Le jeudi 18 mai, C8 diffusait dans l’émission Touche Pas à Mon Poste un canular téléphonique durant lequel Cyril Hanouna piège des homosexuels via une annonce internet. En quelques jours, le CSA a reçu près de 20 000 signalements et les associations de défense des droits LGBTQ+ ont sévèrement condamné le « jeu » auquel s’est adonné le présentateur. Hanouna ne s’est pas rendu compte de l’enjeu de son canular. Peut-être n’y-a-t’il tout simplement pas réfléchi ? Le problème est que, sans s’en rendre compte, il s’est adonné à une forme d’homophobie ordinaire, humiliante et réductrice pour la communauté homosexuelle.

©Stephane GRANGIER/Corbis / Getty Images
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Mea culpa ?

Au-delà du rejet et de la haine vis-à-vis des homosexuels, l’homophobie passe également par les préjugés et les moqueries qui visent ces derniers. Même si dans une partie de la société française, l’homosexualité est acceptée, ce n’est pas une généralité. Dans une lettre ouverte publiée le 23 mai dans Libération, le présentateur présente ses excuses et dit avoir pris conscience que l’homosexualité restait tabou dans certains milieux.

[…] aujourd’hui, en France, des homosexuels souffrent encore trop du rejet.

Certaines personnes n’osent pas révéler leur orientation sexuelle de peur d’être exclus, de subir des moqueries voire des violences. S’assumer en tant qu’homosexuel implique d’accepter de vivre avec les préjugés concernant l’homosexualité et parfois d’en être victime. Hanouna, en s’adressant à ses interlocuteurs avec une voix volontairement plus aiguë, plus efféminé, véhicule des clichés, malheureusement ancrés dans l’imaginaire collectif.

Je ne me suis pas mis à la place des personnes que j’associais à mon canular.

Canular ?

Il est clair que tout l’effet comique du canular reposait sur la sexualité des personnes piégées, qui, rappelons-le, étaient des hommes et des femmes. Or, définir une personne par sa sexualité revient à oublier sa personnalité, son caractère, ses ambitions… On se focalise sur ses désirs et on omet tout le reste. Parler d’une personne en commençant par préciser sa sexualité est un geste réducteur, insinuant que cet aspect surplomberait tout le reste. C’est ce qu’Hanouna a fait, exposant à une heure de grande écoute l’intimité, les désirs des piégés. La sexualité est personnelle, chacun en fait ce qu’il veut avec, la dévoile comme bon lui semble et s’il décide d’en faire une affaire publique alors c’est un choix.

Tous impliqués !

Ce qui est également choquant dans cette séquence est peut-être le fait que l’ensemble des chroniqueurs se moquent des personnes piégées et de leurs remarques à caractère sexuel. L’image vis-à-vis de la sexualité qui en ressort est d’autant plus intolérante et humiliante.

[…] pour que recule l’insupportable exclusion .

Le CSA a finalement sanctionné l’émission pour cette séquence (ainsi qu’une autre, plus ancienne) et lui a imposé trois semaines sans publicités. La réaction d’Hanouna face à cette sanction laisse penser que le présentateur a totalement oublié son mea culpa. Selon lui le CSA a aveuglément et injustement puni son émission. Oubliées les excuses et la prise de conscience sur l’homophobie.

Hanouna homophobe ?

Le présentateur apprend à ses « chéris » à rire de tout. Dans cette séquence extrêmement maladroite, il leur apprend à rire de l’homosexualité, à s’en moquer et ce à une heure de grande écoute. Chaque personne qui ne comprend et ne connaît pas les difficultés de certains homosexuels à s’assumer vont continuer à véhiculer ces clichés. Autant vous dire que l’acceptation de l’homosexualité dans notre société n’en sera pas facilitée. C’est là l’aspect vicieux de ces moqueries : on pense rire librement d’un sujet et ne pas avoir de tabous alors que pour certains, ces moqueries attisent la haine et le rejet de l’autre.

L’homosexualité n’est plus une maladie !

Rappelons que ce n’est que depuis 1981 que l’homosexualité n’est plus reconnue comme une maladie en France et que le mariage homosexuel n’est autorisé que depuis 2013. Même si les droits des LGBTQ+ sont en voie de démocratisation, tout le monde n’est pas sensibilisé à cette cause. Hanouna a voulu rire de l’homosexualité devant et avec la France entière, or comme disait Desproges : « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». Et dans ce cas, pas devant n’importe qui. 

image de couverture : © Stephane GRANGIER/Corbis / Getty Images