Mardi 13 décembre, la Cour constitutionnelle de Colombie a approuvé une procédure accélérée permettant au Parlement de légiférer rapidement sur la mise en application de l’accord de paix entre le gouvernement et la guérilla marxiste des FARC.

Qui sont les Farc ?

Les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, plus connues sous le nom de FARC, sont une guérilla formée en 1964 qui revendique une idéologie marxiste et léniniste. Ce groupe s’est créé dans un but politique, celui de prendre le pouvoir avec comme soutien premier celui des classes populaires et ouvrières.

Les FARC ont cependant des méthodes douteuses : extorsion, enlèvements, narcotrafic ; c’est pourquoi ils préfèrent se cacher dans la jungle et la montagne pour mieux dissimuler toutes ces pratiques illégales. Tout au long de leur existence, ils ont su migrer de territoire en territoire pour y profiter de la géographie du pays.

En effet, les FARC ont un faible pour les lieux hostiles à l’espèce humaine, idéals pour planquer les “labos” dans lesquels sont produites les drogues ensuite acheminées en Europe et aux Etats-Unis. Leur fortune est estimée entre 200 millions et 3,5 milliards de dollars. Tous ces revenus proviennent de l’illégalité : rançons, extorsions, du narcotrafic et des exploitations minières illégales.

À quoi sert l’accord ?

L’accord du 24 novembre 2016 remplace celui du 2 octobre 2016 qui a été refusé par référendum. Cet accord est l’aboutissement de plus de quatre ans de négociations. Son but est de mettre fin à ce conflit vieux de plus de cinquante ans. Il prévoit notamment le désarmement des FARC, la création de leur propre parti, un inventaire des biens appartenant à la guérilla dans l’optique d’indemniser les victimes.

Un tel accord s’est-il déjà conclu ?

Il existe en effet des précédents. Les paramilitaires ont déjà bénéficié d’un accord semblable en 2007. L’ancien Président, Uribe Alvaro, fervent supporter du « NON » lors du référendum d’octobre avait à l’époque permis au groupe paramilitaire d’obtenir un accord similaire.

Une loi votée en 2005 permettait aux paramilitaires de bénéficier de réductions de peine, d’un programme de réinsertion (salaire minimum, formations). Le Président Juan Manuel Santos a obtenu le prix Nobel de la paix le 7 octobre 2016. Il lui a été accordé dans le cadre des négociations en faveur du processus de paix avec les FARC.

Témoignage

Patricia Alvarez, expatriée colombienne en France depuis 2009, a accepté de nous raconter.

Pourquoi avez-vous voté « oui » pour le référendum concernant l’accord avec les FARC ?

J’ai voté « oui » parce que j’ai grandi dans une ville (Pasto, Sud-ouest de la Colombie) où la petite guerre civile que vit la Colombie se ressent vraiment. Ce vote représente le début d’un processus de paix. Pasto est dans le département Nariño où les FARC sont très présents de par la jungle et la montagne. Les laboratoires de cocaïne, les enlèvements et les extorsions sont connus de tous, c’est un département oublié de l’Etat, ce qui a permis aux FARC de s’y installer. Je n’ai jamais été blessée physiquement mais c’est un mélange de banalisation et d’exaspération qui m’atteint au quotidien. Voir aujourd’hui que non seulement le Président mais en plus les FARC soient disposés à négocier est une grande avancée ; avant c’était inimaginable. On dit que la guerre avait explosé durant les cinquante dernières années. Cependant je pense qu’on n’a jamais arrêté d’être en guerre depuis l’indépendance en 1819 et cela n’a pas été seulement la faute des FARC.

Nous remercions chaleureusement Patricia Alvarez et Pablo Rodriguez.

image de couverture : © APJ/Pablo Rodriguez