C’est au conservatoire de Créteil que la députée et ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira a été accueillie par les fervents socialistes de la ville-préfecture du Val-de-Marne (94), à quatre jours du lancement des élections législatives françaises.

 

©Bash/APJ
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Taubira, au secours !

Premier orateur de la soirée, le maire de la ville Laurent Cathala, en fonction depuis mars 1977, a su réaffirmer l’ancrage socialiste de la ville, mais aussi mettre en garde ses électeurs quant à la menace des candidats Républicains, Frontistes et de La République En Marche !. En effet, les profondes lésions zébrant la gauche françaises se font ressentir tant chez les électeurs que chez les représentants au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron.

De curieuses élections…

« Curieuses élections », comme le fait remarquer Axel Urgin, pour le camp où doivent coexister différentes sensibilités toujours plus hostiles les unes avec les autres. C’est pourquoi le choix de Christiane Taubira pour rassurer l’électoral du Val-de-Marne semble couler de source ; force tranquille de l’opposition qui s’agrège petit à petit face au tsunami En Marche ! à venir, la députée a su s’élever au-dessus des intérêts particuliers pour porter un regard critique sur la situation de son parti, mais aussi de celui du Président.

 

La gauche est apparue plus divisée que jamais dans les bouches des deux candidats du Val-de- Marne, Olivier Place et Axel Urgin, mais aussi dans celle du maire de Créteil. Le premier qualifiant Emmanuel Macron de « Président le plus mal élu de la Vème République », le second accusant Jean-Luc Mélenchon, chef de file des Insoumis, d’avoir pour projet de détruire le Parti Communiste et le Parti Socialiste, et le dernier insistant lourdement sur les multiples trahison subies par les membres du parti durant le quinquennat Hollande et la campagne présidentielle, la tension était à son comble pour ces grandes figures de la politique de l’Est parisien.

Un sursaut d’espoir pour la gauche

Malgré le rappel des succès et combats de Christiane Taubira lorsqu’elle exerçait les fonctions de Garde des Sceaux, on a pu sentir le poids du ressentiment des Français quant au bilan de François Hollande et de son gouvernement. Les valeurs de la gauche auraient été gravement atteintes avec des mesures comme la déchéance de nationalité, la loi El Khomri, ou la canalisation de l’accueil des réfugiés, comme l’a rappelé Laurent Cathala. Ce dégoût affiché d’un gouvernement n’ayant pas été à la hauteur des idéaux de gauche – « Tant qu’il y aura des inégalités, il y aura des socialistes », a d’ailleurs rappelé Axel Urgin – prouve bien que le combat des législatives est amère, pour le Parti Socialiste ; comment faire confiance à des dirigeants qui ont accéléré la crise démocratique ayant mené à la remise en question du principe même de parti politique en France ?

 

Christiane Taubira a pourtant relevé le défi fondateur que serait cette élection. En effet, même si une majorité présidentielle est souhaitable pour éviter le même scénario qu’en 1993, lors de la deuxième cohabitation qui a d’ailleurs été rappelée à maintes reprises par Laurent Cathala et Christiane Taubira, alors députés fraîchement élus à l’Assemblée, le risque serait de voir cette même Assemblée se transformer en « Assemblée générale » selon les mots de Madame Taubira. L’adhésion au parti du Président Macron serait sans conviction, purement opportuniste, dans le seul but de faire passer en silence et sous silence les modifications fondamentales des lois françaises les plus anciennes.

#TouchePasAuCodeDuTravail

C’est le Code du Travail qui a été le plus évoqué ; Christiane Taubira a rappelé son histoire, faite des combats des travailleurs et travailleuses depuis le début du vingtième siècle. « Si vous avez aimé la loi El Khomri, vous adorerez les directives Macron », déclare Axel Urgin avec sarcasme face à un auditoire pendu aux lèvres des quatre orateurs. Si les avancées sociales permises par le gouvernement socialiste de François Hollande, comme le Mariage pour tous, ne seront pas mises en danger, ce n’est pas le cas du droit des travailleurs français. C’est pour cela notamment que Madame Taubira insiste sur l’importance de l’historicité du Code du Travail ; c’est « le produit de l’histoire ».

 

Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit

 

clame Madame Taubira face à la salle comble, rapportant les mots du religieux Henri Lacordaire. La protection des opprimés, c’est le socle fondateur du Parti Socialiste, ce que la députée n’a pas manqué d’évoquer. Et si « la diversité de notre société est un bonheur permanent », le PS a eu bien du mal à conjuger politiques efficaces et diversité des Français. Le scénario catastrophe des élus socialistes, ce serait de voir arriver ces Marcheurs portant des oeillères quant à la particularité de chaque travailleur français, jugeant le Code du Travail trop épais et trop contraignant pour les entreprises.

La fronde face à La République En Marche !

Mais Christiane Taubira ne se laisse pas atteindre ; entre ton badin et plaisanteries légères, elle déride l’assemblée qui l’écoute attentivement en évoquant la francophonie, la littérature, son amour pour la culture française qui, selon elle, rend le monde « plus intelligent et plus intelligible ». Elle porte avec ferveur ses passions aux oreilles des électeurs, et promet loyauté à ceux-ci de sa part mais aussi de celle des candidats qu’elle soutient. La distance que les politiques tendent à mettre entre la vie publique et les citoyens, Christiane Taubira la dément : pour elle, l’Assemblée nationale doit rester un lieu de débat, de discussion, de critique et surtout d’expression de la citoyenneté et de la démocratie.

 

Le départ est difficile pour le vieux Parti Socialiste français, ralenti par ses divisions et embourbé dans une crise identitaire profonde. L’émergence de nouveaux mouvements politiques et d’un questionnement quant au bipartisme traditionnel français mettent en danger le poids lourd politique qu’est le PS. Christiane Taubira a fait la promesse à l’électorat du Val-de-Marne d’aller dans les villes qui l’accueilleront pour soutenir les candidats socialistes, leur accordant la légitimité charismatique qu’elle confère au travers de ses discours réalistes mais jamais défaitistes.

 

Image de couverture : © APJ/bash