Elu en 2008 et Président pendant huit ans, Barack Obama restera dans les mémoires comme le premier Président noir de l’Histoire des États-Unis. Mais quel est plus précisément son héritage ? Quelle trace laisse-t-il ?

Yes, we can

En devenant président son « Yes, we can » avait transporté les foules dans un élan de progressisme face au bilan conservateur de George W. Bush. Les attentes des Américains ont-elles été satisfaites ?

700 milliards de $

Dans l’ensemble de ses mandats, Obama a toujours fait face à une conjoncture capricieuse qui l’a empêché de réaliser la totalité de son programme. Cela commence dès ses premiers jours «  in office  » puisqu’il doit faire face à la plus grande crise économique depuis 2009. Suite à de nombreuses négociations avec les Démocrates et les Républicains du Congrès, il finit par établir un grand plan de relance de 700 milliards de dollars afin de sauver le système bancaire et indirectement le marché des crédits adressés aux ménages. En revanche, le chômage a explosé et le pays est rentré en récession causant la disparition de nombreux emplois notamment dans la Rust Belt, région où Trump a remporté l’élection de novembre.

Les évènements inattendus ne manquent pas non plus sur la scène politique internationale. Les « Printemps arabes » ont profondément questionné la politique extérieure des États-Unis qui doit choisir entre stabilité ou redistribution des cartes par les changements de régimes successifs. La politique étrangère d’Obama est construite bien sûr sur la préservation des intérêts états-uniens, mais aussi sur la promotion des Droits de l’Homme par la négociation et sur la volonté d’effacer le bilan de Bush, jugé désastreusement interventionniste. Le retour des troupes d’Irak et d’Afghanistan, l’accord sur le nucléaire iranien et les réouvertures des relations diplomatiques avec Cuba attestent des talents de négociateur d’Obama. Talents d’autant plus visibles concernant le climat et l’accord de Paris dans lequel il est un acteur clé pour la réduction des gaz à effet de serre. En revanche, nombre d’analystes reprochent au Président de ne pas avoir été assez ferme sur le dossier syrien et l’Etat Islamique. En atteste l’épisode de la « ligne rouge » que Bachar El-Assad ne devait pas franchir avec l’utilisation des armes chimiques contre les rebelles et les civils. A l’évidence, elle fut franchie sans réaction de la Maison Blanche.

45 000 morts / an

Force est de constater qu’Obama a été affaibli en 2010 lorsque les Démocrates ont perdu la Chambre des Représentants avant de devenir presque impuissant en 2014 lorsque le Congrès est définitivement passé aux mains de l’opposition avec l’élection d’une majorité républicaine au Sénat. Ces derniers lui ont déclaré une guerre ouverte dès le début de sa présidence, marquée par la bataille politique autour du Patient Protection and Affordable Care Act en 2009 (ou « Obamacare »). Le projet de base devait garantir une meilleure couverture santé pour les Américains en régulant le marché des assurances privées car 45 000 personnes meurent chaque année par manque de soins. Or, jamais un président n’a fait face à une telle opposition, basée sur la protection des droits individuels (l’État ne doit pas me faire choisir une assurance) mais surtout sur l’argument économique de l’augmentation du déficit que créerait cette réforme. Finalement, la loi passe mais abîme le capital politique du Président. Confronté à l’opposition républicaine, Obama se distingue par son pouvoir de régulateur par le biais de la branche exécutive et des agences gouvernementales, qu’il a utilisé pour améliorer pas à pas la vie de ses concitoyens.

Un bilan marqué par d’importants changements sociaux

La reconnaissance du mariage pour tous par la Cour Suprême en 2015 est l’une des mesures phares de la présidence Obama. En 2008 et 2012, les minorités étaient principalement derrière Obama, notamment les Afro-Américains. Mais, comme le montre tragiquement l’actualité, le fait d’avoir un Président noir ne leur a pas permis de mieux lutter contre les discriminations et les violences policières. Par la même occasion, l’actualité et le nombre toujours élevé des tueries démontrent qu’Obama n’a pas non plus lancer une grande réforme sur le port d’arme, ce qui pourtant faisait partie de son programme. Et dans une autre mesure, il n’a pas fermé le camp de Guantánamo où les pratiques de tortures continuent d’être exercées sur des personnes suspectées de terrorisme. Autant de renoncements qui ternissent le bilan de l’ancien Président, au point de lui coûter deux élections de mi-mandats en 2010 et 2014.

Trump, Président…

À présent, après huit ans de présidence Obama, une question se pose : est-il responsable de l’élection de Donald Trump ? L’élection de 2016 restera un paradoxe car un Président ouvertement raciste et conservateur succède au premier Président noir des États-Unis. Si responsabilité il y a, on peut reprocher à Obama son discours finalement plutôt traditionnel pour un homme politique. Ses promesses de bouleversement politique tranchent nettement avec une réalité beaucoup plus morose. Le chômage a certes baissé mais la croissance stagne, ce qui lui est reproché par les Républicains. Quant à l’emploi, le taux d’activité n’en finit plus de baisser tandis que la qualité de l’emploi est de moins en moins garantie. Concernant les dépenses publiques, la dette a explosé alors que les services publics sont d’une piètre qualité. Enfin, la Rust Belt était un enjeu important de l’élection car les populations locales n’ont pas profité des politiques économiques en faveur des centres urbains, ce qui explique leur colère envers Washington.

Le maître de la communication

Malgré de nombreux échecs en politique étrangère ou en politique intérieure, Barack Obama, maître de la communication, restera dans l’ensemble un Président hors du commun, progressiste et négociateur. Compte tenu des blocages institutionnels, de la conjoncture et du contexte général d’un empire étasunien en voie d’affaiblissement, il a réussi à éviter un effondrement de l’économie trop douloureux pour la plupart des Américains et à stabiliser la position des États-Unis hors de son ancien rôle de gendarme du monde. Beaucoup de choses restent à améliorer mais le bilan semble positif. Reste à savoir si les Américains l’effaceront ou le protégeront.

image DE couverture : Photo by Michael Kovac/WireImage