À trois semaines des législatives qui semblent être les plus importantes de la Vème République, l’avenir de la présidence d’Emmanuel Macron semble plus que jamais incertain. En cause, l’émergence du mouvement “En Marche !” rebaptisé “La République En Marche” au lendemain de la victoire de l’ancien ministre de l’économie : cette nouvelle force politique se nourrit des partis traditionnels qui se trouvent à un carrefour de leur existence. Les Français sont donc à la veille d’un choix capital : donner les clefs de l’Assemblée Nationale au Président Macron et faire émerger une majorité La République En Marche ! ou faire preuve d’incohérence en faisant ressurgir le clivage gauche/droite décrié par le Président.

ASSEMBLƒE NATIONALE, PALAIS BOURBON, PARIS 7¡, FRANCE
ASSEMBLƒE NATIONALE, PALAIS BOURBON, PARIS 7, FRANCE © Getty images

PS : Game Over

La gauche ne semble plus exister, le Parti Socialiste ayant explosé entre La République En Marche ! et La France Insoumise : il existe désormais deux extrêmes gauches et un centre qui s’étale entre le centre gauche et le centre droit de l’échiquier politique. Le Parti Socialiste est passé à moins de 2% de l’échec le plus cuisant de son histoire, à savoir ne pas atteindre la barre symbolique des 5% qui permet au candidat d’être en partie remboursé de ses frais de campagne.

L’implosion républicaine

À droite, le constat est différent : Les Républicains emmenés par François Fillon n’ont pu atteindre le second tour, le parti se reconstruit donc en vue des prochaines échéances. Cependant, le calme n’a pas duré puisque le gouvernement du nouveau Président couvre toutes les sensibilités politiques. Ainsi, Bruno Le Maire et Gérald Darmanien (tout comme Edouard Philippe, le nouveau Premier Ministre) sont issus du parti créé par A. Juppé et J. Chirac créant une fracture politique majeure en son sein. En effet, le parti se déchire aujourd’hui entre ceux qui souhaitent rejoindre la majorité présidentielle et ceux qui veulent rester fidèles au clivage gauche-droite qui a construit le pays depuis près d’un siècle. C’est cela qui a amené les cadres du parti à exclure les ministres LR nommés sous le gouvernement d’Edouard Philippe.

L’agonie des partis

Les partis traditionnels qui font vivre l’alternance semblent à l’agonie et des initiatives nouvelles naissent un peu partout sur l’échiquier politique à gauche comme à droite. Mais est-il possible de remplacer ces deux monstres que sont le PS et LR ? Le miracle La République En Marche ! peut-il être cloné ? Les élections législatives s’annoncent comme un tournant politique majeur pour les partis traditionnels qui structurent la Vème République depuis 1958. En effet, si Les Républicains et le Parti Socialiste échouent à former respectivement une majorité face au parti du président de la République, le 18 juin sonnera comme la fin du clivage gauche-droite tel qu’il a été institutionnalisé au cours du XXe siècle. Cette chute des partis traditionnels semble malgré tout déjà amorcée. En effet dès la fin de la campagne présidentielle, plusieurs figures politiques ont émis le souhait de refonder l’échiquier politique.

« Dès Demain »

Ce courant vient de la gauche meurtrie par la défaite de Benoît Hamon. Ainsi Anne Hidalgo, la maire de Paris, ou encore l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira ont fondé leur mouvement “Dès Demain” soutenu par de nombreuses personnalités politiques. Toujours à gauche, le chef de file du PS a laissé entendre dans la matinale de France Inter qu’il allait lui aussi fonder un nouveau mouvement sans donner plus de détails. La gauche paraît plus que jamais divisée, ce qui n’augure rien de bon pour les échéances décisives qui s’annoncent. La droite quant à elle tente tant bien que mal de donner l’impression d’une union autour de l’espoir de la conquête de l’Assemblée Nationale et de Matignon à fortiori. En effet, si un parti obtient 280 sièges dans l’hémicycle, alors le président de la République choisit traditionnellement le chef de file de ce parti comme Premier Ministre. Après l’éviction d’un François Fillon plombé par les affaires, le retrait du parti des deux ténors que sont Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, la recherche d’un nouveau guide semble semée d’embûches et ce ne sont pas les récentes prises de parole de François Baroin qui rassurent, manquant du charisme rassembleur propre à ses prédécesseurs.

Le paysage politique ne se limitant pas aux partis traditionnels de gauche et de droite, il semble important d’explorer les autres alternatives que nous offre l’échiquier politique et leur position quelques jours seulement avant le premier tour des législatives.

Marine a disparu des radars

Dans cette période post-élection où l’investiture du nouveau Président a occupé la plupart de l’actualité, l’éclatement du Front National passe pour le moins inaperçu. Sonnée par sa médiocre performance au débat de l’entre deux tours et sa défaite au seconde tour, Marine Le Pen s’est éclipsée du paysage politique après avoir pris la parole le soir de sa défaite. La plupart des cadres du parti se déchirent en coulisse et la perdante du scrutin présidentiel s’est même fait voler la vedette par sa nièce Marion Maréchal Le Pen qui a créé la surprise en annonçant son retrait « définitif » de la vie politique, mais en laissant entendre qu’elle reviendrait tôt ou tard. Désireuse de connaître le monde de l’entreprise et de se consacrer à sa famille, l’ancienne député souhaite également ne pas faire de l’ombre à Marine Le Pen. Mais le message est clair : Marion prépare déjà les prochaines élections présidentielles. En effet, après deux échecs consécutifs aux présidentielles et aux régionales et le plafond de verre que constitue le front républicain à chaque élection, la candidate Front National semble incapable d’accéder à une position de pouvoir. Malgré cette absence notable de communication du Front National, le parti semble n’avoir pas d’autre choix que de se restructurer sous une nouvelle faction politique.

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© APJ/Bash

Jean-Marie, un poids pour le FN

L’étiquette de Jean-Marie Le Pen colle inexorablement à sa fille aujourd’hui et constitue un boulet pour le FN dans sa conquête de l’Elysée. Pour tenter de peser à nouveau dans le débat, la Présidente du FN s’est portée candidate dans son fief d’Hénin-Beaumont où elle est (quasiment) sûre de l’emporter largement sans faire campagne. Cette candidature dénuée de toute forme de courage ne peut qu’affaiblir la position d’une candidate qui ne souhaite pas se plier au jeu de la politique, c’est-à-dire au combat des idées.

Les Insoumis instables

Pour finir, abordons le cas de la France Insoumise, parti de Jean Luc Mélenchon qui malgré un score important lors des élections (19,2 %) semble être en perte de vitesse. Contrairement à Marine Le Pen, le candidat de la FI brigue le mandat de député loin de ses terres de prédilection puisque de l’Essonne, il souhaite conquérir Marseille. En effet, c’est dans la cité phocéenne qu’il a obtenu des scores importants, y orchestrant même une démonstration de force lors de son meeting sur le vieux port qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes. Les élections législatives seront un bon indicateur de la puissance de la France Insoumise chez les électeurs et notamment chez les jeunes. En cas de revers, le coup serait difficile à encaisser pour JLM qui s’affirme comme le candidat principal de l’opposition pour le quinquennat qui s’ouvre !

Finalement, c’est un paysage politique totalement bouleversé qui à la veille des législatives se trouve à un tournant de son existence. Les partis traditionnels semblent à l’agonie et les alternatives qui se veulent nouvelles n’offrent pour le moment pas plus d’espoir aux citoyens français. Seule La République En Marche ! déjoue les pronostics et est donnée largement gagnante à quelques jours seulement de ce scrutin décisif.

Image couverture : photo by Stephane Cardinale – Corbis/Corbis via Getty Images