J. Trump était un puissant homme d’affaire mais également le très populaire présentateur de l’émission « The Apprentice ». Il était alors chargé, au gré des épisodes de renvoyer par le très célèbre « You’re fired ! » les plus mauvais candidats. Rôle qui semble aujourd’hui lui manquer, puisque le 9 mai dernier, le président du FBI, James Comey, s’est vu renvoyer de manière toute aussi subtile. Ce dernier a en effet appris son limogeage en même temps que tout le pays, à la télévision, croyant d’abord à une farce. En l’absence de tout renseignement de la part de la Maison Blanche, ce renvoi est une surprise totale pour le FBI. Il l’est d’autant plus que l’agence judiciaire et ses directeurs sont tellement respectés aux Etats-Unis qu’il n’y avait eu jusque là qu’un seul renvoi, en 1993, sous Bill Clinton.

Les raisons de cette décision sont alors floues. Officiellement, elle répond au conseil du ministre de la Justice, Ben Jacob, qui reproche à James Comey son traitement de l’affaire des mails d’Hillary Clinton, pendant la course à la présidence. Or, le ministre condamne l’annonce de la clôture de l’enquête puis sa réouverture onze jours seulement avant les élections… ce qui selon Hillary Clinton avait favorisé la victoire du Républicain.

D’autres explications sont donc très vite suggérées : James Comey était chargé d’une enquête sur les potentiels liens entre l’équipe de campagne de Trump, plus particulièrement le conseiller Michael Flynn, et le Kremlin. Enquête qui pourrait, comme l’indique ce renvoi, porter préjudice au Président Trump. Cette version des faits, défendue par les démocrates inquiets de ne pas voir l’enquête aboutir, a finalement été reconnue le 11 mai par Donald Trump lui-même. Sur la chaîne de télévision NBC, il admet avoir demandé à Comey si une enquête sur sa personne était en cours. Cet aveu dévoile que le président peine à gérer la situation, ou ne s’était pas rendu compte de l’impact d’une telle décision. Un manque de sérénité qu’il ne manque pas d’afficher sur Twitter dès le lendemain, en adressant à James Comey un message sans équivoque.

James Comey ferait bien d’espérer qu’il n’existe pas d’enregistrements de nos conversations avant qu’il ne commence à faire des révélations à la presse !

Cette gestion compulsive de l’événement, assez caractéristique du Président, laisse penser qu’au 20 janvier 2017 il est passé de présentateur à… « Apprentice ».

Rouges soupçons

Le 16 mai, le New York Times relance l’affaire en publiant des notes prises par James Comey lors d’une entrevue avec Donald Trump. Des notes, James Comey, en écrivait systématiquement depuis l’élection du président, par malaise, pensant qu’elles pourraient être utiles en cas de litige. Son intuition d’agent fédéral permet aujourd’hui d’accabler un peu plus M.Trump en révélant son souhait de classer l’enquête portant sur les relations de Michael Flynn avec la Russie.

Les notes publiées rapportent les propos tenus par le président le 14 février, soit le lendemain de la démission forcée de Michael Flynn, entre les murs du bureau ovale. Après une réunion, celui-ci aurait demandé à son vice-président et au ministre de la Justice de le laisser seul avec James Comey. Il lui aurait alors glissé :

J’espère que vous pourrez trouver un moyen de passer à autre chose, de laisser Flynn tranquille ? C’est un bon gars.

Ces propos, visant à influencer une procédure judiciaire, font scandale puisqu’ils forment une obstruction à la justice. Un tel comportement est intolérable de la part d’un président, ce que ne manque pas de souligner John McCain, candidat républicain à la présidence en 2008, en comparant l’importance du scandale à celle du Watergate.Néanmoins, la Maison Blanche dément toute pression et assure que

le président a le plus grand respect pour les agences de sécurité et leurs investigations.

Pourtant après ce 14 février, James Comey avait étrangement fini par concéder que Flynn était un homme bien… Les soupçons quant à l’influence russe sur la présidence sont alors de plus en plus fondés. D’autant plus que la visite du Ministre russe des Affaires étrangères à la Maison Blanche, le dimanche 14 mai, avait elle aussi apporté son lot de rebondissements. C’est cette fois-ci dans les pages du Washington Post daté du 15 mai, que le président est accablé. À force de narcissisme et par fierté de détenir des informations secrètes, Donald Trump n’aurait pas su tenir sa langue, révélant ainsi, sans raison, des données confidentielles à la Russie. La nouvelle ascendance russe sur les Etats-Unis semble alors indiscutable. Nul besoin d’espions ou de subtiles discussions, les renseignements que pourrait rechercher le Kremlin lui sont livrés sur un plateau. Ce que le Time Magazine ne manque pas d’illustrer en couverture de son numéro du 18 mai.

Le temps de la fuite (forcée ?)

Alors qu’il y a quelques jours, le limogeage du directeur du FBI semblait en lui même irréaliste, la situation n’a cessé de prendre de l’ampleur, et toujours du côté de l’inattendu. Aggravant sa position de jour en jour le président Trump semble aujourd’hui plus en danger que jamais. C’est alors au milieu de cette crise qu’il quitte pour la première fois la Maison Blanche, dans un voyage de quelques jours débutant au Moyen-Orient et s’achevant en Europe par la réunion du G7 à Bruxelles. Ce périple présidentiel ressemble fort à une fuite, ou du moins à une opportunité inespérée pour Trump de redorer son blason. Il espère sans doute, lors de ces différentes visites, faire oublier ses erreurs passées mais surtout faire passer aux parlementaires l’envie de lancer une procédure de destitution, appelée Impeachment.

Ainsi, c’est avec cette épée de Damoclès qui pèse au dessus de sa tête que le 45e président des Etats-Unis se lance de l’autre côté de l’Atlantique, dans une course (perdue d’avance ?) à la crédibilité.

image de couverture : © Tom Williams CQ Roll Call / Getty Image