Oyé, oyé, voici le premier opus de cette série de revues de presse internationale. Afin de pallier la tendance très franco-française à se replier sur son nombril, let’s see ce qui se passe ailleurs, et pour une fois, pas grâce aux pages internationales du Monde. Je vous emmènerai avec délice découvrir des médias inconnus et des actualités obscures, dans le but naturellement de pouvoir impressionner tes potes les plus bobos.

FRANCE - NOVEMBER 10: A Review Of Papers After The Failed Announcement Of U.S. Presidential Run Results On October 11Th, 2000 In Paris, France. (Photo by Alexis DUCLOS/Gamma-Rapho via Getty Images)
Photo by Alexis DUCLOS/Gamma-Rapho via Getty Images

« Pourquoi l’axe Riyad-Abu Dhabi-Le Caire tord le bras du Qatar », L’Orient Le Jour, Liban : ici

On commence par le plus complexe : la crise diplomatique entre l’Arabie Saoudite et le Qatar. Si vous n’avez rien compris, cet article du quotidien libanais l’Orient Le Jour va éclairer votre lanterne. Anthony Samrani décrypte la crise. D’abord, un petit détour par l’histoire : les rivalités sont anciennes. Le Qatar tente de s’extraire, depuis le milieu des années 90, de la « tutelle » imposée par Riyad, qui se rêve en chef de file des pétromonarchies du Golfe. Cette différenciation passe par des choix antagonistes en matière de politique diplomatique. Doha, capitale du Qatar, est plus proche de Téhéran et ne veut pas participer à cette guerre par proxy que se livre les deux chefs de file des blocs sunnite et chiite de la région. De plus, Riyad, capitale du royaume d’Arabie Saoudite, et consorts soutiennent le général Haftar en Libye tandis que Doha a pris le parti des islamistes. L’Arabie Saoudite et l’Egypte détestent la confrérie islamiste des Frères Musulmans (l’actuel dictateur égyptien, le maréchal Al-Sissi, a renversé un gouvernement qui les incluait) alors que le Qatar les soutient. La question étant : pourquoi la crise s’est-elle déclenchée maintenant ? Le journaliste explique cela par une lente dégradation des relations, depuis une précédente rupture en mars 2014 (le Qatar était finalement rentré dans le rang). D’autre part, le journaliste souligne le timing propice avec le soutien inconditionnel de Trump à Riyad.

Ce qu’il faut surveiller :

la position de l’Iran. Téhéran s’est d’ores et déjà placé en médiateur, dans le but de tendre la main à Doha. Mais avec les attentats islamistes du 7 juin, l’ayatollah Khamenei a durci le ton à l’encontre de Riyad et de Washington, dénonçant leur manque de réaction, alors que l’Iran souhaiterait une coopération globale contre le terrorisme.

Photo by: Eye Ubiquitous/UIG via Getty Images
© Eye Ubiquitous/UIG / Getty Images

« Les plaies ouvertes du Rif », El Periódico, Espagne : 

On parlait Machrek, zone de l’Orient arabe, parlons donc Maghreb. La crise du Rif (dans le nord du Maroc) continue. Peu médiatisée en France, El Periódico y consacre un excellent article, qui résume bien une situation complexe : 

Beatriz Mesa met en avant plusieurs éléments : la pauvreté de la région, traditionnellement contestataire. Ajoutez à cela un leader anti-impérialiste des années 50, Abdeldrim El Hattabi, et un homme qui s’en inspire actuellement, Nasser Zafzafi, vous avez une poudrière. Dans les années 1960, Hassan II, Roi du Maroc de 1961 à 1999, avait choisi une répression dure, et la militarisation de la région avec l’installation de bases militaires. L’actuel roi Mohammed VI a choisi d’aller dans le sens des Rifains mais les plans d’investissements restent insuffisants. La nouvelle vague de manifestations a été déclenchée par la mort d’un vendeur de poissons, Mouhcine Fikri, dont la marchandise avait été confisquée par les forces de l’ordre. L’article souligne utilement le commerce de hachich qui rapporte aux élites (seulement) et créé une économie parallèle, seule voie d’enrichissement pour le moment.

Ce qu’il faut surveiller : 

la politique entreprise par Mohammed VI pour enrayer le conflit. Pas sûr que passer toutes ses vacances dans le Rif soit suffisant.

Photo by Antoine Gyori/Corbis via Getty Images
© Antoine Gyori/Corbis / Getty Images

« Je l’admets : je me suis trompée au sujet de Jeremy Corbyn », The Guardian, Royaume-Uni : ici

Puisque nous parlons plaies, parlons élections législatives. Nos voisins outre-Manche ont été appelés aux urnes ce jeudi, après la dissolution de la Chambre des Communes par Theresa May. Tout cela dans le but de s’assurer une majorité solide pour commencer les négociations sur le Brexit. Sauf que… le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn a fait une percée spectaculaire et a gagné 30 sièges. Les conservateurs doivent se contenter d’une majorité relative, et absolue s’ils s’allient avec les Irlandais unionistes, pro-Brexit (DUP). Comme aurait professé un célèbre insoumis, à 600 000 voix près…

Ayesha Hazarika, journaliste du Guardian, revient sur cette percée du Labour, et sur sa perception de Corbyn, qu’elle avoue avoir beaucoup critiqué.  

Le leader travailliste a réussi, selon elle, à remettre sur le devant de la scène politique des thématiques chères aux citoyens britanniques, comme les frais de scolarité et de santé exorbitants. Il a proposé un programme d’une gauche radicale, ce qui n’est pas sans provoquer de dissensions au sein du parti, mais qui a pour mérite de remettre en question la série de politiques d’austérité mises en place après la crise, qui n’ont pas tant porté leurs fruits. Enfin, elle souligne l’engouement et l’espoir que ce vote a fait naître. Après les attentats de Manchester et de Londres, ça fait du bien.

Ce qu’il faut surveiller :

les dissensions au sein du Labour. On ne leur souhaite pas un scénario à la française.

« Les roses sont rouges, les violettes sont bleues ; la poésie-robot vous parle-t-elle ? », The South China Morning Post, Hong-Kong : ici 

Pour finir, l’histoire insolite de la semaine : des robots ont écrit des poèmes, ce qui n’est pas sans rendre perplexes les intellectuels hongkongais. 

Si certains sont enthousiasmés par la création d’un « nouveau monde », vu à travers les yeux de non-humains, d’autres s’indignent devant le manque de sensibilité et le creux de certaines formules. Pas assez humain pour être beau ?

Ce qu’il faut surveiller :

la sortie de la prochaine revue de presse internationale.

Image de couverture : Photo by Alexis DUCLOS/Gamma-Rapho via Getty Images